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L’interculturel dans la formation à distance

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 26 avril 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 02 février 2013

S’il est entendu que la culture désigne un ensemble de normes et de valeurs propres à un groupe donné, l’interculturalité pour sa part renvoie au rapport intersubjectif qui peut exister entre deux ou plusieurs cultures différentes dans un espace et un temps donnés.

On peut dès lors supposer que la formation à distance, pour peu qu’elle mette en relation des acteurs issus de différents horizons culturels, crée les conditions de ce rapport intersubjectif.

Les approches interculturelles en éducation

A priori, toute situation d’interaction comme l’éducation se prête aux échanges interculturels. Et l'interculturel se retrouve au cœur des préoccupations éducatives, du moins en Europe comme en Amérique, comme le montre un dossier concocté en 2007 par l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP). Olivier Meunier, l’auteur dudit dossier, relève trois approches de l’interculturel en éducation.

  1. D’abord, une éducation multiculturelle qui consiste à provoquer « une réflexion afin que l’élève comprenne mieux ce qui passe dans son groupe d’appartenance, développe une analyse critique des différentes formes culturelles, situe son identité culturelle dans la reconnaissance et l’acceptation de la diversité, et essaie d’agir pour améliorer ses conditions de vie ».
  2. Une éducation à la diversité ensuite qui vise à dépasser la logique d’identification à la culture majoritaire ou à la culture minoritaire, et à favoriser la réciprocité des cultures en présence au-delà de leurs différences. Elle vise à concilier la reconnaissance des cultures avec le principe d’égalité des individus.
  3. Enfin, une éducation interculturelle qui consiste quant à elle à amener l’élève à élaborer des compétences dans plusieurs cultures afin de réduire ses préjugés et favoriser une pensée critique à l’égard du racisme, des discriminations ou des inégalités culturelles, mais aussi de lui permettre de pouvoir échanger sans faire preuve d’ethnocentrisme.

Ces différentes approches se formalisent au travers des curricula d’éducation civique, d’éducation à la diversité ou à la solidarité, d’éducation compensatoire... selon les pays et selon les dispositifs. En formation à distance, la mise en œuvre de l'une de ces approches peut contribuer à relever les défis de l'interculturalité, notamment la prise en compte des minorités.

Toutefois, il ne faut pas ignorer que le processus d’enseignement/apprentissage en œuvre dans le cadre de la formation à distance n’est lui-même pas culturellement neutre, de même que la technologie (Internet) qui lui sert de support.

La culture en formation à distance

Toute formation à distance repose généralement sur une théorie qui n'est autre qu'un implicite culturel ; lequel détermine les choix pédagogiques. Ce diaporama présente les deux principales théories en jeu – le béhaviorisme et le cognitivisme – et invite à se positionner par rapport à « celle où c'est l'enseignant qui a toutes le responsabilités ou celle qui vise à rendre l'élève autonome et responsable ». Un site de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Laval présente toutes les théories de l'apprentissage. Quoiqu'il en soit, le choix de l'une au détriment de l'autre témoigne d'une vision du monde et reflète indiscutablement un système de valeurs.

Il en est de même pour la technologie utilisée qui participe elle-même du « processus permanent de construction, déconstruction et reconstruction » de la culture. Ce sur quoi Antoine Moreau attire notre attention dans une communication délivrée au colloque TICEMED’08 à Sfax en Tunisie. Choisir internet comme médium de la formation à distance, c'est opter pour l'ouverture et le dynamisme qui, selon lui, caractérisent le réseau des réseaux.

« La formation à distance, écrit-il, est une formation permanente qui s'achemine par un port (TCP/IP) et entre un port "entrée" et un port "sortie". Les deux pouvant permuter. Le flux de l'échange, par sa très grande vitesse opère un rapprochement dans le temps et l'espace. Il amplifie ainsi le mouvement de la formation par sa permanente mise à jour, perpétuelle reformation. C'est ce maintien de la forme reformée en permanence qui fait l'espace vivant de l'internet et qui fait la vivacité des communications qui y prennent place ».

Lucie Audet confirme dans son dossier sur les opportunités et impacts des wikis, blogues et web 2.0 pour la formation à distance : « Le Web 2.0 est, par défaut, un univers ouvert à tous, axé sur l’assemblage et la réutilisation de contenus, la multiplicité des choix, la collaboration et la personnalisation. Ceux qui utilisent ses outils, et qui sont probablement maintenant la majorité de nos groupes d’étudiants amènent donc avec eux de nouvelles sensibilités et de nouvelles pratiques. »

Et de conclure, « les formateurs et les institutions qui veulent s’inscrire dans cette logique sont amenés à repenser plusieurs de leurs pratiques ».

Crédit photo : JunCTionS, Flickr, Licence CC.

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