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Publié le 29 mars 2020 Mis à jour le 31 mars 2020

Sauver la langue tibétaine !

Comment une langue se fait lentement écraser par une autre?

« L'avenir n'est pas un héritage, c'est une opportunité et une obligation. »

Sur ces quelques mots, l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton (né en 1946), montre bien l’importance de travailler sur le présent pour mieux préparer le futur. Or, le futur est entre les mains des enfants, c’est donc sur eux qu’il faut miser et essayer alors de leur transmettre les meilleures valeurs afin d’en faire les citoyens de demain. L’école y joue un rôle prépondérant. 

Mais que se passe-t-il quand la langue d’enseignement est subtilement chamboulée, remettant alors en cause la culture propre des enfants ? Quels sont les objectifs et enjeux d’un tel réaménagement linguistique ?

Exemple en contexte au Tibet, où l’exigence du pays en présence -et en puissance-, la Chine, vient imposer la langue chinoise au détriment de la langue tibétaine.

Sur le toit du monde

D’une superficie de plus d’un million de km2, le Tibet est une région autonome de Chine, dont elle représente à elle seule le quart de la superficie. Située sur les hauts plateaux au nord de l’Himalaya, surnommés « le toit du monde », cette région compte plus de trois millions d’habitants et est principalement connue pour la beauté de ses treks, mais surtout pour le palais du Potala, à Lhassa, sa capitale, ancienne résidence d’hiver du Dalai Lama (exilé en Inde depuis 1959), autorité spirituelle du bouddhisme tibétain. 

L’histoire du Tibet n’est pas simple. Son peuplement commence vers le VIIe siècle, où se développent de grands monastères, puis devient une théocratie bouddhiste (société où le pouvoir est exercé par l'autorité religieuse) au XIIIe siècle, sous le règne des Mongols avec Gengis Khan.

Au XVIIIe siècle, après une invasion népalaise du Tibet ratée en Chine, cette dernière en profite pour imposer au Tibet une fermeture totale aux étrangers et le statut de protectorat. Ce blocage durera jusqu’en 1912, date qui marquera la fin du pouvoir impérial chinois et donc, l’indépendance du Tibet.

En 1949, nouveau revirement avec l’accès au pouvoir de Mao Tse Toung qui reprend le contrôle du Tibet en y envoyant 30.000 soldats chinois afin d’occuper la région. De protectorat, la région devient autonome, ce qui lui confèrerait une plus grande liberté, notamment au niveau religieux. Toutefois, les aspects économiques et éducatifs seront dorénavant contrôlés par la Chine. Quelques années plus tard, en 1959, environ 100.000 Tibétains, insatisfaits de ce nouveau régime, décident de quitter le Tibet, suivant le Dalai-Lama alors en exil forcé.

Conflit de langues

Et les langues dans tout ça ? Le tibétain est la langue originelle du Tibet. Il fait partie de la famille des langues tibéto-birmanes, elles-mêmes membres de la famille des langues sino-tibétaines. Parlé par au moins trois millions de locuteurs (huit selon différentes sources, contradictoires), le tibétain est également parlé dans quelques régions de la République Populaire de Chine, mais aussi « dans certaines régions de pays environnants, de l'Himalaya et de l'Asie centrale, comme le Ladakh et le Sikkim en Inde, le Baltistan pakistanais, le Bhoutan et le nord du Népal. »

Particularité pour cette langue, elle porte deux noms différents, du fait qu’elle soit écrite (peuyi) ou parlée (peugué). Selon la tradition, l’écriture du tibétain viendrait d’un alphasyllabaire datant du VIIe siècle. Wikipedia donne davantage de détails concernant cet alphabet :

« L'écriture tibétaine comprend trente lettres qui se combinent avec quatre signes diacritiques servant à noter les voyelles i, u, e, o. À cela s'ajoutent trois consonnes suscrites, qui permettent de changer de ton ou de supprimer une aspiration, et 4 consonnes souscrites pour noter des palatales ou des rétroflexes. Il est classé dans les écritures brahmiques ».

Or, en moins de 50 ans, c’est-à-dire depuis l’annexion du Tibet par la Chine, cette langue ancestrale tend à disparaître. Le titre de territoire autonome permettait à la Chine de contrôler l’éducation, donc, les langues d’instruction. En devenant chinois, le Tibet a naturellement pris la langue chinoise (le mandarin, plus exactement) comme langue nationale, tout en ayant la possibilité de conserver la langue tibétaine.

Mais la politique linguistique de la Chine tend de plus en plus à évincer cette langue afin d’imposer le mandarin comme langue unique au Tibet. Selon Nicolas Tournague, linguiste et tibétologue,

«en moins de cinquante ans, la langue tibétaine est devenue une langue menacée, condamnée à un déclin irréversible, voire à la disparition en deux générations si la politique linguistique actuelle est maintenue. La responsabilité du gouvernement régional et du gouvernement central est, dans ce domaine, évidente. »

En effet, nous apprenons dans « China’s ‘Bilingual Education’ Policy in Tibet: Tibetan-Medium Schooling Under Threat », un rapport consacré à la politique chinoise d’éducation bilingue au Tibet, que l’enseignement de la langue tibétaine est fortement menacé. Ce rapport indique que la Chine, sous prétexte d’améliorer l’accès à la scolarité, diminue les droits des minorités en matière d’éducation. Dans l’objectif de renforcer « l’unité des nationalités », les petits Tibétains sont, dès l’âge de 3 ans, immergés dans la langue chinoise et la propagande d’État.

Et demain, qu’en sera-t-il ? Cette question reste problématique quand on sait que le tibétain est une langue en danger, qui risque de disparaître. Ce qui est d’autant plus bizarre, c’est que normalement, la constitution chinoise garantit les droits linguistiques des minorités, alors que se passe-t-il ?

Un enseignement bilingue mandarin-tibétain semble ici normal, mais en vérité, cette nouvelle politique linguistique paraît aller à l’encontre du droit international relatif aux droits humains, particulièrement de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ce qui inquiète l’ONU…

Qui ira sauver sauver la langue tibétaine ?


Sources et illustrations 

- Le tibétain, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Tibétain

- Le Tibet, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Tibet

- China’s ‘Bilingual Education’ Policy in Tibet: Tibetan-Medium Schooling Under Threat,
https://www.hrw.org/sites/default/files/report_pdf/tibet0320_web_0.pdf 

- Moine au Tibet, https://pixabay.com/images/id-737275/ 

- Écrits en tibétain, https://pixabay.com/images/id-748980/ 

- Enfants à l’école en train d’écrire du chinois, https://pixabay.com/images/id-83010 



Mots-clés: Langue Langue Chinoise tibet tibetain chine

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