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Publié le 31 mai 2020 Mis à jour le 01 juin 2020

Coréen du Nord, Coréen du Sud, déchirer pour mieux unifier ?

Comment organiser une même langue dans deux pays politiquement divisés ?

Comment organiser une politique linguistique dans un pays déchiré comme la Corée, surtout quand on sait à quel point la partie nord du pays est fermée au reste du monde, contrairement au sud qui est en plein essor touristique et industriel ?

Benjamin Constant (1767-1830), romancier et homme politique franco-suisse, disait que « La variété, c'est de l'organisation; l'uniformité, c'est du mécanisme. La variété, c'est la vie; l'uniformité, c'est la mort. » En ce sens pouvons-nous nous interroger sur ce système de rouages complexes aptes à permettre la survie d'une langue au sein d’une même nation, mais scindée.

La question des compétences organisationnelles n’est pas nouvelle. Partons à la découverte d’un pays où cette organisation linguistique se doit d’être aussi subtile que délicate au niveau politique : la Corée et tentons de voir si, en dépit des divisions politiques, l'unité linguistique est plus forte que tout.

Le coréen, une langue à part

Le coréen -ou hangugoe- est une langue parlée par près de 80 millions de locuteurs dans le monde., principalement en Corée du Sud (48 millions), du Nord (23 millions), mais aussi en Chine (presque 3 millions), au Japon et en Russie. Cette langue est assez unique car elle constitue une famille à elle seule, la famille coréenne. On peut alors parler d’isolat linguistique, ce qui n’est pas sans rappeler un précédent article où on faisait allusion à une autarcie linguistique ! 

Le coréen présente une écriture atypique : le hangeul, un alphabet unique au monde et plutôt facile à apprendre, puisque composé de 24 lettres (14 consonnes et 10 voyelles). Toutefois, de par son histoire, on retrouve encore souvent dans son système graphique des sinogrammes empruntés de son passé chinois, voire des caractères japonais, témoins de l’invasion nippone du début du XXe siècle.

Le coréen est une langue agglutinante, c’est à dire « dont les traits grammaticaux sont marqués par l'assemblage d'éléments basiques ou morphèmes, chaque morphème correspondant à un trait et chaque trait étant noté par un morphème (dont la forme est quasi invariable) ». Plus simplement, un mot regroupe plusieurs autres mots pour n’en faire qu’un, avec un plus grand sens ! C’est également le cas du japonais, du turc, du basque ou encore du finnois !

Le coréen, c’est aussi une langue émergente. Véritable poids lourd industriel mondial, avec des sociétés comme Samsung, Kia, LG ou Hyundai, il est devenu la 17e langue la plus parlée au monde !

Coréen du Nord, Coréen du Sud

Pourtant, en 1948, un tournant important se fait dans l’histoire de la Corée : une division politique entre le Nord et le Sud. Qu’advient-il de la langue coréenne ? Une organisation rigoureuse est alors mise en place : neuf zones géographiques sont alors créées, avec pour chacune d’entre elles, un parler spécifique, dont deux officiels : celui de Gyeonggi (Séoul), le phyojunmal, pour la Corée du Sud et celui de Pyongyang, le munhwaeo, pour la Corée du Nord. Quant au parler de Jeju, sur l’île du même nom, il apparaît comme un véritable dialecte absolument incompréhensible pour les Coréens de la péninsule !

La rupture politique entre le Nord et le Sud souligne un véritable appel à la différenciation entre les deux parts du pays. Au Sud, moins stricte et rigide, l’utilisation des mots chinois, voire étrangers (anglais) ne subissent que de faibles restrictions.

Au Nord, il n’en va pas de même. Le Juché prône une politique linguistique volontariste qui cherche à épurer le parler de Pyongyang afin d’en faire une langue dite « cultivée », d’origine coréenne indigène, tout en bannissant les mots chinois et étrangers. Par contre, on peut y retrouver des mots d’origine russe…

Cette volonté de s’émanciper complètement se reflète également dans l’organisation de la graphie : si au Sud l’alphabet Hangeul cohabite sans problème avec les idéogrammes chinois, au Nord, seul le Hangeul persiste… quoique là-bas, ils préfèrent l’appeler Chosonkul, en référence à la dynastie Choson de Corée du Nord.

Il faut également prendre conscience que les contacts entre Coréens du Nord et Coréens du Sud sont rares car, rappelons-le, la Corée du Nord est le pays le plus fermé au monde, que ce soit pour les étrangers ou pour les Coréens du Sud. Les échanges de langues sont donc également minimes. La division idéologique entre les régimes politiques (dictature totalitaire et héréditaire au Nord, république au Sud) a également eu un effet sur le vocabulaire de ces parlers coréens. De même, la volonté d’annihilation totale du japonais dans leur langue se voit jusque dans le changement de nom de lieux, à l’instar de la « mer du Japon », qui devient, en coréen, « la mer de l’Est ».

Préservation institutionnelle

En 1984, bien que 99% de la population, nord et sud confondus, parle coréen, est instauré l’Académie nationale de la langue coréenne (Kuknip Kugo Yonkuwon), qui vient entériner l’importance de la défense du coréen. Bien qu’il ne soutienne pas les politiques de purification linguistique, cet organisme ne fait rien non plus pour s’y opposer.

La « purge » se poursuit donc et comme le disent les linguistes : « l'afflux de mots japonais dans le coréen est une menace sérieuse à la pureté et l'intégrité de la langue coréenne ». Finalement, bien que le pays soit divisé politiquement, il semblerait que la langue soit quand même un point de rassemblement, même si celle-ci diffère quelque peu, elle reste unificatrice pour le peuple coréen, qui la considère comme une fierté de leur identité nationale.


Sources et illustrations 

- Langue agglutinante, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Langue_agglutinante 

- Le Coréen, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/coree-sud.htm et https://fr.wikipedia.org/wiki/Coréen 

- La Corée du Nord, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Corée_du_Nord

- La Corée du Sud, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Corée_du_Sud

- Sonnez le gong,  Pixabay, https://pixabay.com/images/id-4769457/

- Les deux Corée(s), Pixabay, https://pixabay.com/images/id-1294399/

- Ouvrez les portes, Pixabay, https://pixabay.com/images/id-3909995/



Mots-clés: Politique linguistique langues coréen corée organisation

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