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Mens sana in corpore sano, les jeux vidéo sont-ils néfastes ?

Le temps passé devant les écrans et surtout la façon dont il est passé compte...

Par Régis Vansnick , le 18 février 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 22 mars 2019

Le temps passé devant les écrans et surtout la façon dont il est passé, soit sur les réseaux sociaux soit sur des jeux, suscite divers débats. Faut-il bannir ou réduire le temps que nos enfants passent devant les écrans ?

La mauvaise réputation des jeux vidéo et des écrans

Selon de nombreux avis, les jeux vidéo engendrent différents maux chez l’enfant ou l’adolescent.

Ils seraient la cause :

  • de comportement sédentaire et d’obésité,
  • d’agressivité,
  • d’une baisse des résultats scolaires.

Il en résulte une préoccupation parentale face au temps d’écran de leurs enfants. De nombreux médias surfant sur la vague tout comme certaines applications. La requête « Limiter temps écran » affiche plus de 8 millions de résultats sur Google.

L’institut national de Santé publique du Québec a publié une brochure [2]  intitulée « Le temps d’écran, une autre habitude de vie associée à la santé ». Cette brochure mentionne, via ce schéma, les associations connues suivantes :

ecran-liensQu’est-ce que le temps d’écran ?

Le temps mesuré en minutes pendant lequel une personne va rester devant un ou plusieurs écrans, que ce soient un écran de smartphone, de tablette, d’ordinateur, une TV ou de jeu vidéo.

D’où vient la crainte des écrans ?

Une partie de la peur provient, probablement d'une tendance générale de la part des gens plus âgés à se méfier de tout nouveau média. Les quinquagénaire se souviennent que lorsque les télévisions ont commencé à apparaître dans les maisons, toutes sortes d'avertissements terribles ont été lancés au sujet des dommages physiques, psychologiques et sociaux qu'elles pourraient causer.

Les jeux vidéo ont été attaqués depuis leur apparition. Sur Internet, vous trouverez des affirmations effrayantes à leur propos telles que : les jeux vidéo peuvent causer la dépression, l'agression physique, le manque de sommeil, les plaintes somatiques, l'obésité, les troubles de l'attention, etc.

Lien entre obésité, scolarité et socialisation et jeux vidéo

Une étude [1] sur les « Relations entre le jeu électronique, l'obésité et le fonctionnement psychosocial chez les jeunes hommes » et basée sur 219 répondants a étudié 3 questions :

  1. les liens entre la fréquence du jeu et l'obésité,
  2. le rendement scolaire,
  3. les aspects du fonctionnement de la société.

Il en ressort que :

  • plus de 92% des participants ont déclaré avoir joué à des jeux électroniques au cours du dernier mois.
  • la corrélation entre l'IMC (indice de masse corporelle) et la fréquence de jeu n'était pas significative
  • les participants qui ont déclaré jouer plus de 15 heures par semaine n'étaient pas plus susceptibles d'avoir un IMC plus élevé que ceux qui ont déclaré jouer moins de 15 heures par semaine ou ceux qui ont déclaré ne pas jouer du tout
  • la relation entre la moyenne pondérée cumulative déclarée (performance académique) et la fréquence des jeux électroniques n'était pas significative
  • les participants qui ont déclaré jouer plus de 15 heures par semaine n'étaient pas plus susceptibles d'avoir une moyenne pondérée cumulative inférieure que les participants qui ont déclaré moins de 15 heures de jeu par semaine ou aucune heure de jeu par semaine
  • en ce qui concerne le contexte social du jeu, plus de la moitié des participants (51 %) ont déclaré jouer souvent ou toujours avec des amis, tandis que 7,8 % ont indiqué jouer toujours seuls. Il y avait une relation significative entre la fréquence de jeu et la fréquence auto déclarée des jeux électroniques avec d'autres joueurs

Les résultats sont contradictoires. Il est donc bien difficile de se forger une opinion. Il est légitime de se poser la question de savoir si le problème n’était pas le temps passé devant les écrans mais ce que cela implique au niveau du sommeil ?

L’importance du sommeil

L’effet des écrans sur la qualité du sommeil

Nos écrans sont devenus si importants dans notre vie quotidienne que les jeunes les gardent près d’eux, même au coucher. Garder son téléphone sur la table de nuit peut sembler anodin, mais la technologie affecte le sommeil de nombreuses façons. Que vous naviguiez sur le Web, que vous jouiez à un jeu vidéo ou que vous programmiez votre téléphone comme réveil avant de vous couvher, il nuit au repos. Voyons comment :

Ils suppriment la mélatonine

La lumière bleue émise par les écrans des téléphones cellulaires, des ordinateurs, des comprimés et des téléviseurs limite la production de mélatonine, l'hormone qui contrôle le cycle veille-sommeil ou rythme circadien. En réduisant la mélatonine, il est plus difficile de tomber et de rester endormi.

Ils gardent le cerveau en alerte

Il peut sembler inoffensif de jouer avant de se coucher, mais en gardant l'esprit occupé, la technologie peut faire croire au cerveau qu'il doit rester éveillé. Cela peut empêcher de se détendre et de s'endormir.

Ils retardent l’heure du coucher

De plus en plus d’adolescents vont dormir très tard, voire pas dormir du tout en raison de leur addiction aux jeux vidéo.

Lien entre privation de sommeil et obésité

La littérature semble indiquer qu’il existe un lien entre le manque de sommeil et l’obésité. Les causes pourraient être qu'une perte de sommeil entraîne des altérations métaboliques et endocriniennes, notamment une diminution de la tolérance au glucose, une diminution de la sensibilité à l'insuline, une augmentation des concentrations de cortisol en soirée, des taux de ghréline et de leptine plus élevés. [3]

Une étude sur 60.000 femmes qui a duré 16 ans montre que celles qui dormaient moins de 5 heures par nuit présentaient un risque 15% plus élevé de devenir obèse. [4]

Lien entre privation de sommeil et résultats scolaires

Il existe un lien direct entre le sommeil et le rendement scolaire de l'élève.  Selon l'American Sleep Association, les gens ont connu une diminution de la fonction cognitive lorsqu’ils dorment moins de huit heures.  Dans l'ensemble, les élèves qui réussissent mieux à l'école ont une habitude commune : ils adoptent des habitudes de sommeil régulières.

Le manque de sommeil peut aussi engendrer des troubles comportementaux chez l’adolescent.

Le nombre d'heures de sommeil par nuit d'école était significativement associé positivement à la moyenne pondérée cumulative et au niveau de motivation, et significativement associé négativement aux niveaux cliniquement significatifs de troubles émotionnels.[5]

Voir le portrait global

Plutôt que le temps d’écran lui-même, qu’ils soit consacré aux jeux vidéo ou aux réseaux sociaux, il peut être intéressant de se pencher sur l’hygiène de vie de façon générale. Les écrans peuvent donc avoir un effet indirect dû au manque de sommeil et toutes ses implications.

 

[1] https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/2154_temps_ecran_habitudes_vie.pdf

[2] https://www.liebertpub.com/doi/pdf/10.1089/cpb.2008.0151

[3] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3632337/

[4] https://www.hsph.harvard.edu/nutritionsource/sleep/

[5] https://aasm.org/poor-sleep-can-negatively-affect-a-students-grades-increase-the-odds-of-emotional-and-behavioral-disturbance/

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