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Publié le 03 novembre 2019 Mis à jour le 22 octobre 2020

Les changements de compétences de nos cerveaux et de nos vies

Est-ce nous qui changeons ou notre environnement ?

Des changements de société qui s'accumulent

En 50 ans, l’écran a envahit nos vies. D’abord discret, puis avec des pics comme celui du premier pas de l’homme sur la lune qui a fait monter les ventes des premiers téléviseurs. L’ordinateur est apparu dans les années 70 et 20 ans plus tard internet a commencé à s’étendre sur la planète. 

Aujourd’hui, si vous n’existez pas sur les réseaux sociaux dans certaines parties du monde comme en Chine, alors vous n’êtes personne. Le savoir internet est un nouveau genre de savoir qui commence à s’enseigner à droite et à gauche, voire qui est une vraie matière scolaire, comme au Canada. 

De la même façon qu’en médecine, ce sont les petites doses qui ont les plus gros effets sur nos santé et sur nos vie. Quand les choses sont énormes, on se méfie. Mais quand les choses sont plus subtiles, c’est plus compliqué déjà de les évaluer et surtout d’en apprécier les effets. L’un des impacts le plus marquant fut l’arrivée des textes courts sur Twitter, dans les SMS, dans What’s app..., déjà avec les langues nationales l'arrivée des raccourcis de languages avaient créé une première fracture sociale entre les jeunes et les vieux. Mais surtout sur la mise en forme de ce langage. Les longues phrases alambiquées d'hier n’existent plus. D’ailleurs qui sait encore ce que veut dire alambiqué ?

“Alambiqué : Qui recherche une subtilité excessive ; qui est trop raffiné,...”

Source : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/alambiqué_alambiquée/2015

Ca c’était avant. Quand on écrivait des lettres à la main. Quand des gens prenaient le temps de vous lire. Aujourd’hui, le style est plus direct, plus court et le choix des mots privilégie le superlatif. C’est un style clair et les phrases sont devenues courtes. 

Il est compliqué avec l’époque que nous vivons d’évaluer ce qui sera important ou ce qui sera futile pour demain. C'est là que les signes collatéraux sont intéressants à observer.

Métiers ou compétences ?

Voici ce que l’on écrivait à propos des nouveaux métiers en 2014.

“Coordinateur-trice de communication digitale, planneur stratégique, manager en e-réputation ! Quels sont ces nouveaux métiers qui dessineront le marché du travail sous l’influence des média sociaux ? Quelles compétences constitueront les profils recherchés ? C’est à ces questions et à bien d’autres que les participants à la Causerie du 25 septembre dernier ont essayé de répondre en compagnie d’Olivier Tripet. 

L’explosion des médias sociaux s’accompagne de l’émergence rapide de métiers et de rôles aux noms parfois exotiques. Mais plus que les métiers en eux-mêmes, ce sont les nouvelles compétences requises et la vitesse à laquelle elles apparaissent et se combinent qui impressionnent et posent souvent problème aux ressources humaines, aux recruteurs et au système éducatif… la grande majorité des métiers qui ont ainsi vu le jour avec l’évolution du Web ne sont pas vraiment considérés comme tels, mais plutôt comme des rôles de plus en plus difficiles à catégoriser sous l’étiquette ‘métier’.”

Source : On a causé de nouveaux métiers… - par Patrick Genoud - octobre 2014
http://www.ot-lab.ch/?tag=reseaux-sociaux

Depuis cet article, qui posait la question du rôle ou du métier, est apparu le terme de Slasher. Je ne parle pas du Slasher des anglophones qui est lié aux films d’horreur, mais plutôt de la génération slasher qui donne une vision plus précise de ce phénomène.

“On les appelle les « boulimiques du travail » ou « shizophrènes professionnels ». Par choix ou par nécessité, de plus en plus de salariés font le choix d’endosser plusieurs casquettes professionnelles dans le but de s’épanouir. Le slasher comme on l’appelle, a généralement entre 25 et 35 ans et il est en train de révolutionner notre façon de travailler. Fini le schéma traditionnel avec un même métier toute une vie, ces multi-casquettes revendiquent leur côté touche-à-tout.

Le « slashing » est un terme qui apparaît pour la première fois il y a déjà 11 ans dans l’ouvrage de l’américaine Marci Alboher, « One person/multiple carreers ». En 2010, l’auteur et entrepreneur Seth Godin, ancien responsable marketing direct chez Yahoo, vulgarise le concept à travers une analogie :  « Mon grand-père a fait le même travail toute sa vie, mon père a eu sept emplois différents tout au long de sa carrière et moi j’ai eu sept emplois en même temps ».

Joindre l’utile à l’agréable

Les slashers veulent avant tout faire coïncider le mieux possible leur vie privée et leur vie professionnelle. Pour eux, pas de concession possible, la vie professionnelle doit être en totale adéquation avec leur bien-être personnel. Cumuler plusieurs emplois est un phénomène connu des pays anglophones. La tendance apparaît en France avec le phénomène d’ubérisation des métiers.

A l’origine, les salariés deviennent slasher plutôt par nécessité. Leur salaire ne leur offre pas un niveau de vie satisfaisant, alors ils créent d’autres sources de revenus. Mais, de plus en plus souvent, cumuler deux ou trois activités devient un choix et les slashers se créent une vie professionnelle sur-mesure”.

Source : Génération slashers : ces trentenaires qui se créent une vie professionnelle sur mesure
par Adélaïde Haslé - Janvier 2018
https://www.blog-emploi.com/slashers-trentenaires-une-vie-professionnelle-sur-mesure/

Dans toute tendance, on trouve les avant-gardistes. Ici ce sont les slasheurs, ceux qui vont loin, dès fois trop loin et qui tirent la locomotive du changement et qui deviennent alors des modèles pour les autres. Alors le phénomène sera banalisé et sera passé plus nuancé dans les moeurs de l’époque. 7 métiers ne peuvent pas définir la profession d’une personne. Par contre une personne peut rentrer dans 7 profils différents de métiers.

Son métier ne peut plus la définir. Ainsi c’est elle qui va se définir en tant que professionnelle reconnue et non plus par son métier. Il y a un retournement complet de la posture du travail. Par extrapolation, ce n’est plus l’employeur qui offre un travail, c’est l’employé qui se met à disposition de ce même travail et de cet employeur. C’est aussi une mutation dans l’équilibre des pouvoirs employés et employeurs.

Le marché de l'emploi

“En Suisse, le manque de compétences comme obstacle majeur à l’embauche (globales et tous secteurs confondus) crée des difficultés de recrutement chez déjà 33 % des employeurs (selon l’enquête 2018 ManpowerGroup).

35 % des entreprises de l’enquête d’ICTjournal (fev. 2018) indiquent être freinées dans leur numérisation par manque de qualification. Les compétences transversales recherchées couvrent certes des savoir-faire techniques mais aussi des aptitudes à penser et agir de manière interdisciplinaire.

La formation, l’éducation et l’accès à la connaissance pour tous sont certainement des voies à développer !”

CF : Source : Voici 10 tendances sur l’avenir du travail et des compétences.

L’époque est en mutation profonde. Ainsi, même le contexte social du travail va contribuer à amplifier ce phénomène et donner de plus en plus de pouvoir à l’employé compétent. Hier, le monde était en sur-emploi, trop d’employés pour pas assez de travail. Demain, il va être en plein emploi sauf pour ceux qui n’auront pas les capacités de développer les bonnes compétences, ceux-là resteront sur le carreau.

Dans pas longtemps, tous les papy-boomers seront en retraite et là… les employeurs vont perdre leur pouvoir suprême. Ils devront être bienveillants, attractifs, gentils, intéressants pour attirer des employés sinon ils mettront la clef sous la porte. À ce moement, notre monde aura définitivement changé d’époque.

Quels genres de compétences devront développer les employés de demain ?

“...# Des « soft skills » à développer

Les « soft skills »  désignent des compétences non techniques. En bref, les compétences humaines comportementales qui permettent de collaborer dans un environnement de travail de plus en plus complexe et transversal.

La digitalisation des entreprises va révéler encore plus fortement le manque de ce type de compétences à tous niveaux des directions, équipes de managements et collaborateurs:

Entre autres, trois compétences clés à développer : la communication orale, le leadership et la gestion du temps”.

CF : Source : Voici 10 tendances sur l’avenir du travail et des compétences.

Bien sûr, il faudra intégrer les compétences techniques, les nouveaux métiers et les nouvelles technologies.  Certains sauront faire et d’autre pas. Il faut s’attendre à avoir de l’ordre 10% de non actifs définitifs. Ils existent déjà, simplement, on ne les remarque pas trop encore, noyés dans le foule. L’essentiel n’est pas à ce niveau. L’important sera dans la façon de savoir collaborer ou pas ensemble. Ce n’est pas un sujet nouveau. C’est une déclinaison de l’intelligence collective. Sujet initié il y a quelques décennies par Pierre Levy. Voici le résumé de son livre écrit en 1994.

L'intelligence collective

“La magie des mondes virtuels est désormais à la portée du grand public: le nombre d'utilisateurs des réseaux mondiaux de communication informatisé augmente de 10% par mois. Le réseau Internet et le multimédia interactif annoncent une mutation dans les modes de communication et l'accès au savoir. Il émerge un nouveau milieu de communication, de pensée et de travail pour les sociétés humaines : le cyberespace.

Comment notre culture en sera-t-elle affectée ? N'aboutirons-nous qu'à une super-télévision où renouvellerons-nous le lien social dans le sens d'une plus grande fraternité ?

Pierre Lévy nous invite dans ce livre à ne plus penser en termes d'impact des techniques sur la société, mais de projet. Les nouveaux moyens de communication permettent aux groupes humains de mettre en commun leurs imaginations et leurs savoirs. Forme sociale inédite, le collectif intelligent peut inventer une « démocratie en temps réel ».

L'auteur situe le projet de l'intelligence collective dans une perspective anthropologique de longue durée. Après avoir été fondés sur le rapport au cosmos, puis sur l'appartenance aux territoires, et finalement sur l'insertion dans le processus économique, l'identité des personnes et le lien social pourraient bientôt s'épanouir dans l'échange des connaissances”.

Source : Pour une anthropologie du cyberespace - Par Pierre Levy - 1994
https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_intelligence_collective-9782707126931.html

Renouveler le lien social dans le sens d'une plus grande fraternité, je pense qu’on y est presque au sein de l’entreprise. Demain, fini la hiérarchie où il est de mise de marcher sur la tête de son collègue pour gravir les échelons. Le chef devra être empathique et sympa, sinon, il ne fera pas carrière.

Ca paraissait complètement décalé et fou il y a encore 15 ans. Depuis, tous les coachs du monde font de l’intelligence collective et ceux qui n’en font pas font du leadership. Parce que ce ne sont pas que les hommes qui ont changé, c’est aussi la façon de les manager qui doit suivre pour être en phase avec l’ensemble de ces mutations.

...# De nouveaux modèles organisationnels

"La recherche d’efficience et l’arrivée de jeunes générations dans les entreprises poussent vers des modèles organisationnels plus agiles que les modèles hiérarchiques.

En Suisse,  des entreprises comme Freitag ou Loyco  fonctionnent déjà selon l’holacracy.

Le management sans chef  rend possible l’autonomie des collaborateurs et un tournus des expériences managériales par la prise en main de rôles et non plus de fonctions fixes. Collaboration et co-création  favorisent l’agilité et l’innovation.

La recherche de sens ( hors des principes de capitalisation) et la remise de l’humain au centre de l’entreprise ont mené à la création du mouvement BCorp des entreprises sociétales.

Ces nouveaux modèles d’organisation sont appelés à se développer. En effet, les jeunes générations ont une autre conception du travail que les baby-boomers.

En Suisse, les Milleniums (>1990’s) représentent déjà 34 % de la population active.

Habitués au feed-back immédiat, à l’accès permanent à la technologie et à la variété d’activités,  ils intégreront le modèle organisationnel qu’il leur correspond ou bien partiront rapidement ailleurs.”

Source : Voici 10 tendances sur l’avenir du travail et des compétences. - Janvier 2019 -
https://www.in-fuseon.com/2019/01/30/10-tendances-avenir-travail-et-competences/

Ils n’ont plus besoin des fondateurs de vieilles entreprises. Plus besoin de chef, le groupe est autonome. Enfin, cela vient depuis un moment, à droite à gauche, jusqu’au moment où il y aura une adhésion de l’ensemble des collectivités.

On se rapproche des modèles des fourmis ou des abeilles. Ce n’est plus l’homme qui est au centre, mais le groupe, voir mieux le projet du groupe qui permet le consensus et de mettre les egos de tout le monde à la porte pour travailler tous ensemble vers un même objectifs. Demain la concurrence ne sera peut être plus plus entre les hommes qui seront soudés, mais entre les hommes et la machine, entre les hommes et l’intelligence artificielle.

L’heure est au cerveau augmenté.

“Elon Musk en a encore fait la démonstration, il y a un mois, en annonçant la création de sa société Neuralink. La énième entreprise du milliardaire a pour objectif de développer des composants électroniques pouvant directement être implantés dans le cerveau afin d’en augmenter la mémoire, piloter des terminaux ou le connecter de manière plus efficace à l’intelligence artificielle. Tout un programme… qui nous fait parfois oublier que cet organe, dans ses capacités intrinsèques, possède encore de larges zones grises à explorer”.

Source : Les performances du cerveau évoluent avec l’âge, mais ne déclinent pas - par Sylvie Logean - juin 2017
https://www.letemps.ch/sciences/performances-cerveau-evoluent-lage-ne-declinent

L’objectif de nos méta-decisionnaires comme Elon Musk est la fusion de l'homme avec la machine. Soit on fusionne, soit on sera des sur-individus. Ou alors ce sera le contraire. Ceux qui seront connectés seront les esclaves des autres. Ca seul l’avenir nous le dira. Personnellement, je crois plus à la deuxième solution. Ou une autre encore où tout le monde sera connecté, mais avec des niveaux de savoir ou de conscience différents. Comme des castes. Avec ceux qui savent et ceux qui font, connectés ou pas. Difficile d’imaginer cette société à venir surtout si, comme moi, vous êtes né à une époque où les écrans étaient rares.

Dans tous les cas, pour des sélections équitables à faire, de qui aura ceci ou cela, il me semble qu’il faut que nos cerveaux soient sains à la base.

Un cerveau sain dans un corps sain

"...In fine, il faut savoir que le cerveau sain est comme un muscle qui se nourrit du changement, mais s’atrophie si l’on ne s’en sert pas. L’entraînement va ainsi stimuler les jeunes neurones à s’intégrer dans les circuits cérébraux pour établir de nouvelles connexions. «

Cela fonctionne un peu sur le principe du use it or lose it, ajoute Matthias Kliegel. Le vieillissement cognitif est très lié à une non-utilisation des ressources du cerveau.» Et que ceux qui n’aimeraient pas faire des sudokus ou autres exercices cognitifs spécialisés se rassurent… Les chercheurs l’affirment: l’activité physique est ,semble-t-il ,tout aussi efficace pour prévenir le vieillissement du cerveau”.

CF : Les performances du cerveau évoluent avec l’âge, mais ne déclinent pas

 

Ce sont les meilleures stimulations, les meilleurs entraîneurs que sont les professeurs de l’esprit, mais aussi ceux du corps qui feront les nantis ou les malheureux de demain. Notre cerveau est notre bien le plus précieux. Entrainez-le comme vous voulez, comme il vous plaît, mais ne le laissez pas s'atrophier.

Source image : Pixabay geralt


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