Articles

La formation à distance en Afrique ou la faim de la qualité -

Par Denys Lamontagne , le 12 juin 2000 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Adhésion officielle

La Côte d’Ivoire a une longue expérience canadienne et française de la Fàd; la France a doté le Bénin, le Burkina et le Togo d’un réseau commun pour former les maîtres; le Sénégal a introduit cette formation dans les universités et dans la formation des femmes; les instituts pédagogiques (Guinée, RCA, Burkina, Rwanda) l’utilisent pour l’enseignement et l’alphabétisation. Pourtant, partout, l’adhésion officielle fait défaut.

Depuis 1990, pour susciter des décisions fondamentales et l’adoption nationale de la Fàd, l’Agence intergouvernementale de la francophonie (anciennement ACCT, Agence de coopération culturelle et technique) a lancé et conduit, dans une vingtaine de pays d’Afrique subsaharienne, des programmes d’alphabétisation, de radios scolaires, de recyclage des professeurs de français et d’enseignement.

La Banque Mondiale, l’Unesco et d’autres institutions ont financé des programmes identiques. Sans résultats.

Des priorités et des possibilités

S’agit-il d’inadaptation, de manque de visibilité méthodologique, de marché occulte savamment entretenu ? Sans réelle politique nationale de la Fàd, la faim se prolongera, une faim quantitative de la qualité.

L’Afrique profonde a faim du FMI et de la Banque Mondiale pour l’éducation à distance. Le contrôle sur l’utilisation des dons innombrables s’impose. De nombreux enfants iront alors à l’école. Car l’expertise nationale est réelle, les tuteurs présents, malgré leur statut fragile. Ils travaillent à temps partiel.

L’Afrique a faim de la Fàd; et même si elle augmente les sans emploi de demain, bien formés et critiques, cela vaut mieux que de le maintient dans l’ignorance. Mais la Fàd a-t-elle les moyens en Afrique ?

À l’heure où vous parlez de pentiums, l’Afrique profonde des forêts ou des déserts cherche à manger chaque jour, mais aussi, elle ménage encore une barre de craie, s’émerveille devant une ampoule électrique, frémit de joie devant un cahier ou un livre neuf.

Le téléphone ? un rêve! Internet? une vision. La téléconférence, la visioconférence ? Une utopie. La radio et la télévision nationales ont d’autres missions.

Au Cameroun ou au Gabon, au Tchad, au Niger, un cours gratuit sur cassette audio vous oblige à offrir aussi les piles du lecteur de cassettes. L’imprimé demeure donc primordial, il est pérenne et se partage et se prête même pour quelques jours. L’électricité et le téléphone sont chers, rares et individuels.

Le Sénégal et la Tunisie ont pourtant baissé les prix du téléphone. Malgré le cellulaire, le téléphone fixe fait défaut à 90% de la population.

Comment réussir la fàd moderne, aujourd’hui, en Afrique

La fàd avec les NTIC est indispensable. Il faudra alors appliquer une politique pour démocratiser l’accès à Internet. Surtout, il faudra créer soi-même les contenus, les maîtriser, les orienter et les partager. Et, sans jeu de mots, se mettre en réseau.

À Bamako 2000, les Africains ont plaidé pour l’introduction des NTIC dans les moeurs. Les conditions suggérées en appelaient aux chefs d’État. C’est pourquoi quelques pays commencent à adopter ces techniques. Le plus beau succès en Fàd concerne le programme Inades-Formation. Pratique, il a atteint l’Afrique profonde.

Par ailleurs, pour familiariser la population aux NTIC, des rencontres se multiplient : à Addis-Abéba, à Harare, à Cotonou, à Dakar, à Accra et bientôt à Yaoundé. Les universités africaines (Cameroun, Burkina, Sénégal, etc.) introduisent désormais l’enseignement des NTIC dans les programmes.

L’Aupelf favorise, par les centres Syfed-Refer et les universités virtuelles, l’accès à Internet à coût (et à temps) minimal. On ouvre, comme au Cameroun, des centres de technologie pour mettre les universités en réseau.

L’Afrique a donc beau demeurer le continent le moins branché (0,2%), des efforts réels s’observent comme l’ont montré de récentes études de l’AUF, de Syfia (n°133), Africultures (n° 23) ou l’ouvrage de C. Loquay, «Enjeux des technologies de la communication en Afrique» (Karthala, 2000).

L’Afrique est pleinement responsable de son destin en matière de Fàd. Chaque pays, riche de l’expérimentation antérieure, a pour devoir de consolider son action par la mise en oeuvre rationnelle des formations initiale et continue par autoformation dans une politique nationale de Fàd préalablement définie.

Chaque pays devrait alors inscrire, dans ses plans de formation, un investissement de grande envergure visant à le doter d’un dispositif infrastructurel et conceptuel d’importance. Cette action se concrétisera par une meilleure orientation dans l’utilisation des fonds qu’allouent les bailleurs de fonds en construisant (est-ce un rêve?) des centres de Fàd par provinces, par régions, par départements et impliquant l’intervention de l’État ou celle des opérateurs agréés par lui.

La formation de masse sera ainsi annuellement entreprise, avec, en même temps, la reconnaissance de la qualité diplômante ou qualifiante des formations dispensées. Sinon

Un devoir de suivi

Pour leur part, ceux qui aident à l’adoption des NTIC et de la Fàd ont le devoir de lui demander des comptes par la mise sur pied et le développement concret des politiques nationales de la Fàd, d’exiger aussi le développement et la mise en valeur des experts nationaux, hommes de terrain et non plus décideurs de bureaux, et en travaillant à l’émergence de pôles régionaux.

S’imposeront alors la qualité et l’adaptation de l’enseignement offert, le contrôle de l’utilisation des dons, l’insertion des NTIC dans les moeurs. Ils ont aussi le devoir de s’interroger sur les valeurs politiques, sociologiques, linguistiques, psychologiques et économiques sur lesquelles ils doivent s’appuyer en introduisant la Fàd et les NTIC.

Ce sont là des éléments fondamentaux qui ont un rapport avec la faim informationnelle de l’Afrique en quête d’une formation à distance utile.

Louis Martin ONGUENE ESSONO École normale supérieure Yaoundé, Cameroun courriels : [email protected] et [email protected]

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné