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Le web 2.0 arabe

Par Om El Khir Missaoui , le 19 avril 2011

Les contraintes politiques et socio économiques ont longtemps freiné l'accès du monde arabe à l'ère du numérique et on a craint un moment que l'écart se creuse, comme dans d'autres domaines, entre les nations et les régions. Ceci c'était sans compter avec l'avènement du web 2.0 et de la portabilité des applications qui ont permis de combler le retard accusé à un moment donné. Un blog consacré à la culture et à la politique du monde arabe, tenu par Yves Gonzalez-Quijano, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (en français et sous licence CC, royal!) propose une lecture des récents évènements vécus en Tunisie, en Egypte et dans la plupart des pays maghrébins et arabes pour la conquête des libertés et dont la genèse et le prolongement doit énormément aux réseaux sociaux.

Le Web 2.0, sphère publique de substitution

Les masses de jeunes instruits et connectés ont largement  bénéficié des opportunités offertes par les réseaux numériques pour s'exprimer, échanger, mobiliser et organiser, les rencontres virtuelles autour de revendications d'abord diffuses mais se muant de jour en jour en actions militantes alternant le virtuel et le réel et n'en faisant qu'un seul et même espace porteur et promoteur de changement. Ils ont appris à contourner la censure omni présente des régimes totalitaires arabes car il y a un décalage entre l'installation du contrôle et les usages libertaires développés. De plus, l'accès au numérique  s'est démocratisé avec Blogger.com — une des plus importantes plates-formes de création de blogs — dans un premier temps, puis Facebook qui ont été parmi les premières grandes applications globales qui bénéficient d’une traduction en arabe (simultanément avec d’autres langues telles que l’hébreu ou le persan). "D’une manière générale, affirme Yves Gonzalez-Quijano, le développement des réseaux sociaux sur le Web 2.0 semble favoriser, plus encore que les autres « nouveaux médias », la constitution d’une sorte de sphère publique de substitution au sein de laquelle il devient possible de soulever nombre de questions d’intérêt général (autour de thématiques telles que la corruption ou les droits citoyens très présentes, on le constate aujourd’hui, dans les mots d’ordre de mobilisation)." S'il faut se garder de surestimer le rôle du web 2.0 par rapport aux luttes ou combats réels sur l'espace public, les nouveaux modes de socialisation favorisés interpellent tous les analystes.

L'envers et le revers de la médaille

A l'inverse, le web 2.0 de part sa nature même permet des usages hétérogènes et paradoxaux notamment en temps de crise. Toutes les tendances, révolutionnaires ou réactionnaires, relatives à diverses phobies des extrémismes de tout bord, y trouvent un terrain favorable pour assembler et recruter des sympathisants. La tendance à investir les réseaux sociaux s'amplifie également de par l'impact avéré maintenant, du numérique sur la gouvernance des pensées et des comportements sociaux. Et chaque obédience d'y aller de son propre crédo ce qui n'est pas toujours en faveur de l'acquisition de la liberté et de la démocratie.

En éducation, par contre, les enseignants réticents il y a quelque temps à l'égard des jeunes internautes s'éveillent à un monde qu'ils ont sous-estimé. En Tunisie en l'occurrence, nombre d'initiatives de création de pages sur Facebook dédiées à des institutions éducatives, des projets de classes, des actions citoyennes (nettoyage et restauration d'établissements détruits, soutien inter-régions ou établissements) ont fleuri et prospéré durant les mois derniers. Une sorte d'horizontalité imprègne les relations enseignants/apprenants et il faudrait aussi que chacun y trouve ses repères pour une utilisation finalisée mais consciente des réseaux sociaux, de la téléphonie mobile etc.

Le monde arabe a changé d'époque, faisons que ce changement s'opère selon une éthique démocratique et citoyenne.

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