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Les téléséries comme sources pédagogiques en éthique

Par Alexandre Roberge , le 06 avril 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 07 avril 2009

La liste de téléséries à succès est longue. Si on ne regarde que les séries américaines, on citera rapidement les "24 heures chrono", "Desperate Housewives", "House", "CSI", "Law & Order" ("New York Police Judiciaire" dans la traduction française) et j'en passe... Et l'on ne parle même pas des téléséries "locales" qui remportent d'énormes succès dans les divers pays de la planète. Alors que certains s'inquiètent de la consommation à outrance de ce loisir passif, d'autres voient dans les téléséries une belle source pédagogique sur l'éthique. C'est du moins l'idée que développent Martin Winckler (Marc Zaffran de son nom véritable, médecin, romancier et fin connaisseur des séries télé américaines) et Daniel Weinstock du CRÉUM (Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal).

Comme l'explique Martin Winckler sur son site Internet, la télésérie est plus libre que les émissions d'informations ou de débats pour défendre des points de vue qui peuvent diverger de la ligne de pensée dominante. En effet, il est plus facile de mettre en scène dans un épisode un personnage ayant un discours susceptible de choquer (exemples: une arnaqueuse professionnelle ou un membre du Ku Klux Klan) que d'inviter ce type d'individu dans une émission d'affaires publiques ou de débat.

Ainsi, pour les chercheurs spécialisés, les téléséries sont une source formidable de questions éthiques qui peuvent mener à des débats, des recherches, des études sociologiques, etc. Par exemple, des séries judiciaires comme Law & Order ou  The Practice (arrêtée en 2004 après 7 saisons) peuvent mener à des questions comme: puis-je éthiquement défendre quelqu'un dont je sais la culpabilité ? Est-ce éthique d'accuser une femme accusée de suicide assisté ? Est-ce un crime au sens éthique ? 

Parfois, un simple geste dans une série commise par un personnage fictif emmène à des questions éthiques. Exemple: un personnage se débrouille pour qu'un psychanalyste quitte son bureau précipitamment afin d'aller fouiller dans les dossiers d'un client en particulier. Théoriquement, ce geste illégal est hautement contestable au plan éthique. Or, si c'est pour protéger le quartier d'un homme diagnostiqué comme un dangereux psychopathe, est-ce que ça change la donne ? Ou pas ? Et voilà la liberté que permet la fiction en attribuant des paroles et des actes qui, dans la vie, ne seraient quasiment pas possibles. Ces questions pourront alors être repris dans des études éthiques ou sociologiques.

Évidemment, l'on est en droit de se demander si l'on peut réellement s'appuyer sur des séries télévisées dans le cadre d'un cours sur l'éthique, ou lorsque l'on aborde la dimension éthique d'une pratique quelconque. Martn Winckler répond par l'affirmative, en décrivant la manière dont il utilise les séries télés lors d'un cours d'éthique réalisé auprès d'étudiants en médecine. Je vous laisse lire son expérience ici.

Vous voulez en savoir plus ? Vous êtes curieux de cconnaître le point de vue des deux chercheurs? Sur le site de la CRÉUM, ils s'expliquent sur les séries américaines et l'éthique dans des épisodes radiophoniques appelés "Éthique en séries". Pour l'instant, deux épisodes sont en ligne et d'autres devraient venir dans les prochaines semaines.

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