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Voici revenu le temps de l'orientation...

Une conférence pour saisir ce qui se joue à chaque moment d'orientation scolaire et professionnelle.

Par Christine Vaufrey B , le 10 mars 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 20 mars 2012

Nicole Baudoin est docteur en psychologie et directrice d’un CIO (Centre d’Information et d’orientation), établissement qui reçoit les personnes, jeunes et adultes, souhaitant s’informer sur les formations et les professions.

A l’occasion de la semaine de l’orientation organisée en janvier 2009 par le CIO et le CRIJ (Centre Régional d’Information Jeunesse) de Poitiers (France), elle a prononcé une conférence, téléchargeable au format mp3 sur le site de l’Ecole Supérieure de l’Education Nationale (ESEN). Elle y propose une approche clinique de l’orientation scolaire, établissant des liens entre les étapes de développement personnel abordées par les adolescents et les paliers d’orientation.

S'orienter ou être orienté ?

Les adolescents en sont parfaitement conscients : s’orienter, ce n’est pas la même chose qu’être orienté par ses professeurs. S’orienter réfère à un choix, effectué par le jeune lui-même et sa famille, conditionné par des résultats scolaires et un niveau d’information qui donnent une large marge de manœuvre ; être orienté, c’est tout ce qui reste à l’adolescent qui n’a pas de résultats scolaires suffisants pour pouvoir décider d’aller où il le souhaite. Ce sont alors les enseignants, le plus souvent, qui décident à sa place de la poursuite de son parcours, dans une logique de sélection.

Choisir son orientation revient, selon N. Baudoin, à déterminer la place qu’on occupe et celle que l’on souhaite occuper, par rapport à des repères. Comme le voyageur utilise la boussole et la carte pour rejoindre le point qu’il souhaite atteindre, le jeune dispose de conseillers, de documents, d’exemples… pour l’aider à choisir sa route.

S'orienter de nuit et sans lampe de poche...

Mais cette tâche peut être comparée à une course d’orientation de nuit et sans lampe de poche. En effet, le jeune doit effectuer des choix décisifs à une période où il ne sait pas toujours très bien où il (en) est, ni où il vaut aller. Choisir son orientation revient à déterminer les voies qui permettront la séparation d’avec le monde familier, pour s’engager dans le monde des adultes. Il cherche alors à s’accrocher à des repères qui l’éloignent peut-être de ce qu’il sent confusément être plus intéressant pour lui, mais qui ont le mérite d’être lisibles, proches de lui. D’où les étonnants discours contradictoires rapportés par N. Baudoin, chez des jeunes qui affirment successivement ne pas vouloir suivre l’exemple de tel ou tel proche, mais finissent par s’y conformer, par manque de confiance dans leurs propres aspirations.

S'orienter, est-ce renoncer ?

Le passage de la conférence consacré au poids des histoires familiales est tout à fait passionnant. On y rencontre des pères qui pèsent très fort sur les choix de leurs enfants, pour « réparer » leurs propres choix ; des adultes qui se sont engagés dans des parcours dont ils découvrent,  a posteriori, qu’ils ne leur convenaient pas du tout et effectuent alors un virage à 180 degrés. Des jeunes qui « ont été orientés » bien loin de ce qu’ils rêvaient, mais parviennent à  donner du sens à leur parcours en mettant l’orientation subie en récit personnel.

Et l’on comprend alors qu’il y a mille et une manières de revenir à ses choix fondamentaux, bien au-delà de ce qui est décidé lors des paliers d’orientation… Quelques années, voire une génération plus tard, les rêves peuvent se transformer en réalité.

Pourquoi tant de jeunes sont-ils orientés par des éducateurs qui donnent l’impression de savoir mieux que les jeunes eux-mêmes ce qui est bon pour eux ? Pourquoi les éducateurs insistent-ils tant sur la mise en projet des jeunes, à une époque de leur vie où ces derniers peinent à comprendre leur présent et à y construire leur identité ?

Sans écarter les arguments habituels (logique de sélection du système scolaire, qui ne gardent que les « bons » éléments en son sein et considère l’entrée rapide dans le monde du travail comme une punition, logique confondant l’orientation et l’insertion, c’est à dire une réponse mécanique à l’état du marché de l’emploi à un moment donné…) , Nicole Baudoin insiste sur la nécessité de donner du temps aux jeunes ; de les accompagner bien en amont du moment crucial où il faudra inscrire les choix sur la feuille, de manière à les sécuriser, leur permettre de construire une image d’eux à venir qui ne mette pas en danger leur image présente ; de leur faire confiance surtout, de leur accorder le droit à l’erreur.  Et leur rappeler qu’il y aura, pour chacun, de bonnes surprises, à condition de ne pas hésiter à prendre les chemins de traverse.

Ressources complémentaires

Sur le même sujet, on lira avec profit :

Les politiques de l’orientation scolaire et professionnelle
Dossier réalisé en 2007 par Laure Endrizzi, de l’INRP.

Collège, Lycée : s’orienter
Dossier préparé par le Café Pédagogique, qui aidera les familles à se repérer dans le maquis inextricable des filières, options, et lois implicites qui décident de l’avenir des enfants.

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