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Publié le 08 février 2020 Mis à jour le 10 novembre 2020

La construction sociale de la connaissance

L’expérience des communautés d’apprentissage québécoises

Exploration des communautés d’apprentissage

J’ai décidé de voyager au Québec pour mieux appréhender les communautés d’apprentissage. Il me semblait important de vivifier la démocratie en promouvant des pédagogies collaboratives et de trouver de nouveaux moyens de le faire. J’avais entendu parler des pédagogies québécoises à l’occasion d’un voyage en Afrique où j’avais eu l’opportunité de rencontrer des facilitateurs québécois. Je me suis alors intéressé à ce qui se passait la-bas et j’ai consulté près de 500 sources (livres articles), puis j’ai fréquenté le seul québécois que je connaissais et qui passait de temps en temps à l’université de Nanterre.

J’ai alors décidé de prendre 6 semaines de RTT (réduction du temps de travail) pour partir un hiver.  Ma première surprise fut d’être accueilli par le professeur que j’avais rencontré. C’était étonnant alors que je le connaissais à peine qu’il soit là pour moi à l’aéroport. Il m’a appris la différence entre le mot froid et le mot frette (très très froid, cet hiver là -30°) mais il m’a surtout ouvert les portes. Grace à lui j’ai pu enchaîner une cinquantaine de rendez-vous !  À partir de ce contact je me suis laissé guider d’un contact à l’autre.

Je me mettais dans la posture de dire oui à tout. Un accueil inconditionnel de tout ce qui pouvait m’arriver, y compris des activités improbables dans des serres à papillons ou lors de la fête de la neige. C’est ainsi que j'ai rencontré une cinquantaine de communautés et d’acteurs de l’apprentissage social. Je méditais avant la rencontre et je me présentais à eux avec beaucoup de curiosité et d’humilité pour comprendre le fruit de leur expérience. Mon seul désir était d’apprendre et de partager aussi quand on m’interrogeait. En 6 semaines j’ai été invité 25 fois à déjeuner ou diner, deux fois en weeckend. J’ai donné des conférences. Alors que je ne connaissais personne et que personne ne me connaissait j’ai donné deux conférences. J’ai pris conscience de la qualité des savoir-faire pédagogique (par exemple le codéveloppement professionnel), mais surtout de la grande qualité relationnelle et de la puissance de l’ouverture d’esprit.

Un retour, des gens, de la collaboration

Je ne voulais pas seulement avoir un plus de technicité et de connaissance mais je voulais le partager aussi quand je suis rentré en France, je me suis installé dans un café prés de chez moi tous les samedis de 14h à 18h et j’ai fais savoir à mes « amis » sur les réseaux sociaux que j’étais prêt à partager.

30 « amis » sont venus, coachs, professionnels des RH, étudiants, chômeurs, demandeurs d’emplois, professeur, cadre sup. De belles rencontres. Avec deux d’entre elles Virginie (qui nous a rejoint par skype) et Jocelyne qui vivait dans une rue à côté de chez moi nous avons décidé de créer un site en ligne sorte de MOOC[1] pour partager l’aventure.

L’idée était de proposer pendant 8 semaines des activités variées telles que webconférences, expériences dans la vie réelle et cercles de dialogue pour faire le lien. Tout cela assorti de ressources et quiz en ligne. Je ne savais rien au numérique mais j’ai appris et j’ai demandé à ceux qui savaient et ils m’ont aidé.

Pour le lancement des cercles de dialogue nous avons créer des vidéos virales et c’est ainsi que nous avons recruté 22 facilitateurs qui, a leur tour, ont recruté leur cercle. Cela se passait partout en francophonie (France, Canada, Suisse, Belgique, Luxembourg)  et ce sont 800 personnes qui nous ont rejoint ! 12 cercles sont allés au bout de la démarche, les autres ont eu du mal. Les cercles se réunissaient où ils pouvaient (café, salles de réunions, lieux publics etc.).

Tout s’est organisé de façon autodirigé, gratuite et sur une base de militance en dehors du travail Les participants étaient des membres d’organisation qui s’intéressaient à la formation, aux ressources humaines à l’éducation ou à la formation professionnelle.

Le succès a été incroyable et une design team s’est crée pour faire face aux afflux de demandes d’appuis. Une newsletter a donné plus de ressources et d’informations.

L’idée centrale était d’apprendre à apprendre ensemble sur la base de 8 thèmes assez flous à déchiffrer en cercle tels que : l’altérité, la coopération, la coévaluation, l’accueil d’un nouveau, la co-facilitation. Le moteur était l’inclusion de haute qualité dans le groupe. Chaque nouvel entrant était considéré comme une personne importante. Personne ne lui demandait qui il était, quelle était sa fonction ou son statut elle était là et c’était bien ainsi. Elle devenait un leader.

Ce processus de création d’apprentissage sociaux autodirigés à donné lieu à de multiples ressources (cf ci-après) et à créer de l’engagement pour tous les participants dans leur vie personnelle ou professionnelle. La dynamique a débouché sur la création de nombreux événements apprenants, hackathon, world café, forum ouvert où chacun venait transmettre et apprendre des méthodes d’intelligence collective. La création d’une association #cercleape a été rendu nécessaire pour la prise d’une assurance et la circulation d’argent au gré des projets. La cotisation est « le temps de présence «  des volontaires ».

Transposer l’expérience dans un environnement professionnel

Cette expérience forte s’est transposée dans les univers professionnels des uns et des autres. Pour ma part elle a enrichi la mise en place de l’université de l’innovation publique collaborative du CNFPT. Cette université conçue collectivement a repris des ingrédients que j’avais éprouvé comme usage des moyens audio-vidéo pour recruter en masse (nous avons créé un MOOC Innovation Publique), partir de questions sincères et authentiques, vivre des « moments irréversibles de coopération créative », célébrer et cocréer ensemble dans une haute qualité relationnelle.

En 4 ans cette université est passé d’apports descendants du maître (experts en innovation) vers l’élève (fonctionnaires publics) à un « appel à défis territoriaux », de 120 participants à 2120, d’un petit noyau d’organisateurs à 13 équipes (450 co-organisateurs) qui fabriquaient sur deux jours des initiatives et des prototypes complétement originaux.

Les mêmes ingrédients ont été mis en œuvre, et progressivement un chercheur collectif s’est mis en place pour comprendre ce qui formait l’architecture invisible de cette dynamique sociale hors norme qui a été nommé « pédagogie des défis territoriaux »[2].

Ce qui reste de cette aventure

Tout d’abord je nourris les québécois et leur accueil de toute mon estime

Ensuite, j’ai incorporé dans mon ressenti des pratiques sociales et relationnelles, une posture qui se décrit mal avec des mots.  

Enfin, dans la foulée de ce voyage ont été créés :

Les questionnements et points de vigilance

Ce voyage ne fut pas une « learning expedition »  parmi d’autres mais un voyage qui changea ma vie professionnelle et personnelle. Le cœur de la réussite est d’être prêt à accepter ce qui vient et de se laisser conduire là où les autres nous voient aller. C’est une forme d’engagement détaché.  Le point de vigilance est de mettre de côté ses croyances, ses peurs, ses idées reçues et d’accepter l’accueil du futur. Ouvrir son corps, son cœur et son esprit à chaque moment.

Pour réussir

Dans sa théorie U de la transformation sociale, Otto Scharmer donne de nombreux conseils sur une « sensing journey »[3] réussie. Il s’agit peut être pour une fois de laisser parler son cœur à 100% de ne pas trop calculer et d’avancer le pas léger  « caminante no hay camino », de ressentir la façon de faire un avec ce qui se passe en pleine conscience.

Conseil à un ami

Choisissez le moment de votre vie où la réception du monde sera la plus forte. Allez où vous dit votre intuition, sentez-vous irrésistiblement  vivant et laissez faire la vie. Soignez chaque rencontre comme si elle était la plus importante de votre vie. Regardez ce que vous pourriez devenir et devenez le !

Lecture recommandée

Cristol, D ; Joly, C (2019), L’art de la facilitation : un art énergétique relationnel, une espérance pour la démocratie ESF Paris 
https://www.decitre.fr/livres/l-art-de-la-facilitation-9782710139768.htm


Mots-clés: Communautés D'apprenants Voyages Québec facilitation apprenance collective

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