Articles

Obtenir une reconnaissance de ses apprentissages informels et non formels

Par Christine Vaufrey B , le 07 avril 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 04 mai 2013

La nécessité affirmée, notamment en Europe, de « la formation tout au long de la vie » a remis au centre des préoccupations de l’Union et des pays qui la composent, la nécessité de mieux valoriser les apprentissages non formels et informels réalisés par les individus, au travers de validations d’acquis et de certifications. Les différents pays de l’Union et ceux qui y sont candidats n’en sont pas tous au même point face à ce vaste chantier, mais tout s’y intéressent.

Le Cedefop (Centre européen pour le développement de la formation professionnelle) a récemment publié un document intitulé « Validation de l’apprentissage non formel et informel en Europe. Etat des lieux 2007 ».  Ce document permet de faire le point sur les finalités des processus de validation, les méthodes employées, le niveau d’intégration des dispositifs de validation dans les différents pays. Il propose également une liste de dix points de vigilance à avoir en ligne de mire pour développer de tels systèmes de validation.

Apprentissage formel, non formel, informel : de quoi parle t-on ?

Avant tout, il convient de clarifier les termes utilisés, et le document contient un glossaire dans lequel nous trouvons les définitions de ces trois modes d’apprentissage :

Apprentissage formel : apprentissage dispensé dans un environnement organisé et structuré (dans un établissement d'enseignement ou de formation ou sur le lieu de travail) et explicitement désigné comme apprentissage (en termes d'objectifs, de temps ou de ressources). L’apprentissage formel est intentionnel de la part de l’apprenant. Il conduit généralement à une validation et une certification.

Apprentissage non formel : apprentissage intégré dans des activités planifiées non explicitement désignées comme apprentissage (en termes d’objectifs, de temps ou de ressources). L’apprentissage non formel est intentionnel de la part de l’apprenant. On le décrit parfois comme un apprentissage semi-structuré.

Apprentissage informel : apprentissage découlant des activités de la vie quotidienne liées au travail, à la famille ou aux loisirs. Il n’est ni organisé, ni structuré en termes d’objectifs, de temps ou de ressources. L’apprentissage informel possède la plupart du temps un caractère non intentionnel de la part de l’apprenant. On l’appelle également apprentissage expérientiel ou fortuit.

On apprend partout… mais comment le prouver ?

La mise en oeuvre de la formation tout au long de la vie concerne moins les processus d’apprentissage eux-mêmes, que les mécanismes de reconnaissance et de validation de ces apprentissages. Toute personne en effet accumule les expériences et est en capacité de faire retour sur ce que ces dernières lui ont apporté, en termes de savoirs, savoir faire et savoir être. Ces expériences naissent de la vie professionnelle, mais aussi de la vie personnelle : expériences associatives, engagements militants, volonté d’autoformation hors de cadres prescrits…

Puisque les emplois changent, puisque les gens bougent, puisque leurs aspirations se modifient au fil du temps, il est alors nécessaire de pouvoir faire le point régulièrement sur les acquis ainsi accumulés, voire de les valider ou de les certifier au travers de titres et de diplômes, qui fonctionnent comme autant de petits cailloux blancs balisant les parcours individuels.

À un niveau plus trivial, les pays n’ont probablement pas les moyens de développer à l’envi les systèmes d’enseignement et de formation formels, ni même la volonté de le faire : pourquoi, en effet, contraindre un individu adulte, autonome, à retourner à l’école pour acquérir des compétences qu’il possède déjà ?

C’est là qu’interviennent les processus de validation et de certification des acquis, fortement encouragés par l’Union européenne, qui dispose désormais d’un cadre commun des certifications (cadre européen des certifications adopté en 2008). Reste alors aux pays à décliner ce cadre au niveau national.

Des situations contrastées dans les pays de l’Union

Le Cedefop distingue trois groupes de pays :

- Ceux pour qui la validation est une réalité pratique pour les individus. Dans ce groupe figurent la Belgique, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la France, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, la Slovénie, la Roumanie, l’Espagne et le Royaume-Uni. En France par exemple, dès 1934, une loi a permis aux individus d’obtenir un diplôme d’ingénieur sur la base de leur expérience professionnelle. Depuis 2002, la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) permet aux personnes de valider leurs acquis dans une très large gamme de métiers et d’obtenir tout ou partie des diplômes attestant de leurs compétences.

- Ceux dans lesquels la validation émerge. Dans ce groupe figurent l’Autriche, la République tchèque, l’Islande, l’Italie, l’Allemagne, la Hongrie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, la Pologne et la Suède. Ces pays mènent des expérimentations fort intéressantes, mais manquent encore de cadres juridiques et politiques nationaux favorables à la généralisation de la validation.

- Ceux qui sont au stade initial de développement des processus de validation. Dans ce groupe figurent la Bulgarie, la Croatie, Chypre, la Grèce, la Lettonie, le Lichtenstein, la République slovaque et la Turquie (pays candidat à l’entrée dans l’Union). Ces pays commencent tout juste à s’intéresser à la validation des acquis, et des résistances parfois fortes s’y opposent.

Malgré tout, le Cedefop constate qu’il existe un intérêt partagé et largement stimulé par les politiques européennes pour ces processus.

Dix défis pour la généralisation des processus de validation

Le document dresse la liste des dix points qui doivent impérativement être pris en compte lors de l’élaboration ou de l’amélioration des processus de validation et de certification :

  • L’individu au centre : favoriser les attitudes réflexives, l’autoévaluation, l’attitude active dans l’identification et l’organisation des compétences acquises, dans une dynamique de projet.
  • Adopter une approche fondée sur les résultats de l’apprentissage : « L’accent doit être placé sur les connaissances de l’individu, ce qu’il comprend et est capable de faire à la fin du processus d’apprentissage, et non sur l’apport ou la durée du processus d’enseignement » (p. 34).
  • La mise en place de normes, qui garantissent la valeur de la validation.
  • L’équilibre entre les fonctions formatives et sommatives de la validation : un processus qui permet tout autant à l’individu de faire le point sur ses acquis, de mesurer le chemin qu’il lui reste à parcourir pour atteindre son but, la valeur de ses expériences, que d’obtenir un diplôme.
  • Faciliter le transfert des résultats de l’apprentissage d’un environnement à un autre : la validation des apprentissages doit permettre à l’individu d’évoluer d’un métier à l’autre et, dans un même métier, d’accroître sa mobilité verticale (progression dans la hiérarchie) et horizontale (changer de poste, de service, d’entreprise…).
  • Assurer la convergence méthodologique des processus de validation en Europe : pour assurer l’égale valeur des processus de validation et faciliter ainsi la mobilité géographique des résidents de l’Union.
  • Prendre en compte les questions éthiques : la validation ne doit pas être synonyme d’intrusion non consentie dans la vie privée des individus. Ses opinions et orientations ne doivent pas entrer en ligne de compte.
  • Rechercher l'équilibre entre les coûts et les avantages de la validation : éviter les processus très coûteux (en temps, en argent, en ressources...) pour l'individu, qui ne lui apporteraient que des avantages limités en termes de progression de carrière.
  • Assurer la durabilité des approches et systèmes de validation : nombre de pays se sont engagés dans des expérimentations dans le cadre de projets (nationaux ou européens) à durée limitée. Les Etats doivent s’emparer de la problématique et garantir la survie et l’amélioration constante des dispositifs.
  • Créer des cadres nationaux de validation et de certification : de manière à intégrer les sous-systèmes d’éducation et de formation dans les différents pays, et d’y inclure les apprentissages non formels et informels, selon des normes communes.

Ces dix points sont développés dans les cinq premiers chapitres de la publication, qui comprend en outre de nombreux exemples, un glossaire et des tableaux de synthèse. Ce document constitue un outil essentiel pour tous ceux qui travaillent dans le domaine de la formation professionnelle, comme pour ceux qui oeuvrent dans les systèmes formels d’éducation, afin de privilégier l’évaluation sur les résultats des apprentissages plutôt que sur ses contenus.

Validation de l’apprentissage non formel et informel en Europe. Etat des lieux 2007. Cedefop, 2009. Téléchargement en pdf (48 p.)



Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné