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Promenade philosophique au pays des bêtes

Par Martine Dubreucq , le 17 février 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 17 novembre 2013

Dans « Le silence des bêtes », Elisabeth de Fontenay s'étonne que l'Antiquité ait réservé, malgré les sanglants sacrifices, davantage de considération pour ces êtres animés que notre société contemporaine. Depuis l'ère chrétienne (le Christ s'est offert en sacrifice tel un agneau) la condition de l'animal a profondément changé et elle en dégage trois figures qui sont autant de prétextes pour une promenade animalière sur internet :

-L'animal sauvage ou exotique, fantasmé dans l'imaginaire ou parqué dans les zoos.

L'imagerie animale s'avère dans le Moyen-Âge occidental particulièrement riche et génératrice d'espèces fabuleuses. C'est ce que la BNF nous fait découvrir ici.
Une partie de l'exposition en ligne s'adresse aux pédagogues avec un dossier atelier :
La rubrique « Maximonstres » est savoureuse et permet de se construire une bête merveilleuse et composite.

Le Museum d'Histoire naturellequant à lui conserve une Ménagerie qui existe depuis 1794, la Ménagerie du Jardin des Plantes , qui est l’un des plus vieux zoos encore en activité.
La Ménagerie voit sa collection d’animaux vivants évoluer peu à peu vers la conservation d'animaux « ex-situ », c'est à dire dans leur milieu naturel : elle s'implique en effet dans de nombreux programmes internationaux d’élevage d’espèces menacées.

« Petit à petit, tous les zoos ont constitué des “populations” d’animaux sauvages se suffisant à elles-mêmes, les prélèvements dans la nature devenant très rares et très réglementés. Désormais, ils tentent de réintroduire dans leur habitat naturel les espèces en voie de disparition – ou éteintes ».
La lettre du Muséum

-L'animal utilitaire destiné à l'abattage, à l'expérimentation dans les laboratoires.

Sur ce point, il est difficile de s'abstraire des polémiques et la philosophe évite les positions radicales (elle n'est pas végétarienne et s'en explique) et se range du côté des associations de protections des animaux modérées, aux actions tout à fait légales et démocratiques, comme le comité scientifique de Pro Anima

L'animal de compagnie

« Les animaux nous rappellent tous quelque chose qui nous vient de la campagne dont nous venons tous et de façon plus ou moins lointaine. C'est une sorte de rappel à la vie brute, pré-réflexive, pré-linguistique, c'est notre manière de rester encore enfant. »

Cette dernière figure est survalorisée et tend à cacher le scandale que représente la souffrance des animaux et le traitement industriel de leurs corps.

Elisabeth de Fontenay s'appuie sur la pensée de nombreux philosophes et écrivains comme Foulcault, Canetti, Derrida pour montrer que c'est la capacité à souffrir qui constitue le lien entre l'homme et l'animal et que l'animal est ce qui nous relie le plus clairement au monde, à la nature, à l'environnement. Plus que la raison et la parole, c'est la sensibilité qui lui semble le propre de l'homme, à partager avec l'animal.

Elle continue à s'insurger contre des pratiques qu'elle juge barbares comme la corrida. Et, plus largement, interroge le statut de l'animal, de tous les animaux, dans nos relations :

"Je me demande quelle manière d'être ensemble, entre hommes et femmes, entre malades et bien portants, entre morts et vivants, entre enfants et adultes, entre fous et sensés, entre hommes et bêtes pourrait aider à réinscrire l'animal dans une chaîne symbolique qui ne fasse plus bon marché de lui". (Le silence des bêtes)

Reférences :

Le Silence des Bêtes,  Elisabeth de Fontenay, 1998 - sur Amazon

Article Le point du 3 mars 2008 :La philosophe et les animaux

Le vivant et l'animal sur le site Philagora

Revue Le portique : Le silence des bêtes

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