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Les conditions pour la formation à distance de masse

Par Denys Lamontagne , le 14 février 2005 | Dernière mise à jour de l'article le 16 novembre 2011

Connaissez-vous des cours à distance qui se donnent à plus de 1000 personnes à la fois ? À plus de 1 000 personnes par année ?

Nous en connaissons, mais il n’y en a pas beaucoup. En fait, si on compare aux autres activités de masse (spectacle, cinéma, congrès, etc.), 1 000 ce n’est pas une masse. 10 000 c’est un petit succès, 100 000 on commence à parler de vous sérieusement. On n’en est pas là.

Il y a quelques années, certains cours à distance à la télévision pouvaient attirer jusqu’à... 5 000 personnes à la fois. Certaines émissions de radio-éducative ont déjà attiré des milliers de personnes. Certains cours publiés dans les quotidiens ont intéressés des milliers de personnes.

Tout ceci est du passé.

Les rares chaînes de télévision éducative qui subsistent enregistrent des cours avec des pointes à 300 inscriptions, sûrement quelques milliers de téléspectateurs occasionnels.

Quelque chose a changé. L’indexation détaillée et l’ordinateur autorisent une personnalisation, une gestion des particularités et une correspondance aux besoins qui n’était pas possible autrefois. Ajoutez Internet comme moyen de diffusion et vous aurez alors le nouveau média de masse, mais avec une structuration différente.

Pour trouver la masse en éducation, on regarde maintenant du coté des communautés d’intérêt : en informatique, en santé populaire, en art. Dans la plupart des domaines on arrive à trouver des communautés de plusieurs milliers de personnes.

Conditions pour avoir une masse

  • L’accès réel.

    La majorité de la population dans les pays industrialisés a accès à Internet, que ce soit à l’école, dans les services publics, à la maison, chez des amis ou au travail. L’accès physique est acquis. Autrefois c’était la radio, la télé, les journaux, la poste.

    L’accès temporel, en direct ou en différé est également acquis par Internet.

    De fait, tous les cours populaires que nous connaissons peuvent être suivi en mode asynchrone et autorisent l’inscription en continu ou fréquent. Tous sont offerts dans l’espace et dans le temps «Internet», c’est à dire, de partout, presque tout le temps.  

  • L’accessibilité du contenu, du message.

    Les cours populaires ne sont pas des cours intellectuels. L’intellectualisme n’est pas l’unique mode d’approche de la réalité et n’est pas non plus très apprécié, comme le schtroumpf à lunettes.

    Les promoteurs des cours populaires n’ont pas laissé des experts de contenu créer la didactique du cours. La création de cours populaires est encadrée par des pédagogues et surtout par des praticiens. Les explications sont alors reliées au réel. La pratique n’est pas intellectuelle mais elle est populaire !  

  • La promotion

    Beaucoup croient que seuls certains domaines comme les langues ou la bureautique ont un véritable potentiel de popularité. Faux : les métiers, la plupart des domaines et même la philosophie ont le potentiel d’être populaires s’ils sont bien intégrés dans une communauté ou s’ils sont portés par le prestige d’une personnalité, d’une institution, d’un événement, d’une qualité reconnue ou d’une certification.

    Un produit de formation bien fait n’est pas tout, même s’il a un marché. La promotion est facteur de popularité et le prestige dans la promotion son meilleur vecteur.

    De ce coté, les cours populaires sont systématiquement supportés par un responsable de la promotion ou par un véritable vendeur.  

  • La communauté

    Oubliez la masse informe de la population et le modèle «média de masse». Nous avons maintenant la possibilité d’aller là où nous attirent nos affinités ou nos intérêts.

    La présence d’une communauté est le point commun de tous les cours populaires que nous avons rencontré. On encourage sa création, on facilite son animation, on l’accueille. La structure et le fonctionnement sont pensés pour servir une communauté. Ce qui est très différent du modèle centralisé de cours-classe-tuteur.

    Soit la communauté s’est créée autour du domaine de formation proposé, soit la formation a profité d’une commmunauté existante. Ceci est particulièrement observé dans les domaines professionnels.

    Les communautés créées autour d’un cours ne sont habituellement pas très persistantes ni très vigoureuses : le cours a une fin et tous le savent. Celles créées autour d’un domaine sont beaucoup plus résilientes.  

  • La gestion de la masse

    Accès, accessibilité, promotion, communauté nécessitent une capacité de gérer un volume de communications important.

    Plusieurs institutions limitent les inscriptions à leur cours à distance du fait de leur incapacité structurelle et/ou administrative à accueillir la masse. Le modèle «classe» prédomine et impose évidemment des limitations humaines.

    Dans les cours populaires, le modèle «communauté» s’impose, avec un service au client prompt et capable de référencer aux bonnes solutions. Le nombre de problèmes fréquents rencontrés est relativement restreint et, après un certain temps, la plupart des références nécessaires ont été créées ou sont connues de la communauté.

    La masse, le troupeau est capable de passer la nuit dehors et de s’occuper de lui-même, du moment que le berger veille. En formation à distance, la masse des communications est entre les membres du groupe, l’organisation est donc construite pour la canaliser correctement.

    La phase entre une cours «peu populaire» et «très populaire» est un seuil critique où l’on trouve des ressources humaines et des équipements surchargés. Le signe ne trompe pas : vous vous dirigez vers la masse, ou plutôt, la masse vient vers vous. Accueillez là !

La condition absente

On a vu plusieurs projets ambitieux échouer lamentablement même s’ils étaient bien financés et étaient prèts à accueillir la masse. On s’adressait alors à une masse informe, avec des dizaines de cours ou de programmes, sans communauté, sans possibilité d’en créer une et parfois même en concurrence avec des communautés bien vigoureuses et jalouses, comme des facultés universitaires.

Dans la logique marchande, on place souvent le client au centre de l’équation. D’autres placent le produit. Dans les faits, quand une industrie fonctionne à plein régime, ce qui est au centre est la communauté qui utilise le produit. C’est ce qui fonctionne.

En éducation, notre «produit» n’est ni un cours, ni un programme mais bien un sujet, un domaine plus ou moins restreint autour duquel gravite une communauté d’intérêt de toutes sortes dans lequel le sujet est considéré.

On peut considérer l’école généraliste comme une communauté ayant comme sujet «l’enseignement de base». Une fois les acquis de base maîtrisés, cette communauté se désagrège au profit des communautés d’intérêt professionnels.

Ceci compris, il devient alors possible d’imaginer la création de cours à distance populaires. Ultimement, ce ne sont pas les cours, toujours en mouvement et transformation, qui seront populaires, mais les sujets traités et leur communauté.

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