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Publié le 16 décembre 2020 Mis à jour le 16 décembre 2020

Jules Verne au Canada

Écrire sur un pays en l'ayant connu à peine 24 heures...

« Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver », chantait Gilles Vigneault (auteur-compositeur-interprète Canadien né en 1928), mais est-il possible de parler d’un pays dont on ne sait pas grand-chose, où on a à peine posé le pied ?

Ce pays, c’est le Canada. Cet auteur, c’est Jules Verne, un écrivain français né en 1828 et mort en 1905, qui compte à son actif pas moins de 62 romans, dont les célèbres «Vingt-mille lieues sous les mers», «De la Terre à la Lune», «Le tour du monde en quatre-vingt jours», «Voyage au centre de la Terre»… pour ne citer que ceux-ci.

Mais saviez-vous que ce visionnaire avait passé 24 heures au Canada et que, pendant ce court laps de temps, ce prolifique écrivain avait eu le temps de trouver l’inspiration au point d’en rédiger trois livres portant sur le pays de l’hiver ? Mais Comment ce romancier français est-il parvenu à fixer des représentations précises d’un pays qui lui était étranger ? Comment est-il arrivé à recréer un pays à distance ? Chaussez vos raquettes, prenez une goutte de caribou et faisons, en compagnie de Jules Verne, un « Voyage de la France au Canada en 24 heures, vingt degrés sous zéro » !

Un Français en Amérique

« Rien ne s'est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée. »

C’est avec ces quelques pensées qu’a sûrement dû débarquer Jules Verne en sol américain en 1867, après une traversée de l’Atlantique sur le Great-Eastern, alors le plus gros paquebot du monde.

Voyageur au long-cours, il ne restera pourtant que quelques jours aux États-Unis, après une courte visite de New-York, qui se terminera par un voyage éclair aux chutes du Niagara, pour 24 heures.

Un si court passage ne laissera toutefois pas le célèbre auteur breton de glace puisque trois livres seront écrits par la suite, relatant sa courte expérience canadienne : «Le Pays des fourrures (1873)», «Famille-sans-nom (1888)» et «Le Volcan d'or» (1906).


Décrire sans avoir vraiment connu

Mais comment arriver à écrire trois romans entiers en ayant à peine passé quelques heures quelque part ? Certes, Jules Verne n’est pas le premier, ni le dernier. On peut penser, plus récemment, aux travaux du Belge George Rémi (1907-1983), mieux connu sous le nom d’Hergé, le créateur de Tintin, qui a pu lui aussi, dans la même lignée que Jules Verne, en mode « visionnaire » écrire - et dessiner - des aventures pour son héros à travers le monde entier (et même sur la Lune !) sans jamais y avoir mis les pieds et en restant pourtant crédible et suffisamment fidèle à la réalité de l'époque. Mais alors, comment ?

Le Canada du XIXe siècle

Selon le professeur Guillaume Pinson du Département des littératures de l’Université Laval de Québec,

« Verne a été l'un des rares auteurs français importants à avoir autant parlé du Canada dans ses livres. Ses œuvres permettent de voir comment les Français se représentaient le Canada à l'époque ».

Et comment le voyaient-ils, ce pays du froid ? Jules Verne le leur décrit en abordant les thèmes de la lutte pour la survie dans un milieu extrême, au nord du 70e parallèle, pour fonder un fort pour la Compagnie de la Baie d’Hudson (Le Pays des fourrures), mais aussi la lutte politique d’un Canada francophone sous le régime britannique, depuis le Traité de Paris de 1763 (Famille-sans-nom), puis un autre grand moment historique du Canada, celui de la ruée vers l’or, dans le Klondike, au Yukon (Le Volcan d’or).

Un savoir livresque 

Le savoir de Jules Verne est quasi-exclusivement livresque :

« tout son savoir sur l’ethnologie et les mœurs de ce pays lui provient de sources livresques et, surtout, de la presse contemporaine, tant quotidienne que périodique. Ainsi, son Amérique textuelle procède entièrement de l’imaginaire social ambiant, qui le nourrit et auquel il ajoute en retour des représentations marquantes. »,

ajoute le professeur Pinson.

En ce sens, Jules Verne apparait comme un mythographe, c’est-à-dire un créateur de mythologies modernes où des personnages, thèmes, situations, stéréotypes ethnologiques, sans oublier des représentations cartographiques géographiques qui permettent au lecteur du XIXe siècle de voyager virtuellement dans ce Canada alors si lointain à l’époque.

Finalement, c’est un peu grâce à ces trois romans, dont le dernier fut posthume, que les Français ont pu découvrir le Canada, sous les stéréotypes que leur présentaient Jules Verne : un Canada doté d’une formidable nature pourvoyeuse de ressources, grandiose, mais souvent hostile; un Canada a la forte identité culturelle et au respect des Premières Nations Amérindiennes; un Canada « où des identités culturelles se côtoient, s'hybrident ou se heurtent dans un immense espace naturel ».

Voilà le Canada de Jules Verne, celui qu’il a pu entrevoir en quelques heures et que, pourtant, il appelait déjà son « pays de prédilection ». Ce triptyque constitué par ces trois œuvres canadiennes forme donc une entité à part entière et révèle le Canada et le Québec à la France du XIXe siècle.

Sources et illustrations :


Mots-clés: Jules Verne langues canada exploration hiver

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