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Audio et formation à distance en Afrique Noire

Par Louis-Martin Essono , le 04 janvier 2001 | Dernière mise à jour de l'article le 27 août 2012

Lorsqu’en 1992, après les sommets de Montréal et de Dakar, la formation à distance s’avère un impératif pour les pays du Sud, les satellites et les ordinateurs servent déjà ailleurs à l’éducation des masses. Les avantages économiques de l’enseignement à distance sont alors expliqués sans grande conviction pour les éventuels bénéficiaires que sont les pays de la Francophonie du Sud.

Au commencement était le Ciffad

Les premières expériences sénégalaises, maliennes et guinéennes révèlent l’efficacité de l’EAD et la puissance du travail collaboratif. Mais les apprentis professeurs de français en poste dans les coins reculés, habitués à la misère et à l’enseignement sans livres, s’extasient devant les dons de l’État offerts par Ciffad interposé. Grâce à la FAD, ils reçoivent en effet un ensemble didactique adapté à l’apprentissage autonome, ensemble constitué de cours imprimés et de cassettes audio.

Le poisson sans la canne à pêche

Dans l’euphorie de la gratuité, les professeurs apprenants assimilaient toutes les leçons et les devoirs hebdomadaires et s’acquittaient correctement des évaluations. Il y avait un hic cependant à l’évolution harmonieuse de l’apprentissage : les différents rapports relèvent que les cassettes audio/vidéo d’accompagnement n’étaient pas utilisables. En plus du livre et de la cassette, il faut offrir les piles ou payer la note d’électricité là où existe le courant L’expérience fut abandonnée.

Une deuxième solution est envisagée par les formateurs : négocier avec les stations de radiodiffusion pour proposer, pendant quinze minutes par semaine, des émissions relatives aux leçons. Les radios scolaires, greffées aux stations de l’Etat, ne sont pas autonomes. Les tranches sont courtes et disponibles seulement le mercredi soir ou le samedi après-midi. Les apprenants ne sont pas nécessairement libres à ces moments-là. Le Mali et la Guinée, le Sénégal, le Tchad et le Niger, le Burkina Faso ont proposé de telles émissions. Mais le coût en est très élevé et il faut les confier à des spécialistes parmi les pédagogues. Quelques pays ont abandonné cette formule et aujourd’hui les émissions scolaires sont remplacées par des minutes réservées aux syndicats ou aux informations de toutes natures

L’Etat pourrait cependant se servir de toutes les radios de proximité qui s’ouvrent chaque jour dans des quartiers. De plus en plus en effet, il s’ouvre en Afrique des radios numériques et des stations privées qui diffusent en FM.

De même, les radios rurales créées au Cameroun avec la paticipation technique et financière de l’ Agence de la Francophonie ou de l’Unesco constitueraient des instruments facilitateurs pour l’enseignement à distance. Ces stations, commerciales ou non, pourraient servir de relais à l’enseignement et à l’éducation.

Mais les intérêts sont ailleurs. Pourtant, plusieurs organismes bataillent pour l’éducation et l’instruction en Afrique. Au Sénégal, par exemple, où existent de nombreuses associations et des ONG, des fournisseurs ou des entreprises comme Osiris pourraient servir de bons relais. Au niveau international, des organismes comme africanti ou globenet qui travaillent sur le développement des NTIC et des télécommunications en Afrique pourraient également contribuer à faciliter l’insertion de la formation à distance dans ce continent.

D’autant plus que le contexte s’y prête car, désormais désignés comme membres des Pays Pauvres très endettés (PPTE), la plupart de nos pays doivent obligatoirement accepter d’inscrire, comme promis, l’éducation parmi les priorités majeures et injecter l’instruction à travers les médias comme ce genre de radio...

Télécentres et Téléboutiques à la rescousse

L’arrivée de l’Internet devait aussi favoriser de telles initiatives; Internet avec ses cybercafés, ses Télécentres (Afrique de l’Ouest) ou ses Téléboutiques (Afrique Centrale). Si, au départ, on y offrait seulement le service téléphonique, ces mini-établissements se sont peu à peu diversifiés au point de proposer aujourd’hui outre la téléphonie classique, la télécopie, des services bureautiques (photocopie, traitement de texte, etc.) et la connexion à Internet.

Ces structures, qui existent maintenant dans chaque recoin de toutes les mégalopoles, pourraient, transposées en milieu rural, servir à la formation à distance en repensant leur organisation.

C’est ainsi qu’au Sénégal, il est demandé aux communautés villageoises de construire elles-mêmes le local devant abriter le télécentre. Elles doivent aussi choisir parmi leurs membres un gérant qui exploite le service pour son propre compte même si c’est la Sonatel qui est

moralement responsable de la disponibilité du services aux yeux de la communauté à laquelle il appartient.

Une étude récente révèle qu’il existe aujourd’hui près de 6 796 télécentres privés, 137 pointphones et 30 télécentres publics répartis dans tout le Sénégal, qui constituent un atout non négligeable pour l’utilisation communautaire d’Internet. On pourrait ainsi les utiliser pour que le population reçoive une formation scolaire à moindre coût si l’on utilise le téléphone pour parler à son tuteur à des heures fixes. L’audio serait encore privilégié.

Les fournisseurs sont nombreux au Sénégal. Télécom-Plus, Metissacana ou Osiris : ils pourraient fournir un appui aux structures éducatives, communautaires et villageoises.

Les idées et les possibilités plausibles sont nombreuses, c’est la volonté qui manque le plus.

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