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Professeur de lettres : passeur d'humanité ?

Par Christine Vaufrey B , le 17 mars 2009

Hélène Solnica est professeur de lettre dans un collègue d’Aubervilliers, en banlieue parisienne. Dans une communication disponible sur le site de l’Association des Professeurs de Lettres, elle s’émerveille de l’attrait des « Classiques » de la littérature mondiale pour des élèves qu’on imagine plus volontiers accros aux jeux vidéos qu’à Molière ou Hugo. Elle fait de la défense et de la promotion de ces fameux classiques un élément essentiel à sa culture professionnelle et à son rôle de « passeuse d’humanité ».

« Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire » 

Cette phrase d’Italo Calvino résonne fort dans l’esprit et le cœur des jeunes d’aujourd’hui. Les jeunes sont bouleversés par les mésaventures de Bérénice, dans la pièce éponyme de Racine, « parce qu’elle s’est fait ‘plaquer’ ». De la même façon, ils s’identifie fortement à Camille, héroïne de la pièce d’Alfred de Musset "On ne badine pas avec l’amour" qui déclare « Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir ». Voilà donc le pouvoir des classiques : celui d’employer les mots parfaits pour exprimer des sentiments que nous ressentons tous… « Ce qui frappe les élèves est ce que nous partageons avec l’auteur par-delà les siècles. Nous nous touchons par l’angoisse de la mort, la présence du mal et sa fascination, la rage de ne pas pouvoir atteindre l’autre, le doute, même et surtout hyperbolique, l’espoir de la justice, la révolte contre le monde comme il va, la tension vers la liberté, vers le bien, vers le vrai. Bref, par ce qu’incarnent les personnages auxquels les adolescents, c’est un fait, continuent de se comparer, de s’identifier : Alceste, Lorenzo, Sisyphe, Bérénice… ». Une merveilleuse illustration de ce propos a été fournie par Abdellatif Kechiche dans son film L’esquive , qui met en scène de jeunes adolescents de banlieue (encore…) aux prises avec « Le jeu de l’amour et du hasard, » de Marivaux, et qui apprennent à y reconnaître leurs propres sentiments…

L’art du professeur, pour ouvrir les portes des classiques

Hélène Solnica réfute avec vigueur l’argument avançant qu’il y a sans doute des supports plus « modernes » pour aborder ces questions profondément humaines. Pourquoi, selon elle, devrait-on se contenter de la presse ou de la littérature écrite au kilomètre, alors que des textes splendides, qui s’imposent par-delà le temps et l’espace, le font si bien ? Certes, le lexique et les constructions syntaxiques résistent et donnent aux textes un air d’étrangeté. Mais c’est là que le professeur , dans toute la maîtrise de son métier, intervient : « tout ce qui rend ardu l’accès à la langue française (le vocabulaire, la syntaxe) peut faire l’objet d’un apprentissage méthodique. Si l’explication est claire, les élèves peuvent la saisir : ne pas l’admettre, c’est affirmer que les élèves sont bêtes, ou imperfectibles ».

Hélène Solnica milite pour un retour au sens des textes, souvent relégué à l’arrière-plan, depuis que sévit l’étude structurale des textes littéraires. Elle croit profondément à la mission humaniste des enseignants, qui ont en charge d’ouvrir des espaces de liberté aux élèves, grâce à une prise de conscience de leurs capacités de progression. Alors surviennent le plaisir, le goût des mots, le sentiment de l’universel. Une mission qui vaut bien un peu de peine, non ?



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