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Enseignement vétérinaire et TICE : regard de praticien

Vétérinaire, enseignant et chercheur de réputation internationale, Marc Artois livre ici quelques réflexions réjouissantes sur ces animaux, mi-sauvages, mi-domestiques, que sont les TICE.

Par Christine Vaufrey B , le 16 février 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 22 mai 2016

Marc Artois, vous êtes vétérinaire et enseignant à l’Ecole vétérinaire de LyonMais encore ?

Docteur vétérinaire diplômé à Toulouse en 1976, je suis principalement infectiologue (je m’intéresse aux maladies infectieuses, notamment celles qui sont transmissibles de l’animal à l’homme), et préventologue (plutôt que de soigner, je m’occupe de prévenir l’apparition de ces maladies). Mes principaux modèles d’études sont les espèces animales sauvages et leurs places comme réservoir ou victimes de maladies.

Certains enseignants de l'Ecole vétérinaire ont créé des pages web. C'est votre cas. Quelle est la "valeur ajoutée" de ces pages, en complément de vos cours en présence ?

L’intérêt du Web est de communiquer directement un savoir, de le partager et de pouvoir le mettre à  jour rapidement. À mon arrivée à l’Ecole vétérinaire de Lyon, au début de la décennie, j’ai commencé avec l’aide du service informatique à mettre en place un site, dédié aux disciplines que j’enseigne et à la santé de la faune sauvage.
Je propose un choix de ressources pédagogiques permettant aux étudiants de construire leur propre savoir sur des bases que j’estime valables, mais selon des modalités diverses, dans l’espoir que chacun y trouve le support qui lui convienne, en simplifiant le travail de recherche de documents.

Aimeriez-vous développer davantage ces pages ? Qu'est-ce qui peut vous empêcher de le faire ?

Il y a une question de compétence (notamment pour l’ergonomie, l’esthétique du site) mais surtout une question de disponibilité. Au moment de sa construction, j’arrivais à passer jusqu’à six ou huit heures par semaine sur le site, maintenant j’arrive à peine à dégager ce temps chaque mois, et encore !

Les étudiants ne voient pas encore l'intérêt des TICE

Vos étudiants se rendent-ils fréquemment sur vos pages ? Savez-vous s'ils les apprécient, et s'ils aimeraient y trouver d'autres ressources ? Lesquelles ?

Il m’est arrivé de constater que le site était visité par un étudiant… mais disons que pour le moins, je n’ai pas le sentiment que les étudiants apprécient l’initiative à la hauteur de mon espérance. Il faudrait que je puisse distribuer des gadgets ou des apéritifs gratuits pour les encourager… Il y a bien une offre, mais elle ne semble pas réellement correspondre à une demande !

Dans toutes les enquêtes réalisées en France et à l'Etranger, la majorité des étudiants disent préférer nettement les cours en présence aux cours à distance, ou aux pratiques d'autoformation. Selon vous, pourquoi ?

Il m’arrive parfois de me demander ce que préfèrent les étudiants, mais avec l’âge on dérape facilement de l’ironie au cynisme... Pour ceux que je connais, le cours magistral semble inutile et je les comprends ! Les exercices de résolution de problème en petites équipes fonctionnent bien et doivent être utiles, en tout cas, il me semble que ça leur convient. (En toute franchise, je ne cache pas que j’y trouve moi-même un certain intérêt, l’échange est mutuellement bénéfique).
Un savoir se construit à partir de sources multiples, mais aussi de beaucoup de travail personnel ; la technologie et la pédagogie ne sont que des aides. L’autoformation demande une maturité et une « faim » de savoir que n’ont pas la plupart des étudiants.

Utilisez-vous régulièrement des outils de type forums, listes de discussion... en complément de vos cours ?

J’ai quelques listes de discussion et il existe des possibilités de forum qui restent inexploitées pour l’essentiel. Ce sont des outils intéressants pour attirer l’attention des étudiants et cerner avec eux leurs attentes; mais en pratique ça ne fonctionne pas. Je me demande si pour nos étudiants, tout ce qui est attaché à l’enseignement fonctionne comme un monde qui n’appartient pas à la réalité ?… Ils passent sûrement un temps fou sur des forums et utilisent des listes pour les sujets qui leur sont familiers, mais leur apprentissage n’en fait pas partie. Ils ne réalisent tout simplement pas que ces outils puissent être utilisés dans un but pédagogique.

Le web est une cyberjungle !

Travaillez-vous à distance avec vos collègues enseignants de l'école ?

Notre établissement (à Lyon)  prépare son rattachement avec un autre qui se trouve à Clermont-Ferrand, du coup nous allons bien être obligés de nous y mettre. Sur un autre plan professionnel, je suis incité par des collaborations internationales à utiliser ce genre d’outil. Mais il faut accepter de franchir les barrières de la mémorisation des sites dont on ne retrouve jamais l’URL, ensuite il faut retrouver le login et finalement se souvenir du mot de passe (ce qui généralement implique d’envoyer un message au webmaster, qui méfiant, vous réclame en contrôle, le nom de votre guenon favorite afin de vous envoyer par la poste, au tarif lent, un courrier aide mémoire).  Après avoir triomphé de ces obstacles, le site est en panne où sa configuration a changé et vous n’y retrouvez plus vos repères… Il faut avoir la mentalité de Tarzan et sauter de liane en liane en hurlant son cri de guerre pour survivre dans la cyberjungle…

Pensez-vous que dans un avenir proche, les TICE prennent une place plus importante qu'aujourd'hui dans l'enseignement en France et, plus précisément, dans l'enseignement scientifique et médical ?

Nos enseignements font appel à la mémoire visuelle, à l’observation d’objets, à la mémorisation de gestes : les TICE sont parfaites pour ça. Il faut juste un peu de temps pour réaliser leur intérêt. Une bonne épidémie de grippe aviaire qui obligerait enseignants et étudiants à rester cloîtrés chez eux aurait sans doute du bon pour nous obliger à nous y mettre.

Trouver l'information, l'évaluer et l'utiliser

Pensez-vous que les jeunes actuellement étudiants à l'Ecole vétérinaire auront à utiliser les TIC dans l'exercice de leur profession? De quelles manières ?

Peut-être qu’avec la crise économique qui commence, devrons-nous revoir un certain nombre d’idées et de pratiques. Peut-être deviendra t-il moins facile pour un vétérinaire de trouver un travail rémunérateur… Peut-être s’apercevra t-on que notre profession se doit d’abord de garantir la santé et la sécurité des consommateurs et de garantir la qualité des productions animales qui servent à notre alimentation. Ceci nous amènera probablement à revoir nos priorités et à améliorer la façon dont on doit apprendre le métier de vétérinaire. Nous sommes des généralistes de l’ingénierie de la santé animale, nous devons être capables d’aborder une incroyable diversité de questions.
La principale chose que nous devons apprendre à nos étudiants, c’est de trouver l’information, d’en évaluer la qualité et ensuite de l’utiliser pour leur propre besoin. De ce point de vue, les TICE sont un outil formidable et la possibilité de travailler en réseau, un moyen de limiter les erreurs. Reste à trouver le modèle économique qui permettra aux professionnels de la santé animale, un relativement petit secteur économique, de financer un apprentissage de ce type et ensuite de rémunérer la qualité de  l’expertise ainsi acquise…

Pour découvrir l'expertise de Marc Artois en matière de faune sauvage :

Maladies partagées de la faune sauvage, sur le site de l'Ecole vétérinaire de Lyon

Le renard, sauvage et familier, un miroir de l'homme ? Long article de M. Artois et C. Rivals, INRA

Le loup d'Abbyssinie en danger, Société française pour l'étude et la protection des mammifères

... et une passionnante conférence présentée dans notre répertoire de produits de formation.

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