Articles

David Cordina, le formateur multitâches au pays des avatars de Vishnu

Par Martine Dubreucq , le 10 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 20 mai 2016

David Cordina est bien connu des formateurs en langues : la plate-forme Ning qu'il a créée à Lille 1, Foreigners in Lille en 2008 est désormais une référence et la preuve la plus évidente que des réseaux sociaux plus ou moins informels et ouverts ont beaucoup à apporter à l'apprentissage. Le voila en territoire inconnu, en Inde, avec de nouveaux défis dont nous avons voulu parler avec lui.

David, vous êtes directeur pédagogique depuis plusieurs mois déjà à l'Alliance française de Bombay (Mumbai) en Inde. Cette Alliance n'a pas vraiment d'espace centralisé dans la ville puisqu'elle loue beaucoup de salles de cours à des collèges et des universités. Pas de visibilité dans la vie réelle et une forte présence en ligne à travers une page Facebook et un réseau social ouvert en septembre 2010, cela incite fortement à de la formation à distance. Quelle est la part des cours en face à face à l'Alliance française de Bombay ?

Les cours en face-à-face représentent la très grande majorité de notre enseignement de langue française. Néanmoins, nous offrons également à des étudiants de niveau intermédiaire/avancé des parcours d'auto apprentissage à distance dont les ressources sont accessibles en présentiel dans notre centre de ressources et à distance sur notre réseau social (Ning) et notre portail (Netvibes).  Il n'est donc pas question pour ce public de s'affranchir totalement du face à face, et ce, malgré les problèmes que posent les transports dans une ville comme Bombay. Nous sommes, comme je l’ai expérimenté à l’université de Lille1, dans une logique d’enrichissement du présentiel qui favorise le prolongement de l’action d’apprendre et d’enseigner hors des murs et du temps de la classe. Le réseau social Mumbaikar in French (espace de communication, d’apprentissage et de partage de ressources) et les pratiques pédagogiques de Twitter permettent un continuum relationnel entre les acteurs pédagogiques.

Quelle est votre principale utilisation de Twitter ?

Le compte Twitter de l’AF de Bombay est utilisé pour la communication culturelle de notre centre. Nous avons trois classes qui ont expérimenté son usage en classe (prise de notes, relations, échanges avec d’autres classes) en utilisant également la balise #indofr.

Quel est votre public et quelles sont ses attentes vis à vis des cours de français ?

Le public habituel d’apprenants de l’Alliance de Bombay est un public jeune et féminin. Nous avons de 3 500 à 4 000 inscriptions par an. La moyenne d’âge se situe autour de 20 ans. Ce sont avant tout des étudiants des universités de Bombay auxquels s’ajoutent des actifs durant les week-ends et les cours du soir. Nous avons également chaque année plus de 25 entreprises qui nous achètent des cours de français délivrés sur leur site. Pourquoi nos étudiants apprennent-ils le français ? Ils s’inscrivent pour des raisons professionnelles et culturelles, pour se démarquer et rendre original leur parcours étudiant par l'apprentissage d'une langue qui demeure attrayante par la culture qu'elle représente (le tourisme, Paris et sa culture artistique).

Les cours à distance « Click on French » connaissent-ils un grand succès ? Sont-ils utilisés par les enseignants en formule mixte, en complément ? Que pensez-vous de ce genre de produits « clés en main » ?

Les cours « Click on French » sont assez peu utilisés à Mumbai. Ils existent depuis 3 ans et sont très bien suivis commercialement par l’entreprise franco-indienne qui les a créés, E-Nova. Du fait de mon arrivée récente, je n’ai pas encore de retour et d’analyse de pratiques mais je reste prudent sur ce genre de produit clé en main qui peut être décevant pour le niveau A1(débutant) en particulier. Ces produits représentent une alternative intéressante pour les apprenants isolés mais ne peuvent rivaliser avec des cours en présentiel.

Lorsque vous êtes arrivé, de quelles façons les cours proposés en différents points de la ville communiquaient-ils ? Les enseignants dispersés géographiquement pouvaient-ils partager des ressources ?

Voilà la première difficulté de notre Alliance : la faiblesse patrimoniale de nos lieux de cours et culturels ne favorise pas les regroupements autres que la classe ou les lieux de culture habituels (auditorium, médiathèque). Nous ne disposons pas de couloirs, de hall, d’espaces spacieux, de lieux conviviaux (cafétéria) et de panneaux d’affichage dignes de ce nom. Les mails collectifs sont le seul mode de communication. Il n'y a ni plateforme de mutualisation ni environnement numérique de travail commun. J’expliquerai ce constat négatif par plusieurs raisons :

- Diffuser une culture de l'échange et du partage de ressources chez les enseignants est un grand défi : je me suis aperçu dès mon arrivée que la mutualisation n'est pas au centre des préoccupations.

- De plus, la présence obligatoire de manuels uniformise l'enseignement et les ressources mais limite, en même temps, la créativité des enseignants. Elle ne va pas dans le sens du partage et de la collaboration.

L'ouverture du réseau social et des groupes enseignants changera, je l'espère, ce constat. Ce seront les différents projets communs qui inciteront les enseignants à partager.  Le blog Tumblr et sa page, Panoplie de nos outils numériques, présentent les différents outils numériques contribuant à la fois à une communication plus efficace de l'Alliance Française vers l'extérieur et à une communication interne entre membres de l'équipe pédagogique.

Si le jeune public indien semble très familier avec les outils numériques, qu'en est-il des enseignants de langue ? Quel est leur degré de maîtrise des outils dans la classe à Mumbai ?

1700 membres sur notre page Facebook sans réelle animation et gestion pensée, 400 membres sur notre réseau social sans qu’il n'ait eu d’action de promotion sont des signes qui montrent que le public apprenant de l'AF est très actif et participe spontanément aux pratiques numériques. 

Quant aux enseignants, différentes initiatives et projets avaient déjà été mis en place avant mon arrivée sur l’écriture de blogs, l’utilisation des ressources audiovisuelles de TV5 en classe, la création d’un self-learning center. En revanche, par manque de moyens (l’absence de salle multimédia) les pratiques des TIC en classe sont assez réduites voire inexistantes. J’ai proposé en décembre 2010 deux journées de formation sur l’Internet participatif et les pratiques de classe pour la pédagogie de l’écrit qui prendront appui sur le réseau social Mumbaikar in French.

Comment comptez-vous ouvrir votre communauté d'apprentissage à un plus grand nombre de francophones ? Y a-t-il des partenariats possibles avec des étudiants français, des communautés francophones présentes en Inde ?

L’ouverture aux communautés d’apprentissage autres que celles de Bombay s'est déjà opérée, elle était programmée avant mon arrivée puisque j’avais déjà rencontré sur Twitter des enseignants de l’Alliance. Prachee Palsule, enseignante de FLE orientée TICE et moi avions échangé sur des projet d’échanges entre pairs via Twitter avec les classes de Laurence Juin du Lycée Doriole de La Rochelle. Prachee a également échangé avec des étudiants de l’Alliance Française de Mexico. A venir, sont prévus des projets avec Lille et d’autres centres français.

Vous travaillez actuellement sur un projet de centre de langues virtuel en 3D. Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’ai testé personnellement en 2010 les mondes 3D du monde Opensim, et les univers de Francogrid – les mondes francophones. Lorsque j'étais enseignant en Master 2 Ingénierie Pédagogie Multimédia, j’ai suivi différents projets sur les serious games et l’utilisation de nouvelles interfaces immersives. Animer un groupe d’étudiants IPM dans ces mondes m’a permis de prendre conscience de tous les potentiels pédagogiques de cet outil pour la pédagogie des langues. J’envisage maintenant des tâches pédagogiques pour les niveaux débutants. Mais tout reste à faire encore.
Ces mondes semblent un peu complexes à manier mais une fois que l'on est immergé et après avoir créé son avatar (un mot bien intéressant en Inde ! ) les possibilités sont riches. Le rôle de l'enseignant est d'être au seuil du metavers* et d'inviter les nouveaux utilisateurs.

Merci David d'avoir répondu à ces questions.



*Métavers : Univers parallèle à la réalité, qui s'en inspire tout en se montrant plus permissif et débridé. Le « metavers » de Second Life est une sorte de « réalité augmentée ».

Le compte personnel de David Cordina sur Twitter

Son portfolio professionnel

Le compte de l'Alliance Française de Mumbai sur Twitter

Un opéra sur la bibliothèque francophone du metavers

Pour en savoir plus sur Vishnu et ses avatars, voir ici.

Crédits photos :

Jurvetson, Flickr, licence CC; David Cordina

 

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné