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L'ennui de l'élève, du pseudo normatif au décrocheur

L’éducation soporifique est-elle une normalité ou devrait-on aller voir ce qui s'y passe avant de la changer ?

Par Virginie Guignard Legros , le 27 mai 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 27 juin 2019

A l’école, je me suis ennuyée jusqu’à l’âge de 20 ans, soit 17 ans d’ennui profond que quelques fois j’arrivais à cacher et quelques fois pas, comme à l’âge de 5 ans, où je m’endormais en classe. Et, si mon parcours s’est bien passé pour moi, c’est parce que ma rébellion je l’avais dans ma tête et pas dans ma vie de tous les jours. Et, surtout que je me fichais du niveau de mes notes qui étaient moyennes mais pas extraordinaires. Je n’en ai fait ni des objectifs, ni des complexes.

Je vous ai fait une sélection d’extraits d’articles pour éclairer ce phénomène que, si vous étiez un élève modèle, vous est peut-être difficile à comprendre.

“Comment s’ennuie-t-on ?

Les manifestations de l’ennui en classe sont connues : regarder en silence par la fenêtre, observer son voisin, un objet, une affiche sans un mot… Dessiner… Manipuler sa trousse,  sa montre, son collier, un stylo, une feuille, un cahier, un gri-gri… Jouer sur son mobile, consulter et envoyer des SMS… Bavarder… Rêver… Bailler… Bouger, faire bouger la chaise, la table, le sac…

Le traitement de l’ennui est symptomatologique. Il s’agit seulement pour les élèves de ne pas se donner une mauvaise image de cancre qui bâille à s’en décrocher la mâchoire. En ce sens on peut noter quelques astuces naïves… Il faut faire une seule chose à la fois ; on peut difficilement se concentrer sur ce que dit un professeur, penser à son prochain rendez-vous à l’auto-école et ne pas oublier de recharger sa carte de cantine à l’interclasse… Quand on a tendance à regarder dehors au lieu de suivre le cours, il faut choisir une place loin de la fenêtre. Il est important de bien manger, notamment le matin, pour éviter la fringale qui absorbera l’esprit vers dix heures. Enfin, il faut savoir que la capacité d’attention dépend aussi du temps de sommeil durant la nuit (pas en classe).”

Source : L'ennui en classe - Café pédagogique - Gilbert Longhi - février 2014
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/02/17022014Article635282178938032705.aspx

C’est peut-être un peu trop simple justement de penser que les problèmes viennent de contraintes extérieures. C’est plus simple peut-être aussi pour les enseignants et enseignements. Plus besoin de se remettre en question. Le problème est la fenêtre, la montre, les perturbations, les contrariétés, la faim… Mais, où sont les dyslexiques, les TDAH, les hauts potentiels, les créatifs… tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases, dans les normes scolaires ?

Témoignages

“« Fabrice a un parcours scolaire en dents de scie. Il est allé à l’école pendant certaines périodes, d’autre fois il restait à la maison, car il était anxieux à l’idée de se rendre en classe. Il faisait des crises, dit sa mère, Dominique Coulombe. Les gens ne le savent pas, mais l’enfant doué a des besoins... de grands besoins. »

Son garçon, qui est maintenant en première secondaire, a eu une relation difficile avec l’école dès les premiers jours de maternelle, où il avait même fini par crier dans les corridors.

« Il m’avait expliqué qu’il était tanné de faire la même affaire... on fait des ronds, on nomme les couleurs, on compte les jours de la semaine. Il était tellement mal. Il avait crié et on l’avait mis longtemps face à un mur », explique Mme Coulombe.”

Source : L’école est un cauchemar - janvier 2018
https://www.journaldemontreal.com/2018/01/20/lecole-est-un-cauchemar

"«Chaque année, je passais limite»

Arthur. 17 ans, en première au microlycée de La Courneuve.

«J'ai des capacités mais j'ai jamais travaillé. J'ai même été perturbateur. Mes parents ont divorcé, peut-être que je voulais attirer leur attention comme ça. Chaque année, je passais limite. Jusqu'en troisième où j'ai redoublé. À l'été 2010, avant la seconde, mon meilleur ami est parti à New York. J'ai perdu la seule personne à qui j'arrivais à me confier. En plus, je me suis blessé au rugby. J'ai dû rester trois mois à la maison. J'ai fait une déprime.

La seconde, je n'y suis pas allé souvent. Sans mot d'excuse, les profs m'excluaient. J'avais des mauvaises notes. Et c'est dur d'en parler à ses parents, on a peur de les décevoir. Les profs, eux, disent qu'ils ne sont pas des assistantes sociales. En avril-mai, j'ai lâché. Je voulais faire une école de sport mais ça n'a pas marché. À la rentrée, j'ai trouvé le microlycée [pour les décrocheurs, ndlr] et ça m'a tout de suite plu. Là, tout le monde a son histoire. J'ai l'impression de passer de l'ombre à la lumière.»”

Source : «Dès que je peux, je quitte l'école» - Par Véronique Soulé et Marion Garreau - janvier 2012
https://www.liberation.fr/societe/2012/01/12/des-que-je-peux-je-quitte-l-ecole_787738

Et, face aux accidents de la vie, les divorces des parents,... le père qui bat la mère ou l’inverse, le gamin qui se sent responsable, même les juges souvent sont démunis.

Il n’y a pas longtemps un juge dans une assemblée parlait d’un adolescent, 17 ans qui n’allait plus à l’école. La mère est convoquée. Son mari la battait, son fils plus grand et fort que son père s’est interposé. Le père est parti et n’est pas revenu. Depuis, il accuse son fils d’être la cause de leur séparation. Résultat, le gamin qui avait une scolarité normale a décroché car les émotions sont trop fortes. Le juge ne peut pas condamner la mère, il ne peut pas forcer l’adolescent à aller en classe. Les professeurs n’ont aucune emprise sur lui et la vie étudiante de l’étudiant est fichue, ainsi que son entrée dans le vie active. Il n’y a rien à faire que de lui souhaiter de faire de belles rencontres dans la vie.

“J’ai identifié quatre raisons pour lesquelles on peut s’ennuyer à l’école.

« Trop facile ! »

Certains d’entre nous se sont ennuyés parce que ce qu’on leur demandait de faire était trop simple pour eux. Ils avaient terminé les exercices en cinq secondes avec l’impression que tout était évident. Ils s’ennuyaient chaque fois que le professeur réexpliquait quelque chose à un autre élève qui l’avait mal compris. On s’ennuie quand ça ne va pas assez vite et quand c’est trop facile.

« Laisse tomber c’est du chinois. »

Mais on peut aussi au contraire s’ennuyer quand c’est trop compliqué. On a parfois lutté avec certaines matières pendant des années : les langues, la géographie, les maths… chacun sa bête noire. Qu’on se soit accroché un temps ou qu’on ait rapidement baissé les bras, quand le retard accumulé était trop grand, plus moyen de comprendre… Alors les heures passaient lentement. Très lentement.

« T’as du mal à dormir ? Passe une heure avec M. Bidule. »

Indépendamment de la matière, on peut aussi s’ennuyer parce que le prof est soporifique. Parlons franchement, on en a tous eu, de ces profs, qui devaient s’ennuyer eux aussi et qui ne parvenaient pas à mettre leurs cours en couleurs. Ton monocorde, activités répétitives voire inexistantes, nous en avons des exemples à la pelle. C’est une constante et une réalité : ce n’est pas parce qu’on maîtrise un domaine qu’on est capable d’y intéresser des élèves.

« Je veux pas y alleeeeeeeeer ! »

Et puis quand on est enfant ou ado, on a vite fait de laisser tomber une matière parce que la tête du prof ne nous revient pas. L’affect a un rôle prépondérant dans l’apprentissage. Nous avons détesté certains profs, eu peur d’autres, et nous nous sommes donc beaucoup ennuyés pendant leurs cours. Et c’est bien humain : qui peut faire l’unanimité dans une classe, qui plus est tout au long d’une carrière d’enseignant ?”

Source : L’ennui à l’école - octobre 2015
http://sydologie.com/2015/10/lennui-a-lecole/

C’est là que l’on voit l’importance et la fragilité de l’enseignement et de la relation entre le professeur et l’élève. Pas assez accrocheurs, trop compliqué pour les décrocheurs, pas motivant, ou portés par des profs antipathiques ou autres, les bon cours se font rares dans le monde des décrocheurs et dormir près du radiateur est finalement une façon de se créer un espace de douceur dans ce monde d’incompréhensions.

Comment lutter, quand on est un professeur motivé ?

“Les professeurs connaissent des petits trucs pour éviter l’ennui des élèves.

Un inspecteur (9)  les a même catalogués pour décrire un cours idéal d’où l’ennui serait absent…

  • Fractionner chaque cours  en plusieurs séquences courtes (demi-heure par exemple) et éviter les longues phases d’une heure ou deux consacrées à la même activité.

  • Réduire les longues explications orales et montrer plutôt des documents, des images, faire des croquis au tableau. Inviter les élèves à poser des questions. Ne jamais  les laisser plus de dix minutes sans solliciter leur participation.

  • Alterner les moments de haute tension pendant lesquels les élèves doivent se concentrer et ceux de plus basse tension ou ils peuvent  « respirer un peu ».

  • Varier les formes de travail : individuel, en groupe, à l'oral, à l'écrit… Permettre l’utilisation de livres, d’ordinateurs…

  • Moduler sa voix, laisser des moments de calme, de silence.

  • Confronter les élèves à des questions, des problèmes, des débats … Présenter des connaissances vivantes et dynamiques. Si ce qu’enseigne le professeur est trop plat et banal les élèves se démobilisent par manque d'intérêt.

  • Mettre le cours à la portée des élèves et les difficultés  du programme à leur niveau. Si ce qu'on leur demande est trop difficile, ils se démotivent par crainte d’échouer”.

CF : L'ennui en classe - Café pédagogique

Des trucs, face à l’avenir d’un enfant, d’un adolescent, d’un adulte. Il y a peut-être mieux à faire. Les chiffres des décrocheurs semblent augmenter. Il y a un problème de ressources humaines au delà de la pédagogie, de l’environnement, des programmes. Déjà, en mettant sur la table la nature des étudiants et celle des professeurs...  Nous vivons de grands bouleversements dans de multiples sphères de nos vies quotidiennes et l’éducation est celle qui a le moins évolué. C’est peut-être le moment d’innover dans ce domaine aussi.

Memo : Inspiration: Bons eleves, élèves moyens et mauvais élèves

Un discours un brin réducteur mais pas plus que l'officiel !

 

Photo : GiselaFotografie - Pixabay

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