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Publié le 17 mai 2020 Mis à jour le 20 octobre 2020

Langue d'adoption, langue d'intégration

Orienter pour mieux s'intégrer

Qui, pendant son apprentissage des langues, ne s’est jamais posé la question : « Pourquoi ce n’est pas ma langue maternelle ? Ça aurait été plus simple ! » Eh oui, le sempiternel « J’aurais voulu être un artiste », si cher au duo franco-québécois Luc Plamondon et Michel Berger et à leur opéra rock Starmania (1979), peut également interpeller en version langues !

Mais qu’en est-il quand il s’agit de se questionner sur son orientation linguistique sans avoir choisi d’apprendre une autre langue, comme cela peut être le cas pour des enfants adoptés, par exemple ?

Entre langue maternelle et langue d’adoption, comment aider un enfant à mieux s’orienter pour mieux s’intégrer à sa nouvelle vie ?

Cruel dilemme

L’adoption. Un sujet dont on ne parle guère, et c’est bien dommage, car bon nombre d’enfants sont en attente de trouver des parents, tout comme bon nombre de parents, en couples ou célibataires, ont bien hâte d’accueillir un enfant dans leur famille. Quand il s’agit d’un bébé ou d’un tout petit enfant, c’est moins compliqué, il n’y a pas vraiment de vécu, de souvenirs du passé, d’histoire. La culture et la langue d’origine ne sont pas encore ancrées et donc, ce petit enfant adopté va plus facilement, ou, du moins, moins difficilement, s’adapter à sa nouvelle vie, son nouveau pays, sa nouvelle langue.

Mais quand il s’agit d’un enfant déjà grand, avec un passé, une histoire, une langue et une culture déjà bien présentes depuis de nombreuses années, c’est une autre paire de manches. Outre le deuil auquel il devra se confronter par rapport à tous ses antécédents culturels, et en plus de sa nouvelle adaptation à sa famille et à son pays d’accueil, il devra également changer de langue, en apprendre une nouvelle. Or, pas facile de voir tant de changements quand on a déjà atteint l’âge de raison, sept ans et plus… Cruel dilemme que celui de devoir abandonner son passé, tourner la page pour de bon et écrire une nouvelle histoire, en changeant même sa langue, pour mieux s’intégrer à sa nouvelle famille, à sa nouvelle vie.

Plus de 30.000 adoptions internationales ont lieu chaque année dans le monde et le rapport langue/adoption est très important vu qu’au moment où l’enfant quitte son pays, il signe également l’arrêt de l’exposition à sa langue de naissance. La rupture est brutale et nette, mais peut-elle se faire dans la douceur ?

Attrition et bilinguisme soustractif

Plusieurs chercheurs se sont penchés sur cette question et tous semblent unanimes : les capacités d’adaptation cognitives et linguistiques de l’enfant adoptés sont incroyablement rapides et efficaces.

En effet, selon De Geer, Glennen, Masters, Nicoladis et Grabois, tous d’éminents psychologues ou spécialistes de l’enfant, « l’attrition (qui signifie la réduction ou le tassement de connaissances linguistiques initialement acquises qui peuvent aboutir à l’extinction d’une langue) de la langue maternelle semble rapide puisque les enfants adoptés perdent leur langue de naissance en quelques mois ».

Cela vaut également pour les enfants plus grands, comme le soulignent Rygvold et Grindis, en ajoutant même que ceux-ci auraient tendance à ne plus comprendre cette langue première, ni même à l’exprimer. On parle alors de « bilinguisme soustractif », la perte de la langue maternelle se faisant en même temps que l’apprentissage de la langue d’accueil. En ce sens, le terme de bilinguisme lui-même ne semble pas très opportun vu qu’il y a plutôt un glissement d’une langue à l’autre qu’une coexistence des deux langues.

Mieux orienter pour mieux intégrer

Certes, l’enfant (déjà grand) adopté apprendra plus vite la langue, mais il convient également de l’orienter pour que cela se fasse en douceur. Cette vie est nouvelle pour lui, mais aussi pour son/ses parents adoptif(s) ! Pour eux aussi, le choc de la langue est nouveau !

Plusieurs options peuvent alors apparaître. Avant tout, si le futur parent connaît un peu la langue du pays choisi, c’est un bon point ! La communication sera plus simple, ou au moins, aura le mérite d’exister ! En effet, pour tout francophone par exemple, il sera sûrement plus facile -linguistiquement parlant- d’adopter un enfant hispanophone que sinophone ou russophone ! Même les quelques bribes d’espagnol apprises à l’école pourront s’avérer fort utiles le moment venu. Là aussi, un effort des parents de se remettre ou d’apprendre la langue maternelle de leur futur enfant est une bonne option, cela créera un climat beaucoup plus décontracté et mettra l’enfant en confiance, puisqu’il se sentira « compris ».

Cependant, il ne faut pas oublier que pour mieux s’intégrer à son nouveau pays et à sa nouvelle société, et à ses futurs amis, à l’école, l’enfant devra rapidement acquérir sa nouvelle langue.

Il faut donc multiplier au maximum les interactions dans cette nouvelle langue : à la maison, à l’extérieur, avec la famille, en société, dans les sports, les loisirs, mais aussi à la télévision, en jouant, chantant, lisant avec lui… les activités ne manquent pas. Tout doit être prétexte à utiliser la langue en contexte, afin que de lui-même il voit que son nouveau monde se fait dans cette langue et qu’il s’y sente bien, à l’aise, réconforté et intégré.

Finalement, l’adoption est un moment d’une vie aussi troublant pour l’enfant adopté que pour le nouveau parent adoptant. Ce choc est aussi bien familial que linguistique et chacun doit faire de son mieux pour que l’intégration se passe bien. Certes, les classes d’accueil, comme c’est le cas au Québec, sont des exemples d’intégration linguistique réussis pour les enfants allophones, et ce concept mériterait d’être développé un peu partout dans le monde de par son originalité et son efficacité.

Après tout, on ne demande pas à l’enfant d’annihiler tout son passé, mais juste de continuer à écrire son histoire. Tout comme une série en plusieurs saisons, la première de sa vie était ailleurs, la deuxième, la suite, ne fait que commencer, et là, plus besoin de sous-titres car la langue originale est changée…


Sources et illustrations 

- L’enfant adopté à l’étranger, entre langue maternelle et langue d’adoption, psychiatrie de l’enfant, 2012, CAIRN,
https://www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2012-1-page-315.htm#

- L’apprentissage de plusieurs langues, Naître et grandir, https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/langage/fiche.aspx?doc=ik-naitre-grandir-parole-langage-enfant-apprentissage-plusieurs-langue-bilinguisme 

- Familles du monde, Pixabay, https://pixabay.com/images/id-333064/
- Double pensée, Pixabay, https://pixabay.com/images/id-4983119/
- Coucou, Pixabay, https://pixabay.com/images/id-2053642/
- Enfant à l’école, Pixabay, https://pixabay.com/images/id-3189934/


Mots-clés: Intégration langues adoption orienter enfant psychologie

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