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Les difficultés de l'éducation musicale en France

Il est temps de revaloriser l'enseignement de la musique en France

Par Alexandre Roberge , le 31 octobre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 18 décembre 2012

La France a toujours été perçue à juste titre comme un bastion important de la création artistique en Europe. Les auteurs y prolifèrent, le théâtre et le cinéma traversent les frontières et certains interprètes musicaux réussissent à rejoindre le coeur de public en dehors même de la francophonie. Pourtant, dans les enceintes des écoles françaises, l'éducation artistique - particulièrement musicale - est un véritable casse-tête pédagogique.

Bien que présente et obligatoire dans le cursus scolaire, elle suscite des débats. Certains, comme le professeur Olivier Geoffroy, considèrent que son enseignement est devenu frivole et a perdu de sa rigueur et d'autres comme Larabe Swick croient au contraire qu'il manque de naturel, de fluidité et d'intégration d'aspects comme les nouveaux types de musique ou le chant. C'est du moins ce qu'elle affirme dans un article d'OWNImusic du 26 septembre 2010.

La musique fait plus qu'adoucir les moeurs ?

L'idée que l'éducation musicale améliore le cerveau n'est pas neuve et ponctuellement, des études viennent ajouter des arguments en ce sens. Comme le souligne Mme Swick dans son texte, des recherches de 1947 à nos jours démontreraient que les "apprentis musiciens" bénéficieraient de:

  • Plus de synchronisation
  • Un meilleur raisonnement spatio-temporel
  • Renforcement des facultés auditives, visuelles et motrices qui peuvent se répercuter dans l'apprentissage du vocabulaire, l'orthographe ou les mathématiques en général
  • Aptitudes de planification et d'organisation supérieures

En 2007, un symposium européen sur l'enseignement des arts se déroulant à Paris a effectivement noté ces analyses; la synthèse de l'événement affirmera que les recherches sur le sujet ne sont pas encore assez nombreuses et assez évaluées pour pouvoir justifier leur pertinence ou non. Il faudra donc travailler en ce sens avant de conclure que sans aucun doute la musique améliore les performances cognitives des apprenants.

Ce manque de "preuves" explique peut-être que l'éducation musicale est perçue comme une discipline parmi tant d'autres dans le cheminement scolaire. Dans une étude de 2009 de la Commission européenne sur l'enseignement des arts, la France fait partie des pays où les disciplines artistiques sont dissociées des autres matières. Elle n'a pas à rougir de cet état de fait: un grand porucentage de ses collègues européens fait de même. On les apprend aussi séparément, une façon de voir très loin de l'Afrique subsaharienne, par exemple, qui mélange facilement musique, danse et théâtre dans le même cursus. D'ailleurs, en lisant ce rapport, on se rend compte que l'Hexagone n'est pas si différent de la tendance européenne qui, en majorité, consacre peu d'heures aux disciplines artistiques (particulièrement au secondaire), qui utilise les TIC dans les arts mais en petite quantité et dont les professeurs sont davantage des généralistes ayant peu recours aux artistes professionnels (en fait, même, la France est meilleure que plusieurs à ce sujet).

Alors, si la France n'a pas à être coiffée d'un bonnet d'âne quand on la compare à l'Europe, quels sont ses problèmes ? Pour Mme Swick, l'école française s'obstine à dissocier la musique méritant d'être étudiée (le classique) aux styles plus actuels, à rendre l'enseignement terne et loin de la passion et, surtout, on a évacué un instrument essentiel: la voix humaine.

Le chant comme remède

En effet, si le programme scolaire français encourage le chant choral aux élèves qui sont volontaires, il n'y a pas de place claire du chant dans le cursus ni d'évaluation des acquis en la matière. Une attitude décevante quand on lit les bienfaits de la chorale chez les apprenants dans cette entrevue de Pierre-Gérard Verny sur Curiosphère ou qu'on voit, à l'est de l'Atlantique, ces enfants de cinquième année d'une école publique de New York:

Le pari de l'établissement était d'intégrer le chant choral (avec des chansons populaires) totalement dans le curriculum. Depuis, l'ensemble vocal du Public School 22 est devenu un symbole de fierté, de créativité et de travail qui a été plébiscité par plusieurs célébrités. Il faut dire que pour mettre en évidence l'effort des élèves, les professeurs se servent du Web 2.0 et particulièrement de YouTube. La chaîne de la chorale est d'ailleurs souvent mise à jour avec de nouvelles interprétations.

Certes, tout ne se règle pas uniquement par la chanson, mais comme le soulignera Larabe Swick dans son article il s'agit de l'instrument permettant le plus facilement de comprendre le concept de mélodie et d'harmonie en musique. D'autres solutions, outre le chant, devront être envisagées par les autorités pédagogiques comme l'ajout d'heures d'enseignement artistiques, trouver des instruments plus aisés que la flûte à bec et une approche abordant plusieurs styles musicaux. Sans compter qu'il faudra plus de rigueur et de recherche sur l'effet de l'apprentissage de la musique pour l'élève et, pourquoi pas, réfléchir - comme le font les Américains en ce moment - sur comment se servir davantage des TIC en éducation musicale. Par exemple, pour joindre un pianiste loin de l'établissement qui pourra démontrer par le biais de caméras et de logiciels sa technique de jeu.

Si l'enseignement de la musique en France fait quelques fausses notes, il n'est pas trop tard pour rectifier le tout et retrouver l'harmonie.

Page YouTube de la chorale PS22

"L’éducation musicale en France: une partition discordante", Larabe Swick, OWNImusic, 26 septembre 2010

Arts and Cultural Education at School in Europe, Eurydice, PDF de 106 pages, septembre 2009

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