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L'autorité au service de la motivation*

Par Om El Khir Missaoui , le 14 décembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 21 décembre 2010

L'acte pédagogique a pour but ultime de favoriser l’accès de l’enfant à son autonomie, autonomie qui s'acquiert graduellement tout au long du parcours de formation. Les relations pédagogiques tissées entre l'enseignant ou formateur et les apprenants tout au long de ce parcours impliquent l'exercice d'une autorité multiforme et plus ou moins acceptée. Une publication de Christian Reynaud, Maître de conférences en Sciences de l’Éducation, dans la Revue de recherche de l'IUFM de l’académie de Montpellier Tréma a interpellé notre attention par la taxonomie de l'autorité qui y est proposée : "Trois types d’autorité pour trois modes de relation pédagogique"

Peut-on enseigner sans manipuler ?

L'enseignant est amené explicitement ou implicitement à manipuler les apprenants dans le sens où il les conduit, d'une façon ou d'une autre au travers de ses prestations, à agir pour leur bien c'est-à-dire à atteindre les objectifs d'apprentissage. La manipulation constituerait un outil parmi d’autres pour susciter l’intérêt des apprenants et éviter des confrontations désagréables ou la passivité, en imposant une dynamique utilisée pour « le bien commun ». Elle est positive car elle viserait à conduire le manipulé vers une position plus intéressante pour lui. Cependant, Christian Renault relativise l’efficacité de la manipulation dans le maintien d’une dynamique de groupe dans la classe car le recours à la manipulation permet peut-être d’atteindre les objectifs de l’enseignant, mais dans le même temps, il renforce une croyance collective qui légitime l’usage de la force dans les dispositifs d’apprentissage, elle constitue donc un pouvoir sur autrui. 

Par ailleurs, la manipulation peut être négative en ne servant que l’intérêt du manipulateur. En effet, la motivation humaine revêt deux aspects : intrinsèque quand on puise les ressources en soi-même et extrinsèque quand on est mu par des considérations extérieures telles que la recherche d'une bonne appréciation de l'enseignant ou d'une bonne note. De plus, l'être humain est animé par deux systèmes de motivation qui s'apparentent d'abord à la dépendance (recherche de l'intervention d'autrui) et par la suite de plus en plus  à la responsabilité et à l'autonomie, avec alternance par moments des deux systèmes. Le risque c'est d'inhiber l'autonomie de l'apprenant en activant constamment les facteurs extrinsèques, le manipulateur en venant à utiliser les vulnérabilités affectives d’autrui (besoin de sécurité et d'amour, peur de l'inconnu) à son insu afin d’obtenir qu’il pense ou qu’il agisse pour atteindre l’objectif fixé par le manipulateur. Et paradoxalement, celui-ci devient en quelque sorte  le manipulateur/manipulé en exploitant à l'extrême les potentialités de la manipulation pour maitriser l'apprentissage.

Influencer et accompagner pour développer la personnalité

Toutefois, la manipulation n'est pas le seul mode d'expression de l'autorité de l'enseignant. Christian Renault évoque l'influence du groupe d'apprenants et l'accompagnement de l'enseignant pour identifier au final trois types d'autorité.

Il faudrait que l'apprenant puisse profiter des apports des autres (et au passage savoir identifier leurs forces et leurs faiblesses) et mobiliser ses propres ressources cognitives et émotionnelles. L'empathie qui permet de s'identifier à l'autre peut être mise au service d'une relation d'influence ou     d'accompagnement selon les besoins de l'apprenant : en prenant conscience que l’autre n’est pas si différent de moi, qu’il a de «bonnes» raisons de faire ce qu’il fait, de dire ce qu’il dit, de penser ce qu’il pense, je pourrai le considérer comme un alter ego capable de décider de son sort. C'est ainsi que peut être exploitée la faculté de l'être humain à sortir des schémas répétitifs pour expérimenter de nouveaux comportements.

LIPPITT et WHITE pour leur part définissent trois types de fonctionnement des groupes :

  • Leadership autocratique ou autoritaire : les décisions sont prises par un responsable seul, qui reste à l’écart de la vie du groupe.
  • Leadership démocratique ou participatif : les décisions résultent des discussions provoquées par un leader et tiennent compte de l’avis du groupe.
  • Leadership permissif ou « laissez faire » : un responsable précise les objectifs et les moyens attribués au groupe, mais adopte ensuite un comportement passif. Le groupe jouit d’une totale liberté pour prendre ses décisions.

Dans une relation éducative, si la manipulation s'apparente au seul premier type d'autorité, et que l'exercice littéral de l'autonomie s'apparente au troisième type, le leadership démocratique et participatif semble permettre le développement de l'autonomie et de la responsabilité sans occulter l'intervention et le soutien de l'enseignant ou formateur.

Nécessité de l'autorité dans le respect des valeurs démocratiques

Pour Christian Renault la relation éducative met en œuvre trois types d’autorité : le premier proche de ce que l’on appelle généralement l’autoritarisme, serait identifiable parce qu’il correspondrait à une manipulation de celui auquel l’autorité s’adresse. Le deuxième type serait associé à une relation d’influence qui, bien que nécessaire au développement psychologique, maintiendrait le sujet (apprenant) dans une relation de dépendance par rapport à l’autorité. Le troisième type d’autorité, en renvoyant chacun à la responsabilité de ses pensées, de ses sentiments et de ses actes, permettrait alors de désamorcer les risques de violence liés à toute tentative de manipulation, et serait associé à un accompagnement responsabilisant.

Pour améliorer l'efficacité de l'intervention éducative et permettre l'émergence d'une génération citoyenne et responsable, c'est ce troisième type qu'il faudrait privilégier.

Lectures complémentaires :La force de la réaction.

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