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Publié le 01 décembre 2019 Mis à jour le 02 décembre 2019

La traduction en langues africaines : terrain d’avenir pour l’industrie linguistique mondiale

La post-édition : une symbiose nécessaire entre la traduction automatique et humaine.

Les langues africaines les plus populaires. Free Commons

Sans une adaptation fiable de leurs produits et services pour leurs clients à l’international, les entreprises publiques, privées ou de la société civile perdent l’accès au marché global. Dans ce contexte, le traducteur devient un maillon essentiel de la communication car la traduction est une activité complexe.

Or depuis 2016, plusieurs grandes entreprises comme Google, Microsoft, Systran ou SDL, ont dévoilé des solutions de traduction automatique neuronale de plus en plus performantes. Rappelons déjà que grâce à l’intelligence artificielle, une machine a réussi à battre le champion du monde de Go, un jeu ayant résisté jusqu'alors à l'informatisation tant le nombre de ses possibilités était grand (10exp600). Alors pourquoi ne réussirait-elle pas - dans un avenir plus ou moins proche - à effectuer des traductions de qualité ?

La traduction automatique neuronale : une menace pour l’industrie de la traduction ?

« Non, pas à l’heure actuelle », selon Benjamin Bayet de DeepL[1]:

« La traduction automatique a pour but d’améliorer le rendement et la qualité du travail des professionnels. Notre objectif n’est pas de les remplacer mais d’être pour eux un outil indispensable ».

Le but des outils de traduction automatique n’est pas forcément de remplacer la traduction humaine, mais d’être plus efficient et rapide, surtout lorsqu’on constate une demande toujours croissante en traduction et localisation, une demande qu’il n’est pas toujours facile de satisfaire au vu du nombre de traducteurs humains en exercice.

« Ces machines sont bêtes. Elles ne comprennent rien aux phrases qu’elles traduisent, elles ont juste vu que telle phrase était souvent traduite de telle manière »

répond à ce propos Pierre-Yves Oudeyer, directeur de recherche en robotique et sciences cognitives, pour exprimer le fait que la machine n’est pas capable de percevoir le sens du mot qu’elle doit traduire. « Nous sommes encore loin, très loin, des degrés de performance et des capacités cognitives des humains et même des plus petits animaux... Une souris demeure encore plus intelligente qu'un ordinateur muni d'une intelligence artificielle » complète Yoshua Bengio, professeur au Département d'informatique et de recherche opérationnelle de l’université de Montréal.

La post-édition : une symbiose de la traduction machine et humaine

Cependant, le recours aux services de traduction professionnels va considérablement diminuer dans les prochaines années. C’en est fini des artisans traducteurs, peaufinant leurs traductions comme le menuisier ponce sa pièce. Place désormais aux programmes, plus rapides et moins chers qui permettent de gagner en productivité.

Les traducteurs professionnels ne seront donc plus consultés que pour des textes officiels ou tout simplement pour des révisions. En effet, on se dirige de plus en plus vers la post-édition. Cela permet de faire faire le plus gros de la traduction par une machine, et de faire corriger et relire le texte par quelqu’un. C’est ainsi que la combinaison des ressources de traduction matérielle et humaine donne des résultats étonnamment bons. Il n’est donc plus question que qui que ce soit perde sa place, il suffit de s’adapter aux nouvelles technologies et à ce qu’elles permettent.

Certains domaines comme le marketing[2], les jeux vidéo ou l’audiovisuel seront moins affectés par les avancées de la traduction automatique neuronale, car ils nécessitent un effort créatif d’adaptation, de transcréation ou de localisation. Par exemple, en marketing, il ne suffit pas seulement de traduire mais aussi de convaincre le client. En marketing, souvent la rédaction prime sur la traduction. Enfin on peut imaginer que l’homme et la machine seront amenés à travailler en véritable symbiose, et ou la post-édition aura un rôle de plus en plus important. C’est donc un avenir riche en nouveaux défis qui attend les traducteurs.

Évidemment, on ne peut parfaitement prévoir les tendances futuristes mais une chose est certaine, l’intelligence artificielle va fondamentalement transformer les pratiques de traduction. Les traducteurs ont intérêt à s’y préparer en diversifiant leurs compétences et en développant de nouvelles aptitudes pour demeurer compétitifs sur le marché du travail.

La traduction en langues africaines : une oasis au milieu du désert

Si l’horizon est flou pour les traducteurs, notons qu’il est plutôt prometteur pour les traducteurs en langues africaines. En effet, contrairement aux langues européennes ou asiatiques qui figurent parmi les langues les plus traduites au monde, la traduction des langues africaines représente moins d’un pour cent du marché mondial de la traduction.

Selon l’étude de Common Sense Advisory (CSA), le marché des services linguistiques externalisés représentait, en 2015, plus de 38 milliards de dollars US. L’Europe est actuellement le centre de gravité du secteur des services linguistique avec 53,9% du chiffre mondial, devant l’Amérique du Nord (34,8%)  et l’Asie (10,5%).

L’informatisation des langues africaines est encore en marche et le marché potentiel est tout simplement immense. L’Afrique qu’on le veuille ou non, est un enjeu géopolitique et stratégique capital pour le monde. Lorsque la dynamique de développement sera collective, le marché de l’industrie des langues deviendra très florissant et ceux qui seront capables de traduire de/vers leur langue maternelle, seront très prisés.

Quand l’Afrique détiendra la puissance économique, symbolique et militaire suffisante pour s’imposer et faire entendre sa voix dans le concert des nations, traduire des langues européennes vers le Yemba, le Ghomala, le Kiwashili, le Zoulou, le Twi… deviendra une nécessité. Actuellement, moins d’une dizaine de langues africaines sont automatiquement traduisibles en ligne.

Signalons cependant Google Translate a ajouté cinq nouvelles langues à sa base de données. Ces langues sont : le Somali (Somalie, Djibouti, Kenya, Ethiopie), l’Igbo (Nigéria), l’Haoussa (Nigéria, Niger, Ghana, Côte d’Ivoire, Cameroun, Tchad, Soudan), le Yoruba (Nigéria, Bénin, Togo) et le Zoulou (Afrique du Sud). Mais ce n’est là qu’une goutte dans l’océan des plus de 3000 langues parlées en Afrique.

Quel est donc l’attitude des professionnels de l’éducation et de la formation en Afrique, face à ces mutations dans l’industrie de la traduction ?

Les traducteurs professionnels ou en devenir sont-ils conscients ou du moins préparés à embrasser ces changements ou à exploiter le marché à l’horizon ? Quel est l’état de développement des langues africaines ? Combien de traducteurs professionnels en langue africaine ou nationale forme-t-on chaque année au Cameroun ou en Afrique ? Combien de travaux de recherche et thèses portent actuellement sur la traduction en langue africaine ? Les étudiants en traduction – en Europe, Amérique du Nord ou en Asie – s’intéressent-ils aux langues africaines ?

Il est temps pour chacun de se positionner et d’être prospectiviste car les choses vont changer. Et seuls ceux qui seront préparés et prêts pourront « danser » lorsque la musique sera jouée…

En définitive…

Dans un monde où les entreprises doivent être proches des clients situés à l’autre bout du monde, l’adaptation des services et produits est plus que jamais nécessaires, et le traducteur, irremplaçable. Cependant, il n’y a aucun doute que la traduction automatique va prendre le pas sur le traducteur dans un futur plus ou moins proche.

Le traducteur doit donc l’accepter et travailler avec la machine plutôt que contre. On avance de plus en plus vers la post-édition, une symbiose du travail collaboratif entre la machine et l’homme pour une meilleure productivité et performance. Malgré le tourbillon qu’engendre l’intelligence artificielle dans l’industrie de la traduction, cela affecte peu les traducteurs africains car les langues africaines jusque là sont encore peu informatisées. Mais les dynamiques pourraient donc changer, dans un avenir, proche ou lointain.

 

Notes et références
[1] Deepl est actuellement l’un des meilleurs outils de traduction automatique en ligne, en terme de qualité. Bien mieux que Google Translate et autres services gratuits de traduction en ligne.

[2] Le secteur du marketing est moins affecté par la traduction automatique


Mots-clés: Développement De L’Afrique Traduction automatique Localisation Traduction Intelligence artificielle industrie linguistique deepl post-édition machine learning systran

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