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L'avenir du livre traditionnel: compromis ou à l'abri ?

Par Alexandre Roberge , le 16 mars 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 17 mars 2009

À Paris, lors du Salon du livre 2009, 1500 mètres carrés ont été consacrés aux lectures de demain, dont le fameux "e-book", le livre électronique. Cette invention qui fait rougir de plaisir les passionnés de la technologie et qui provoque des cauchemars chez les amants du livre traditionnel. En effet, le débat est féroce pour savoir si l'avènement du livre électronique mènera inéluctablement à la fin du livre en papier.

Pour avoir une idée juste du débat, de l'argumentation de chaque camp, regardons les deux côtés de la médaille.

Le livre est à l'abri de la "mode" électronique

En effet, pour bien des observateurs, le "e-book" n'est pas encore une menace en tant que telle pour le livre. Si on regarde uniquement au niveau des chiffres, en 2008, on nous disait que les ventes de livres électroniques en France n'ont généré qu'entre 30 et 40 millions d'euros. Un chiffre impressionnant, mais qui l'est beaucoup moins quand on sait qu'il ne correspond qu'à moins d'1% des ventes globales en édition. 

Le livre électronique ne fait pas fureur en France, c'est peu de le dire. Et pourtant, ce n'est pas faute d'essayer chez les éditeurs qui, malgré tout, continuent de  développer ce marché. Il faut dire que le livre électronique a eu et, dans certains cas, a encore des problèmes de lisibilité. Il faut souvent acheter une machine portable pour lire ces fichiers téléchargés, des machines assez dispendieuses parfois. Sans compter le coût de téléchargement qui est encore relativement élevé selon les utilisateurs français. De plus, il faut se battre contre le piratage et la gratuité qui mettent en péril, selon les éditeurs, le droit d'auteur.

Puis, il y a une question de lutte culturelle là-dedans, une lutte que le livre traditionnel gagne selon des experts. Le livre électronique n'a certes pas le "poids" d'histoire et d'artisanat du livre papier. Avec lui, adieu à l'odeur du papier, au craquant des pages, à la reliure marquée par des générations de lecteurs, lorsque le livre passe d'une génération à l'autre...

Le livre traditionnel est en danger d'extinction

Mais, quoiqu'on en dise, le livre traditionnel semble bien menacé. Si les effets ne sont pas encore perceptibles dans l'Hexagone, il n'en reste pas moins que tôt ou tard, la vague du "e-book" frappera la côte française. Lorsqu'on voit un service comme Kindle d'Amazon aux États-Unis qui a rejoint un demi million d'adeptes depuis novembre 2007, et l'arrivée de l'encre numérique qui, tout à coup, rend les textes plus clairs (sans compter des appareils performants de lecture comme le Reader de Sony, pour ne nommer que celui-ci), on se dit que les adeptes du livre traditionnel ont de quoi s'inquiéter.

Pour ceux qui croient en la fin du livre traditionnel, il ne s'agit pas seulement d'une question technologique comme le disent les détracteurs du "e-book", mais d'une question culturelle. À l'ère du Web 2.0, de l'hyperlien, de la rétroaction et de l'interactivité, la littérature se doit de prendre le virage qui la fera progresser, accompagnant les habitudes des gens qui se sont modifiées. Sans compter la quantité infinie d'ouvrages que possèderait une bibliothèque numérique (on dit qu'un "e-book" peut contenir jusqu'à 1500 titres à lui seul). D'ailleurs, les initiatives de librairies et bibliothèques numériques augmentent et s'adaptent à un public qui demande de plus en plus de titres.

Le livre n'est pas encore mort, mais la lecture dans tout ça ?

Bref, le débat persiste en ce qui a trait au livre traditionnel versus le livre électronique. Pour certains, le livre électronique est plus confortable, plus actuel et branché et pour d'autres, le livre traditionnel survit face à une "artificialisation" du monde et reste un objet presque poétique. 

On pourra déjà se dire que pour beaucoup d'utilisateurs (70%, d'après un récent sondage) considèrent que le livre électronique est un média complémentaire au livre traditionnel, ce qui démontre peut-être une possible coexistence des deux formes médiatiques.

Mais peut-être que le débat ne vise pas nécessairement la bonne cible. En effet, si on débat beaucoup du médium de lecture, on débat peu de la lecture qui s'est transformée. Car lorsqu'on voit des études qui confirment que les Américains lisent de moins en moins, que la culture de la lecture se perd en grandissant (les jeunes lisent plus que les adultes) et que l'Internet nous oblige à lire vite, beaucoup et peut-être plus ou moins bien, il y a de quoi se poser des questions. Il y a là matière à débat et à questionnement: un peuple qui lit peu et/ou mal, n'est-il pas en danger d'appauvrissement intellectuel ? Ou peut-être que là aussi, le débat est émotionnel. Peut-être qu'au contraire, comme le disait Christian Vandendorpe, professeur de lettres françaises à ce journaliste, l'avènement de l'hypertexte est encore plus stimulant intellectuellement que la Renaissance. Les débats sont loin d'être terminés, c'est peu de le dire...

Et dans vos classes ?

Et les adolescents qui peuplent les bancs de nos écoles et lycées, qu'en pensent-ils ? Sans doute la plupart d'entre eux n'ont-ils pas encore eu l'occasion de manipuler un e-book. Mais ils lisent sur Internet, et il est intéressant d'engager le débat avec eux sur les différences perçues entre la lecture "papier" et la lecture "électronique". Cela leur fera sans doute prendre conscience des différentes façons de lire, selon le but que l'on s'assigne. Et cela leur donnera sans doute envie d'aller faire un tour sur le site de François Bon, auteur français militant pour la littérature et pour le support numérique. La création littéraire et la réflexion sur les suports de lecture y font bon ménage. Ce qui nous fait conclure sur cette évidence : l'important, c'est ce qu'il y a dedans...

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