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L'éducation pour plus de bien-être ? (Thèse)

Une recherche comparative internationale nous éclaire sur la relation entre éducation et bien-être

Par Federica Minichiello , le 28 avril 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 30 mai 2019

L’éducation est-elle associée au bien-être des individus ? Voici la question centrale de la thèse de J.A. Jongbloed, intitulée « Les systèmes éducatifs engendrent-ils des inégalités de bien être ? Une recherche comparative internationale ».

L’éducation est ici synonyme de transmission de connaissances et de compétences (cognitives comme non cognitives) qui influencent une vie, bien au-delà d’une trajectoire professionnelle ou d’un niveau de revenus. Un niveau d’éducation plus élevé implique, par exemple, de meilleures compétences en résolution des problèmes, un suivi plus régulier de l’actualité nationale et internationale, une implication plus forte dans les processus politiques et démocratiques, une réduction de comportements dangereux pour la santé….

Le droit de trouver sa voie

Mais qu’entend-on pour bien-être ? En économie, on parlera de satisfaction d’un besoin ou d’un désir. La psychologie privilégiera l’idée de « se sentir bien ». Ce travail propose une mesure de l’épanouissement en utilisant la  liste de Nussbaum de 10 capabilités centrales, définies comme

« l’ensemble des fonctionnements potentiellement accessibles à une personne, réalisés ou non » 

; la vie, la santé du corps, l’intégralité corporelle, le sens, l’imagination et la pensée, les émotions, la raison, l’affiliation, le lien et le respect des autres espèces, le jeu, le contrôle sur son propre environnement.

L’auteur donne comme exemple le choix professionnel entre conditions salariales et valeurs d’entreprise : une interprétation du bien-être purement économique laissera primer le critère salarial ; or, se reconnaitre dans les valeurs de son lieu de travail aura des effets probables sur la santé, les relations interpersonnelles et... finalement, sur le bien-être individuel.

L’hypothèse de cette thèse est que la relation entre éducation et bien-être dépend non seulement de la conceptualisation du bien-être mais aussi des contextes nationaux, notamment les régimes de protection sociale et deux de ses caractéristiques :

  • La décommodification : la mesure dans laquelle les individus peuvent bénéficier d’un service (public) de plein droit et maintenir un niveau de vie socialement acceptable, indépendamment des forces de marché (commodity : produit de consommation)
  • La stratification d’une société en classes et statuts. L’éducation joue d’ailleurs un rôle dans la stratification d’une société, les chances de mobilité d’un individu étant souvent liées à son accès aux différents types et niveaux d’enseignement supérieur.

L'auteur montre que le bien-être a une relation directe et positive avec la décommodification - et négative avec la stratification - d’un système éducatif (les pays nordiques en sont un exemple). Le bien-être sera par exemple supérieur dans des systèmes éducatifs qui favorisent la réversibilité des parcours (au lieu d’une sélection précoce et d’un système rigide de filières) et qui sont caractérisés par plus de dépenses publiques en éducation ou plus d’accessibilité aux bourses d’études.

Parmi les limites de ce travail, l’auteur évoque l’absence de prise en compte de facteurs discriminants comme le genre ou la provenance ethnique ; ou une mesure de l’éducation basée exclusivement sur les critères de niveau de diplômes et de nombre d’années de scolarisation, sans considérations qualitatives.

Toutefois, ce travail montre que chaque État produit « son propre tissu de solidarité sociale ». En fonction du contexte, l’éducation pourra donc accroître des tensions et clivages sociaux ou agir comme facteur de promotion sociale.  La péréquation et la redistribution jouent ainsi un rôle déterminant dans la réduction des inégalités de bien-être.

Si la population la plus éduquée bénéficie d’un niveau de bien-être accru à travers les différents régimes de protection sociale, un État providence peut réduire l’inégalité des chances et de privilèges en matière d’éducation... Et agir ainsi sur l’inégalité sociale et l’épanouissement de ses citoyens.  

(Illustration : FllickR, Marco Verch)

Réference

J. Jongbloed. "Les systèmes éducatifs engendrent-ils des inégalités de bien-être ? : une recherche comparative internationale". Thèse de doctorat en Sciences de l'éducation. Décembre 2018 :
http://www.theses.fr/2018UBFCH020

(Dernière consultation : avril 2019)

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