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Avoir son diplôme dans une cyber-pochette surprise ?

Par Marion Sabourdy , le 31 mai 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 31 décembre 2010

Podcasts, vidéos, textes de cours… Internet a démultiplié l’accès gratuit aux cours, à tous les niveaux. Depuis une dizaine d’années, des universités américaines comme Berkeley, Yale, le M.I.T. ou Carnegie Mellon, organisent leurs ressources et tentent de révolutionner leurs méthodes d’apprentissage... tout en gardant jalousement le prestige de leurs diplômes. Katie Hafner décrit ce mouvement pour le New York Times, dans un article daté du 8 avril dernier.

La journaliste revient sur le mouvement des « open educational resources » dont le but est de « partager le savoir via des offres éducatives gratuites, incluant des podcasts et des vidéos de cours magistraux, des programmes et des textes téléchargeables ». Mission de « service public » et surtout contribution à l’image de marque des Universités, ces cours remportent un large succès auprès des personnes isolées géographiquement ou qui ne suivent pas de cursus universitaire. Ainsi, 43 % des cours gratuits du M.I.T. sont suivis par des personnes indépendantes contre 42 % d’étudiants appartenant à une institution et seulement 9 % d’éducateurs. Ces chiffres sont respectivement de 69 %, 25% et 6% dans le cas de Yale.

L’offre de cours est riche…

Les exemples d’initiatives reconnues émaillent le texte de Katie Hafner :

  • Integrative Biology 131 : les cours d’anatomie très prisés de Marian C. Diamond (83 ans !) à l’Université de Californie (Berkeley). Ces vidéos, disponibles depuis 2005, ont été vues environ 1,5 million de fois sur YouTube.
  • M.I.T. OpenCourseWare Initiative. Pas moins de 1975 cours dont 33 contiennent des vidéos de cours magistraux et environ 100 des éléments multimédias et des animations. Le reste consiste en des programmes, notes et livres téléchargeables.
  • iTunes U de Apple. Plus de 100 millions de téléchargements en décembre dernier.
  • Open University. Cours gratuits qui apparaissent souvent dans le top 5 des téléchargements sur  iTunes U (plus de 16 millions de téléchargements).
  • Carnegie Mellon’s Open Learning Initiative. Programme ambitieux mené par des enseignants, des chercheurs du domaine de l’apprentissage et des créateurs de logiciels. Déjà 10 cours complets sont disponibles (logique, statistiques, chimie, biologie, économie, français...)

Ces cours sur internet « sont peut-être gratuits mais les rendre disponibles ne l’est clairement pas ». Yale a dépensé 30 000 à 40 000 dollars pour chacun de ses cours et Carnegie Mellon 250 000 dollars ! Presque toutes ces initiatives reposent donc sur un mode de financement identique : des fondations, en particulier la « William and Flora Hewlett Foundation » (plus de 110 millions de dollars distribués durant les 8 dernières années dont plus de 14 millions de dollars au M.I.T.) et la « Bill and Melinda Gates Foundation » ( 8 millions de dollars l’année dernière).

… et les internautes sont satisfaits…

Téléchargements nombreux, courriels enthousiastes des internautes… Le succès populaire de ces cours n’est plus à prouver, surtout dans les régions isolées du globe. Et la satisfaction ne vient pas que d’un côté. Ainsi, ces ressources incitent les éducateurs à innover dans leur façon de concevoir leurs interventions. Ramamurti Shankar, professeur de physique à l’université de Yale est cité en exemple. Savoir que ses cours sont vus par des milliers de personnes l’a incité à les rendre plus vivants et rigoureux. Il n’hésite pas à y inclure des parties de cours de ses collègues, pour rendre l’apprentissage des élèves cohérent.

Les universités les utilisent pour désengorger des amphi surchargés et permettre aux étudiants de suivre leurs cours « à la carte ». Poussées par les fondations, les universités doivent « partager leurs données, les améliorer, comprendre comment l’éducation ouverte améliore l’apprentissage et se pencher sur le futur de l’éducation ». L’initiative de Carnegie Mellon est un exemple du genre avec ses simulations, tutoriaux et retours d’expérience permanents. Des études ont montré que ces cours divisent par deux le temps d’apprentissage. Le but de l’université est même de faire valider ses diplômes par 25% d’étudiants en plus d’ici trois ans.

… mais la validation des acquis fait encore débat !

Diplôme : le « gros mot » est lancé. Car c’est bien le problème de ces cours. Pris hors contexte d’une université, ils ne délivrent aucune validation officielle et ne permettent pas d’obtenir de diplôme reconnu. Les universités conservent jalousement l’étape de la validation. Que faire de ces personnes qui n’ont pas le temps ou les moyens de s’inscrire dans un établissement prestigieux, mais qui suivent pourtant des cours de haute qualité sur internet ? Des structures indépendantes de type wiki considèrent ces apprenants sous un nouveau jour.

Pilotées par des « édupunks », ces éducateurs férus de nouvelles technologies qui contournent les structures traditionnelles, elles remettent l’apprenant au centre de la structure. Le crédo de ces « punks de la pédagogie » ? La société change, l’apprentissage doit suivre… Katie Hafner donne deux exemples de ces universités alternatives : la Peer 2 Peer University qui propose déjà 16 cours en Creative Commons (économie, musique, literature cyber-punk, organiser des campagnes électorales…) et l’University of the People qui exploite les cours gratuits des universités et encourage l’entraide entre apprenants. Le financement est assuré en partie par des micro-dons via les réseaux sociaux.

En plus d’apporter le soutien humain, ces universités d’un nouveau genre souhaitent court-circuiter les parcours actuels, en prouvant aux employeurs que leurs apprenants ont acquis les compétences nécessaires via leurs cours. En guise de preuve, un rapport écrit ou un portfolio personnel online, faute de mieux pour l’instant. Mais le modèle est encore jeune. S'il trouve suffisamment d'adeptes, nul doute que ses promoteurs parviendront à mettre en place des dispositifs de cetrtification (pourquoi pas au travers d'évaluation par les pairs et par des experts indépendants ?) innovants, qui attesteront de la qualité des apprentissages réalisés. Et là, les Universités auront vraiment du souci à se faire.

Crédit illustration : courosa, FlickR, licence CC.

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