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Les pratiques culturelles des jeunes face aux institutions de transmission

Par Christine Vaufrey B , le 04 mars 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 07 février 2012

Le département des études, de la prospective et des statistiques du Ministère de la Culture (France) vient de publier « Pratiques culturelles chez les jeunes et institutions de transmission : un choc de cultures ? » . L'article est téléchargeable gratuitement en pdf.

Les jeunes aiment-ils encore la culture ?

Si la question du « choc des cultures » mérite d’être posée, c’est bien sûr à cause des profonds changements de comportements des jeunes face aux objets culturels et aux institutions de transmission. Les TIC se trouvent ici au cœur de la réflexion : ont-elles détourné les jeunes de supports (télévision, presse écrite, radio…), de pratiques (pratiques artistiques amateurs, visites de musées…) et de systèmes de valeurs (la musique « savante » vs la musique « populaire »…) légitimes ?

Eh bien, non. Selon l’auteure de l’article, « Pour l’ensemble des loisirs culturels, les jeunes générations figurent parmi les plus consommateurs, preuve d’une indéniable massification culturelle, et l’on observe que le niveau d’investissement dans les pratiques traditionnelles est directement corrélé à l’investissement dans les pratiques numériques ». Il y a un effet d’accumulation des pratiques, et non de remplacement des unes par les autres. 

Les pratiques culturelles des jeunes dans leur ensemble sont marquées par les phénomènes suivants :

-    Une culture de l’omnivore : la facilité d’accès aux produits culturels et leur abondance sur les réseaux numériques favorisent l’accumulation de biens et leur diversité. Les jeunes n’hésitent pas à essayer, quitte à rejeter ensuite. Leurs pratiques amateurs suivent le même principe, d’autant plus que les outils numériques, là encore, permettent de se frotter à la photo, à la composition musicale, à la création littéraire… et d’abandonner ces pratiques sans dommage.

-    Une frontière de plus en plus floue entre culture savante et culture populaire : les parents par exemple, continuent d’assurer leur rôle de transmission culturelle. Mais ils font découvrir à leurs enfants les Beatles ou Michel Jonasz, plutôt que (ou en même temps que) Beethoven et Erik Satie… De plus, le fort pouvoir de recommandation des réseaux virtuels dans lesquels évoluent les jeunes contribue également à faire bouger les lignes entre ce qui est « bon » et ce qui ne l’est pas. Les jeunes sont moins prisonniers de leur milieu social que par le passé en matière de goûts culturels, mais très soumis à leurs groupes de pairs.

-    Des pratiques très individuelles : la « culture de la chambre » est le résultat de modes de vie qui laissent une grande liberté aux jeunes pour organiser leur temps. Ce qui, en termes savants, s’appelle « un désencadrement tendanciel du temps libre des jeunes ». Cette liberté leur permet de peaufiner leurs choix individuels, grâce à un équipement massif en outils numériques (ordinateurs, lecteurs de musique…).

Face à ces mutations de pratiques et de valeurs, comment réagissent les institutions de transmission culturelle que sont l’école, les musées, les médiathèques ?

Les pratiques pédagogiques détournent-elles les jeunes des institutions culturelles ?

L’école éprouve quelques difficultés à se positionner. Nous en parlons souvent dans Thot et n’allons pas cette fois nous étendre sur la question. Bornons-nous donc à rappeler que le problème ne tient pas seulement à l’accès aux savoirs dont l’école n’a plus le monopole, mais aussi aux modalités de transmission, encore descendantes et peu participatives, alors que les jeunes vivent dans une culture communautaire.

L’intérêt de l’article, qui examine l’ensemble des institutions de transmission culturelle, est de montrer comment les pratiques scolaires impactent les autres pratiques culturelles ; ainsi, l’auteure explique que les jeunes se désintéressent des musées … à cause de l’école : « Leur désamour va croissant à l’égard de ces équipements qu’ils associent trop à l’école. La pédagogisation des activités culturelles sert certes leur démocratisation obligée puisque les élèves sont des publics captifs, mais rarement la construction durable d’un goût pour l’activité ». De la même façon, elle observe que l’introduction de la littérature jeunesse dans les programmes scolaires n’a pas fait croître le goût des jeunes pour la lecture… En revanche, les médiathèques tirent mieux leur épingle du jeu que les musées, dans la mesure où elles proposent un mélange de ressources attirant pour les jeunes, et ont beaucoup travaillé leurs pratiques de médiatisation, perçues par les jeunes publics comme différentes des médiations scolaires.

De cet article, on retiendra que les institutions doivent se repositionner face aux attentes et pratiques des jeunes, nés dans l’univers numérique. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est plus en revanche, c’est de souligner à quel point l’institution scolaire influe négativement sur les pratiques ultérieures des jeunes. L’école, avec son appétit d’ogre et sa propension à transformer n’importe quelle œuvre d’art en « objet pédagogique » serait-elle en train de nier la nécessaire expérience personnelle et libre qui conduit à l’élaboration d’une culture choisie ?

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