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Leçons de l’échec de l’École du futur de Microsoft

Par Denys Lamontagne , le 02 juin 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 03 juin 2009

La «School of the Future (SOF)» a ouvert ses portes en 2006 dans un quartier pauvre de Philadelphie avec l’ambition de révolutionner l’éducation.

Trois ans plus tard, Microsoft fait une évaluation publique de l’initiative : d’autres font beaucoup mieux avec beaucoup moins. Jusqu’à maintenant, SOF n’a rien pour se vanter.

Des conditions idéalement idéales...

Les bâtiments superbes, certifiés Leeds, des ordinateurs portables sans fil pour tous les élèves, des équipements de qualité partout, pédagogie par projet, horaires variables, portail dynamique, implication de la communauté, toutes les ressources en ligne, etc. on avait prévu des conditions idéales... qui n’ont pas donné les résultats escomptés avec les élèves.

Mais aussi des conditions absentes

Il semble que la plupart des conditions qui font le succès de telles initiatives étaient absentes. Ces conditions sont plutôt bien connues et ont surtout rapport avec le facteur humain.

Par exemple, une direction responsable stable et forte. Quatre superintendants et trois directeurs se sont succédés en trois ans, ce qui pour Microsoft, constitue la principale raison des difficultés... mais au-delà de ce fait conjoncturel, les problèmes s'annonçaient dès le départ...

L’embauche des professeurs, qui étaient supposés être engagés sur la base de leur volontariat et au niveau national, s’est limité au district et à du se soumettre aux conditions syndicales.  Les professeurs ont ainsi été engagés quelques semaines avant le début du projet et leur formation technique et pédagogique s’est évidemment avérée minimale.

Ce qui aurait pu n’être qu’un détail si un support technique conséquent avait été présent.  Mais comme Microsoft ne voulait pas s’insérer dans le fonctionnement du district, ce support devait être offert par celui-ci.  Dans les faits, il n’y avait personne et quand un problème arrivait, cela prenait des heures avant qu’il soit réglé, surtout que le réseau sans fil ne s’est pas montré à la hauteur.

Cette partie vitale de la technologie n’a jamais été stable ni assez robuste pour pouvoir s'appuyer dessus et il n’y avait pas de filet de sécurité ou d’alternative...  les professeurs n'ont pas pu ni su développer un curriculum à la volée aussi souvent.

Retour à la tradition

Comme le projet n’impliquait aucun manuel et que tout était en ligne, il n’a pas fallu longtemps avant que d'autres activités apparaissent, que les étudiants se désintéressent et que l’absentéisme monte en flèche.  Tout le monde s'est rabattu sur une pédagogie plus traditionnelle.

Par ailleurs, les étudiants dont la plupart venaient de familles pauvres étaient incapables d’utiliser ou d’entretenir correctement leurs ordinateurs.  Certains d'entre eux avaient peur d’apporter leur ordinateur chez eux par crainte du vol, ou ne savaient pas comment accéder aux logiciels de leurs machines.

Dès la deuxième année, Microsoft a envoyé un support technique conséquent et a commencé à stimuler les relations avec la communauté; mais il faut du temps, souvent des années, pour impliquer des partenaires.

Le district n’était pas prêt à assumer le développement de la technologie de Microsoft et à intégrer l’approche pédagogique.  De plus, le district s’était développé autour de la plate-forme Mac, ce qui a impliqué un certain nombre de contraintes techniques.

Du coté des étudiants, la majorité des difficultés rencontrées par nombre d'entre eux ne dataient pas d’hier et personne n’avait prévu d’activités de rattrapage. Ces dernières, même nécessaires, ne cadraient pas avec la philosophie du modèle pédagogique, basé sur la collaboration.

Sur les rails

Après trois ans, l’école est enfin sur les rails, la présence aux cours est maintenant de 90 %, soit plus que la moyenne de la ville, la direction est stable et les rapports avec le district et la communauté se sont améliorés.

Il demeure que, compte tenu des efforts et des ressources investies, d’autres écoles font mieux, ont plus de succès, innovent plus avec pourtant moins de ressources et beaucoup moins de bruit et de dérangements.

Pour l’article complet : School of the Future: Lessons in failure

How Microsoft's and Philadelphia's innovative school became an example of what not to do.




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