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Amener les publics éloignés vers les TIC : comment faire pour que ça marche ?

Par Christine Vaufrey B , le 01 décembre 2008

Philipe Cazeneuve est bien connu de tous ceux qui s’intéressent aux usages et aux usagers des TIC en France. Lors des Rencontres du e-learning de 2005 au Puy-en-Velay, il a prononcé une allocution dévoilant ce qui, à ses yeux, constitue la stratégie adéquate pour amener progressivement vers les TIC les publics peu familiarisés, voire réfractaires, à ces outils. Un extrait audio de cette intervention est repris sur son blog. Elle n’a absolument pas perdu de sa pertinence.

Nous avons retenu ici trois points qui doivent attirer la vigilance de tous ceux qui souhaitent participer au franchissement du fossé numérique.

1- N’oubliez pas que l’informatique c’est difficile.

Évitez de dire "Vous allez voir c’est facile" ce qui est important c’est de dire "Vous pouvez y arriver".

P. Cazeneuve propose une méthode d’approche en trois étapes :

  • Parler des TIC, faire verbaliser les craintes, les idées reçues, mais aussi ce que les personnes savent déjà. Car personne ne sait rien…

  • Montrer ce qui peut être fait avec les TIC. S’efforcer de trouver ce qui va intéresser la personne : communiquer avec sa famille, remplir les formulaires administratifs pour éviter de se déplacer, répondre à des offres d’emploi… et beaucoup d’autres choses que vous ne soupçonnez même pas !

  •  Donner la possibilité d’utiliser, d’essayer. La personne vérifie par elle-même qu’elle ne risque rien et que, très vite, elle réussit quelques opérations. C’est encourageant, et cela constitue une base pour poursuivre.

2- Relativiser la nature et l’impact de la « fracture numérique » .

Comme le dit P. Cazeneuve, « si je connais dans mon entourage quelqu’un qui utilise et qui va me permettre d’accéder au réseau, je vais être "socialement" connecté à Internet ». Tout n’est donc pas affaire d’équipement personnel, ni même de compétence numérique… Les outils s’utilisent aussi par procuration. Il y a bien des « écrivains publics », pourquoi pas des « internautes publics » ? P. Cazeneuve insiste sur le fait qu’il faut défendre le droit de ne pas être utilisateur des TIC, qui doivent représenter une amélioration pour la personne et non une contrainte qui, si elle n’est pas franchie, sera porteuse de stigmatisation et de sentiment d’échec.

Dans le même ordre d’idées, il est important de ne pas dématérialiser trop vite les supports familiers sur papier, notamment dans le cadre de « l’e-administration ». On peut ajouter que la même question se pose dans le domaine de la formation professionnelle continue : nombre d’adultes ne se sentent pas prêts à travailler sur une plate-forme numérique, à discuter avec leurs collègues au travers d’un forum électronique… alors qu’ils ont tout à fait leur place dans un groupe de formation en présence. La multimodalité de l’accès aux ressources et outils de communication doit donc aujourd’hui rester la règle.

3- "Publics éloignés" ou technologies lointaines à apprivoiser ?

Les TIC constituent des objets dont la manipulation exige une certaine familiarité. P. Cazeneuve dit qu’il faut « apprivoiser » les TIC, comme on apprivoise un animal, d’abord en restant relativement éloigné, puis en s’approchant, toujours à la même heure, et enfin en menant des activités avec lui. Il ne faut pas stigmatiser les publics en disant qu’ils sont « éloignés », mais renverser le problème : ce sont bien les machines et leurs protocoles spécifiques qui sont « éloignées » de la vie et des habitudes d’une grande partie de la population.

Autant d’utilisateurs que de non-utilisateurs

Pour conclure, nous dirons que la familiarité avec les TIC, pour des personnes présentant de multiples résistances, s’acquière lentement, dans une ambiance de confiance et sans diktat moderniste. Aujourd’hui, on compte en France pratiquement autant de personnes qui utilisent « quotidiennement » Internet - 41 % -, que de personnes qui ne l’utilisent « jamais » - 39 % - (rapport duCREDOC). Ces chiffres doivent nous inciter à abandonner nos idées reçues, à adopter des stratégies prudentes et respectueuses envers ceux qui ne doivent pas devenir « les exclus de la société de l’information ».

Savoir en actes, le blog de Philippe Cazeneuve

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