Articles

La santé par le cerveau : au-delà des générations à travers l'ADN - 1 / 2

Les neurones et l'ADN ensemble interliés dans l'écosystème humain face aux chocs, à l'environnement, à la mémoire...

Par Virginie Guignard Legros , le 14 janvier 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 22 février 2019

Nos patrimoines génétiques sont influencés par notre environnement.

“Notre environnement a une influence sur notre génome par des modifications dites épigénétiques. Par exemple, avec des patrimoines génétiques identiques, deux jumeaux peuvent évoluer différemment en fonction de leurs environnements respectifs. Les individus, et par voie de conséquence leurs gènes, sont en effet soumis à de nombreux facteurs environnementaux : alimentation, maladies, médicaments et toxiques, stress, lieu & hygiène de vie, qui peuvent modifier autant leurs cellules que leur ADN. Ainsi dans les paires de jumeaux monozygotes, de grandes différences en ce qui concerne la trajectoire de vie ont été constatées. L’un pouvait développer une obésité et l’autre rester mince ; l’un pouvait être sain d’esprit et l’autre développer une pathologie mentale”.

Sources : Epigénétique : Comment l’environnement influence nos gènes - janvier 2019- https://www.encyclopedie-environnement.org/sante/epigenome-facteurs-environnementaux/

Ainsi l’environnement peut modifier le corps et l’esprit d’une personne au coeur de l’ADN qui est la source du code qui produit les cellules. Mais de quel environnement parlons-nous ? Celui de l’émotion, du stress, du traumatisme ?

Le vécu personnel des traumatismes est un facteur important dans ces mutations

“En 2012, l’équipe du professeur Alain Malafosse du Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec le Département de génétique et de développement, a démontré que la maltraitance infantile, les traumatismes, ou les situations de stress post-traumatique, laissent des traces dans l’ADN du sang des victimes jusqu’à la 3ème génération...

En examinant leur ADN, issu d’une prise de sang, les chercheurs ont observé des modifications épigénétiques, c’est-à-dire dans les mécanismes de régulation des gènes, chez les participants ayant été maltraités durant leur enfance (abus physique, sexuel et émotionnel, carences affectives…).

L’équipe scientifique a montré que plus la sévérité de l’abus ou du traumatisme était importante, plus la méthylation (la modification) du gène était considérable...

Plus étonnant encore, ces méthylations génétiques semblent se transmettre aux générations suivantes : « En suivant la descendance des victimes de traumatismes, on remarque qu’elle présente des symptômes de stress post-traumatique semblables à ceux de ses parents, alors même qu’elle n’a rien vécu de tel. Ces enfants sont plus déprimés, plus anxieux et risquent davantage de développer un trouble psychiatrique », détaille le Dr Nader Perroud, psychiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève. Autrement dit, les traumatismes peuvent laisser des traces dans notre ADN et se transmettre jusqu’à 3 générations…”

Sources : Les traumatismes s’inscrivent dans l’ADN… mais cette trace peut être effacée - août 2014 - http://ibdp.fr/les-traumatismes-sinscrivent-dans-ladn-mais-cette-trace-peut-etre-effacee-reportage/

Ainsi un état dépressif, des anxiétés peuvent se transmettre au delà des générations, sans que cela ne viennent de l’éducation transmise par les parents. On parle ici de victimes. Ce serait intéressant d’étudier aussi le cas des pathologies d’agression elles-mêmes et celles des addictions. Et de voir si celles-ci suivent la même logique que celle des victimes. Pour les victimes en tout cas, il y a des solutions et l’hypnose peut être un outil important comme thérapie. Comme le sont les thérapies hypnotiques dans le cas des addictions à la cigarette par exemple.

“L’hypnose est-elle une thérapie appropriée pour les traumatismes et les états post-traumatiques ?

Oui. C’est ce que démontre Marion Fareng dans une Thèse de doctorat en Psychologie clinique, soutenue par en 2014 (Université Paris 8).

Une étude clinique a été réalisée, visant à évaluer la prise en charge de soixante-dix-sept patients souffrant d’un état de stress-post traumatique selon cinq protocoles développés avec les techniques actuelles d’hypnothérapie. Ces données ont permis de confirmer l’efficacité de l’hypnose sur l’état de stress-post traumatique (ESPT) et les symptômes dissociatifs et anxio-dépressifs, avec un maintien des bénéfices à 6 mois et au-delà.

C’est ce que confirme le Dr Daniel Smaga, Psychiatre psychothérapeute, Président de la Société suisse de psychotraumatologie : « L’hypnose peut donner de très bons résultats si elle fait partie d’une évaluation globale des conséquences du traumatisme… l’hypnose peut permettre au patient de retrouver un espace ludique englouti jusque-là par l’impact de l’horreur traumatique, ainsi qu’un espace vital, une boîte dans laquelle il pourra rêver, façonner de nouvelles réalités, échapper à l’enfermement traumatique, retrouver enfin un espace de vie et de liberté ».

Rappelons toutefois que l’hypnothérapie est à proscrire en cas de troubles psychotiques”.

Sources : Les traumatismes s’inscrivent dans l’ADN… mais cette trace peut être effacée

L’hypnose a toujours été considéré comme un outil de compréhension d’une situation dans un cadre sécuritaire pour le patient et de reformatage des attitudes voire des habitudes. Ici, c’est une façon de calmer le stress, voir de l’effacer de la mémoire. Le traumatisme va imprégner la mémoire et l’ADN. En modifiant la mémoire, il semble possible de stopper ou de minimiser les impacts sur l’ADN. Ainsi il y a un rapport entre la conscience et les mutations ADN. Mais, ce n’est pas toujours le cas comme le démontre le paragraphe suivant.

Les traumatismes inconscients peuvent aussi marquer notre futur médical

“En documentant une famine survenue au cours de la Deuxième Guerre mondiale, des chercheurs ont montré que cet événement pourrait avoir modifié l'état de santé et les gènes de milliers de personnes qui l'ont vécu... en tant que fœtus!...

De mémoire historique...

La famine en question est arrivée aux Pays-Bas entre septembre 1944 et mai 1945… Les Alliés n’ont toutefois pas réussi à libérer les Pays-Bas immédiatement, et les nazis ont répliqué en coupant l’approvisionnement en nourriture du pays. La sanction a entraîné une famine de six mois et jusqu’à 20 000 personnes ont perdu la vie.

Dans une étude publiée en 2014(Nouvelle fenêtre), le groupe de chercheurs a remarqué que les personnes qui ont vécu cette famine alors qu'elles étaient encore dans le ventre de leur mère présentaient, une fois à l’âge adulte, un plus haut taux de mortalité que les autres membres de la société.

Les chercheurs ont donc supposé que la famine les avait marqués à vie, mais ignoraient alors les éléments ainsi que les mécanismes impliqués”.

Sources : Une famine qui laisse des traces jusque dans nos gènes - par Renaud Manuguerra-Gagné - Février 2018 - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1082929/famine-traces-genes-adn-pays-bas-guerre-epigenetique-mere-foetus

Ainsi si la conscience peut influencer la réparation du traumatisme, voir de l’ADN, les actions directement sur le corps sans accès à la conscience d’exister peuvent aussi influencer l’ADN. C’est un trio entre le cerveau, le corps et l’ADN. La recherche nous en dira plus ces prochaines années. Aujourd’hui en tout cas, les principaux mécanismes décodés sont ceux de l’ADN.

L’épigénome est le grand chef d’orchestre de ces mutations de l’ADN

“… à mémoire génétique...

Si le code génétique, qu’on nomme aussi le génome, peut être vu comme un livre, c’est l’épigénome qui dicte quelles pages vont être lues. L’ADN est une structure très organisée et la cellule va y ajouter des molécules qui vont en changer l’accessibilité.

Certaines vont faciliter l’accès aux gènes et d’autres vont les bloquer. Ce processus est essentiel pour le bon fonctionnement de toute forme de vie complexe; c’est ce qui permet à une cellule de peau d’être différente d’une cellule du cœur, par exemple. Toutefois, l’épigénome peut aussi être modifié en réaction à un événement extérieur...

Les chercheurs ont alors remarqué que les personnes ayant vécu la famine et présentant un surpoids en tant qu’adultes avaient un blocage au niveau de plusieurs gènes impliqués dans le métabolisme et le contrôle de la glycémie.

Ils émettent l'hypothèse que la famine vécue pendant leur développement a modifié la lecture de certains gènes pour les orienter vers une conservation de l’énergie. Bien que cette hypothèse relie de manière vraisemblable un fait historique et un état de santé, il faudra d’autres études pour montrer qu’il s’agit bien d’un lien de cause à effet, et non pas d’une simple coïncidence.

Toutefois, avec ce modèle en tête, il sera plus facile de répéter l’expérience avec des animaux de laboratoire pour voir si notre ADN peut vraiment se souvenir d’une famine survenue avant notre naissance”.

CF : Une famine qui laisse des traces jusque dans nos gènes

La situation de manque, dans ce cas par la faim, a un impact sur la longévité des foetus qui n’en ont pas la mémoire consciente, mais inconsciente par la mémoire du corps, en tout cas celle de l’intestin.

“Le système nerveux central n’aurait pas pu tout gérer, l’évolution a choisi une méthode plus efficace, des neurones dans l’intestin !

C'est le 2eme cerveau : le SNE, le système nerveux entérique.

Ce 2eme cerveau dénombre près de 100 à 200 millions de neurones. Le système digestif communique avec l’encéphale grâce au nerf vague qui renseigne le cerveau sur ce qui se passe dans l’intestin et qui donne des ordres aux muscles intestinaux”.

Sources : Le système nerveux central n’aurait pas pu tout gérer… - février 2013
https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-18-fevrier-2013

En fait, ce serait bien aussi une histoire de neurones, en tout cas dans le cas de la famine. Comment est-ce que tout cela marche ? Qu’est-ce qui se passe exactement dans la mécanique des modifications épigénétiques en cas de stress émotionnels ou physiques ou alimentaires ?

Comment l’ADN est modifié par un jeu entre les chromosomes, les gènes et les modifications épigénétiques ?

“ En d’autres termes, si le chromosome est la bande magnétique d’une cassette et que chaque gène correspond à une piste enregistrée sur la bande, les modifications épigénétiques sont des morceaux de ruban adhésif repositionnables qui vont masquer ou démasquer certaines pistes, les rendant illisibles ou lisibles. Au sujet des modifications qui masquent, on parle d’agents méthylants, responsables de la méthylation de l’ADN et des histones (cf plus haut). A l’inverse, d’autres molécules ont pour effet de stimuler l’expression des gènes. Il s’agit des « groupes acétyles» et l’on parle dans ce cas d’agents acétylants et d’acétylation des histones”.

CF : Epigénétique : Comment l’environnement influence nos gènes

En fait nous sommes dans un écosystème mécanique d’enregistrements, de caches qui suppriment, de molécules qui activés forment un code qui sera dupliqué vers la santé physique ou mentale ou vers des pathologies selon les cas de figure. Avec des effets d’accentuation, voir de processus réversibles passant par les neurones. Sans oublier que l’âge est un facteur important dans ces réparations. Les télomères en sont la clef.

Autre acteurs : les télomères et le viellissement

“...il faut citer un phénomène d’une importance cruciale, et sensible à notre environnement. Il s’agit d’une découverte majeure en biologie moléculaire qui a valu le prix Nobel de médecine à Elizabeth Blackburn et Carol Greider : l’identification par ces chercheurs d’une enzyme appelée la télomérase. Cette enzyme régule la longueur des télomères, qui sont des segments répétés d’ADN non codant, situés à l’extrémité de chaque chromosome (cf focus).

On peut figurer ces télomères comme les petits bouts de plastique qui protègent les embouts de vos lacets et qu’on appelle « aglets ». Ces télomères forment des petits capuchons aux extrémités des chromosomes, empêchant le matériel génétique de « s’effilocher ». Ce sont, entre autres, les aglets du vieillissement et ils ont tendance à raccourcir avec le temps. Ainsi sous l’influence de la télomérase, les télomères peuvent cesser de se raccourcir, et même s’allonger. Le vieillissement est donc un processus dynamique qui peut être accéléré ou ralenti. Les travaux d’Elizabeth Blackburn et du médecin nutritionniste Dean Ornish ont clairement montré les effets des changements des modes vie sur l’allongement de ces télomères (cf focus)”.

CF : Epigénétique : Comment l’environnement influence nos gènes

Avec des télomères actifs, les chromosomes sont protégés et peuvent créer, dupliquer et réparer à l’infini notre corps. À partir du moment où ils sont altérés, cela devient plus difficile et compliqué. C’est comme si les moules qui servent à créer vos objets du quotidien se détérioraient avec le temps. D’une tasse à thé lisse, vous passeriez à une texture rugueuse ou fripée, voir à un changement de forme qui ressemblerait à une tasse en bois ou sans plus de forme. Pour réparer, il faut que le modèle soit le plus proche possible de l’original, sinon la réparation se fera par rapport à un stade avancé de détérioration.

Peut-être est-ce la clef de la résilience ou celle de la jeunesse éternelle ? Dans ce cas, peut-on penser maîtriser notre écosystème juste en reformatant notre pensée ? Quels outils sont à notre disposition en dehors de l’hypnose pour aider à reparer les dégats dans le cerveau et au delà dans les chaînes d’ADN ? A suivre...

Source Image : Pixabay Geralt

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné