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Sentiers battus et chemins de traverse*

Par Mohamed Ouzahra , le 07 mars 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 08 mars 2011

« Que celui qui prétend que la soupe est brûlante y plonge ses doigts ! » Ce proverbe marocain signifie qu’on ne mesure la difficulté d’une action qu’après y avoir été confrontée. Certainement une vérité quand il s’agit de pédagogie mais une vérité parfois oubliée sous nos cieux. Programmes surchargés, approches obsolètes et concepts datés, les enseignants puisent leurs méthodes dans des ouvrages qui semblent très éloignés des préoccupations branchées de nos étudiants.

Alors comment inciter les pédagogues à explorer les voies alternatives pour mieux enseigner ? Et, à leur suite, encourager les scénaristes de la formation à distance à emprunter des chemins de traverse, ces parcours sinueux et accidentés mais qui permettent parfois d’aboutir plus sûrement que les autoroutes, fussent-elles numériques ? Voici quelques pistes parmi d’autres.

Erreur et évitement

L’apprentissage se limite parfois à apprendre à… éviter l’erreur. Un peu comme s’il ne devait être que ce long fleuve tranquille, qu’il n’est heureusement pas ! Les erreurs, on le sait à présent, constituent une étape essentielle au cours de l’apprentissage. Elles permettent de progresser lorsque l’éducateur parvient à les transformer en autant de challenges à mener, de défis à relever.

Mais les erreurs ne sont pas seulement d’excellents stimulants, elles nous renseignent sur l’apprentissage que nous menons.

Comment alors repérer ces moments au cours desquels l’assimilation d’un concept se fait moins facile ? Bref, comment mettre le doigt là où cela fait mal ? Un des moyens pour repérer ces accrocs est de faire appel aux inspecteurs de l’enseignement, c'est-à-dire ceux-là même qui accompagnent les enseignants dans leur quête perpétuelle, et souvent peu aisée, du mieux transmettre.

Mais, force est de reconnaitre que la place de l’erreur n’est pas reconnue à sa juste valeur. Toute une réflexion sur la typologie des erreurs demeure quelque peu marginale ou, à tout le moins, insuffisamment exploitée. Pourtant, on y apprend que loin d’être un simple obstacle, l’erreur est aussi l’occasion de progresser pour l’apprenant mais aussi, on a un peu tendance à l’oublier, pour l’enseignant. Comment dès lors pourrait-elle aider cet enseignant à changer d’approche ? La question mérite quelques débuts de réponse.

Enseigner autrement

La question peut être posée en termes d’alternatives, autrement dit comment enseigner autrement pour parvenir à de meilleurs apprentissages. Au Maroc, face à une école en crise, le débat sur les méthodes d’enseignement est plus que jamais à l’ordre du jour. Le défi n’est pas simple car il s’agit tout à la fois de parer au plus pressé et de jeter les fondements d’un système bien pensé et durable, à même d’accompagner une société marocaine en mutation rapide. Un plan d’urgence pour une meilleure éducation, lancé par le gouvernement en 2009 et qui court jusqu’en 2012, ambitionne d’apporter une réponse à travers de nombreuses mesures dont certaines ont un impact certain sur le "comment enseigner". Dans le domaine des TIC, cela revient à encourager l’innovation grâce à un judicieux forum d’idées et de projets qui en est à sa septième édition cette année.

Une autre voie, des plus originales mais aussi bien plus risquée, est de… garder les enfants à la maison au prétexte que l’école leur inculque trop de mauvais réflexes. Cette position, qui peut paraitre extrême à certains, difficile à mettre en œuvre de surcroit, révèle cependant parfois ce que « enseigner ne doit pas être » ! Et oblige à se poser la question suivante : l’école est-elle le meilleur endroit pour apprendre ? Pour y voir plus clair voici un petit mais fort instructif historique de cette institution tout de même universelle.

Ceci étant, quelque soit le lieu ou l’approche adopté, l’essentiel est de définir avec le plus de précision et de lucidité le but de l’enseignement en ce XXIe siècle. Le philosophe et épistémologue Michel Serres l’a magistralement rappelé à l’Institut de France le 1er mars lors d’une séance inter-académique consacrée aux « Nouveaux défis de l’éducation. » Voici son intervention qui débute par cette simple évidence, un peu trop souvent ignorée : « Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ? »



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