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Liberté d’apprendre et succès éducatifs - Études convergentes

«La clé de l’amélioration réside principalement dans l’accroissement des marges de manoeuvre laissées aux structures régionales et aux établissements.»

Par Denys Lamontagne , le 25 février 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 29 avril 2013

Un système éducatif obligatoire public d'état peut être vu comme un service d'adoption temporaire des jeunes, service remettant les jeunes entre les mains des institutions éducatives pendant la plus grande partie de la journée, système par lequel l’État prétend, officiellement ou implicitement, enseigner ce qui est bon ou utile à nos enfants. Mais ce contrôle centralisé est-il essentiel et nécessaire ?

Qui détermine les objectifs ?

La plupart des systèmes politiques prennent en considération l’expression des intérêts des parents et parfois des jeunes car si ce n'était pas le cas, les citoyens voteurs choisiraient un autre parti plus représentatif de leurs volontés. Il existe tout de même de grands consensus sociaux autour des apprentissages de base, des offres de programmes et de manuels en langues, en sciences et sciences humaines et autour des formations techniques. Ces consensus peuvent s’exprimer en des spécialités régionales et même locales liées autant à la situation géographique ou historique qu’à des volontés collectives de ces milieux.

Mais malgré réformes et consultations, on constate que les écoles, enseignants et administrateurs privilégient non pas un apprentissage naturel et dirigé par la curiosité des jeunes mais un dispositif permettant d'atteindre, pour un coût optimal, le résultat préalablement défini. En l'occurrence, des êtres relativement obéissants et conformes, capables d’opérer productivement dans un système au service de ceux qui le contrôlent réellement.

Comme le pouvoir est concentré, ses «représentants» répugnent à décentraliser et à remettre plus de responsabilité et d’autonomie aux institutions locales : tous doivent se soumettre aux mêmes standards et méthodes, même si seule une minorité en profite. Avec comme résultat un environnement scolaire déplorable dans nombre de communautés et une école perçue comme insignifiante dans le vécu des jeunes et même parfois dans celui de leurs professeurs.

Pourtant

Ce cul-de-sac n’est pas causé par l’école mais provient de l’usurpation de ses responsabilités et de celles des citoyens par un système poursuivant des objectifs qui sont étrangers à l'éducation. Deux études indépendantes nous fournissent des éléments de solution étrangement convergents :

  • Rythmes scolaires : pour une dynamique nouvelle des temps éducatifs, par l’INRP (Institut national de recherche pédagogique, France)

    «Il semble que les réformes visant à décentraliser le système éducatif, à promouvoir plus de démocratie à l'école et à accorder plus d'autonomie pédagogique aux établissements scolaires offrent un cadre plus favorable qui permet d'amplifier les effets bénéfiques des dispositifs

et

  • Les clés de l’amélioration des systèmes scolaires - McKinsey

    «La clé de l’amélioration réside principalement dans les pratiques pédagogiques et la transmission des savoir-faire entre les enseignants sur le terrain, ainsi que dans l’accroissement des marges de manoeuvre laissées aux structures régionales et aux établissements

    «La majorité des réformes mises en oeuvre visaient à accompagner les enseignants dans l’amélioration de leurs pratiques éducatives, alors que 3% seulement visaient à contrôler ces pratiques

    «Plus le niveau de performance des systèmes est élevé, plus les marges de manoeuvre laissées au terrain doivent être grandes

Laisser plus d’autonomie aux institutions locales et régionales améliore l'apprentissage, mais est également perçu comme un signe politique positif : les citoyens veulent contrôler plus d’aspects de leur vie, tout comme les professeurs.

Autonomie et formation hybride

Si l'accroissement de l'autonomie pour les institutions et les professeurs est plus efficace, celà l'est aussi pour les étudiants comme plusieurs études le démontrent.  Pour y parvenir :

  • Inciter et former les jeunes à apprendre à étudier par eux-mêmes et en relation avec leurs communautés d’affinité ou d’intérêt, ce qui n’est pas si difficile et est de plus en plus accepté comme «compétence transversale» essentielle dans une formation de base. L'utilisation intelligente et critique des technologies d'apprentissage se confond presque avec celle des technologies tout court et leur maîtrise est nécessaire.
  • Favoriser le déploiement d’outils de conception, de production et de diffusion qui permettent à des individus, des groupes et des institutions de produire localement, de partager et de trouver des ressources d’apprentissage libres, de qualité et qui correspondent à ce qu’ils désirent apprendre et enseigner.

Ainsi le concept de formation à distance se dissout dans celui de la formation en réseau, ubiquite, sociale et décentralisée, avec un rôle clair et fondamental laissé aux institutions.

Les écoles devraient être des espaces d’apprentissage ouverts et accessibles 15 à 18 heures par jour, 6 ou 7 jours par semaine; elles peuvent aussi être les lieux ou des professeurs et des «ouvreurs d’horizons» vont au-delà des programmes décrétés, réalisent pleinement leur vocation d’enseignants et aident les individus, jeunes et adultes, à apprendre, échanger et se former au gré de leur vie, de leurs besoins, des nécessités et de leurs ambitions.

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