Articles

Les manuels numériques sur les ENT : bon démarrage, mais améliorations souhaitées*

L’année scolaire 2009-2010 a vu l’implantation de manuels numériques via les ENT dans 65 collèges. Le rapport de cette première année d'expérimentation vient de sortir.

Par Alexandre Roberge , le 13 février 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 26 mai 2011

À la rentrée 2009, le Ministère de l'Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative français lançait un important projet en matière de TICE. En effet, plus d’une soixantaine de collèges, 8000 élèves de 6e et près de 900 enseignants étaient invités à tester l'utilisation des manuels scolaires numériques en ligne, accessibles par le biais de l'ENT (environnement numérique de travail) de leur établissement. Ce projet avait deux objectifs avoués : limiter le poids des cartables, dont se plaignent depuis de nombreuses années les fédérations de parents d'élèves; encourager l'utilisation des ENT et des Tice en général. On peut ajouter à ces deux objectifs la préparation d'une mutation chez les fournisseurs traditionnels de livres scolaires, qui ont réalisé des prototypes et souhaitent avoir des retours d'usage pour améliorer leurs produits.

Les premières disciplines afeectées par le changement furent le français et l'histoire-géographie, l'arrivée des manuels numériques coïncidant avec une réforme des programmes. Les établissements étaient en outre conviés à choisir des licences dans au moins deux autres disciplines (SVT, mathématiques, technologie, anglais, allemand ou éducation civique). À la fin de l’année scolaire, les enseignants, élèves et parents ont répondu à un sondage en ligne et des études sur place furent faites dans une douzaine de collèges. Les résultats, dévoilés en novembre 2010, donnent un bilan positif de l'expérimentaiton mais soulignent également plusieurs points à améliorer.

Un ENT apprécié, mais pas sans défauts

Si l'on s’intéresse à l’aspect le plus matériel du projet, on constate que les parcs informatiques dans les établissement grandissent régulièrement, mais que la maintenance n'est souvent pas à la hauteur. De plus, dans bien des établissements, il n’y a pas suffisamment de postes pour chaque élève. Il a donc souvent fallu les faire travailler par deux, ce qui n'est en soi pas un problème (voir notre article sur le meilleur ratio élèves / ordinateurs), mais privilégie l'usage collectif plutôt que l'usage individuel, ce qui ne va pas nécessairement dans le sens de la pédagogie appliquée par les enseignants utilisateurs.

L’ENT lui-même constitue la plateforme principale par laquelle on accède aux manuels numériques. Pas étonnant que son rôle fût considéré comme essentiel autant par les enfants que les enseignants. Lorsque l'ENT était déjà opérationnel depuis plusieurs années, l'utilisation des manuels numériques s'est réalisée plus naturellement que lorsqu'il avait été installé à la rentrée de l'année en cours.

Troisième élément du dispositif technique : le TBI (tableau blanc interactif). Toutes les classes n'étaient pas équipées d'un TBI, ce qui obligeait les enseignants à utiliser les manuels numériques dans certaines salles seulement s'ils voulaient en exploiter tout le potentiel, ou à se rabattre sur un simple vidéoprojecteur, ce qui limite évidemment les opportunités d'interaction sur le manuel.

Certains enseignants ont préféré utiliser le manuel avec une solution locale (DVD ou clé USB) pour contourner les difficultés liées aux indisponibilités de serveur (pas d'accès à l'ENT pendant un temps donné). De plus, le chemin d'accès aux manuels sur les ENT a été perçu comme long et fastidieux, engendrant des pertes de temps en début de cours.

Un point positif : les jeunes avaient facilement accès aux manuels en ligne. La majorité d’entre eux pouvaient les regarder à partir de chez eux, les autres se tournaient vers les amis ou la famille. Il y a donc encore une fracture numérique, mais bien moindre que ce que craignaient les enseignants.

De l’interactivité en… partie

En dépit de ces difficultés d'ordre essentiellement technique et matériel, les manuels numériques furent appréciés des apprenants et du personnel enseignant. Sur le site du Ministère, on trouve d’ailleurs des vidéos des usages en classe. On y voit de l'enthousiasme de la part de tous les acteurs en question. Cependant, le bilan du projet refroidit un peu les ardeurs.

Certes, le manuel numérique apporte un « plus », mais les différences avec sa version papier sont mineures. Du zoom, du masquage de texte, quelques images et vidéos, mais pas de vraies améliorations selon les enseignants, qui s'attendaient à mieux. Quant à l’interactivité, elle était absente sauf dans de très rares cas. Pas assez, en tout cas, pour y voir une révolution des manières d'enseigner et d'apprendre.

Beaucoup de collectif, pas d’individuel

Comme on le disait plus tôt, les manques dans le parc informatique scolaire ont obligé la plupart des collèges à user des manuels numériques de façon collective, souvent par le biais de tableau blanc interactif (TBI). Une aide fort appréciable, donc, dans les cours magistraux, mais pas suffisamment dans les travaux individuels. Et encore faut-il savoir se servir d'un TBI, ce qui n’est pas le cas de tous les enseignants comme le souligne le rapport.

Cela explique peut-être qu’en un an, la plupart des élèves n’aient accédé au manuel via l’ENT que 8,5 fois environ chacun. On note certes des différences à ce niveau entre les établissements. En effet, ceux qui disposent d'un grand nombre de postes informatiques ont vu leurs apprenants se connecter plus souvent à l’ENT. Mais partout, on a constaté que les longs temps de démarrage et le manque d’interactivité des ouvrages ont freiné le traffic. Les élèves sont néanmoins les plus enthousiastes des utilisateurs des manuels numériques.

Les enseignants sont partagés. Si cela a, en effet, augmenté considérablement l’usage de TICE à l’école, il n’en reste pas moins que l'utilisation du manuel numérique varie selon chaque professeur. Les amoureux de la technologie l'ont adopté, les autres ne s’en sont servis que comme un accompagnement. L'absence de vraies nouveautés dans la version numérique des manuels les a confortés dans cette utilisation périphérique.

Quant aux parents, s'ils ont bien accueilli la baisse du poids des cartables, ils n’ont pas perçu de véritables changements pour l'apprentissage. Les parents ont d'ailleurs peu pris part à l'expérimentation.

Pour résumer, le bilan est le suivant : c’est bien, mais on peut faire mieux. Des manuels numériques plus attrayants et possédant des contenus améliorés et diversifiés, un parc informatique plus important et mieux maintenu, des ENT à améliorer pour qu’ils soient plus adaptés aux besoins des élèves comme du personnel enseignant : voilà une feuille de route bien remplie pour les années à venir.

 

Manuels numériques via l’ENT, Synthèse de l’évaluation de la première année de l’expérimentation, PDF, 34 pages, 5 novembre 2010.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné