Articles

Des savants encyclopédistes aux pédagogues engagés, de l'Internet aux réseaux sociaux

Par Mohamed Ouzahra , le 18 janvier 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 25 février 2009

Autrefois, ne pouvait se prévaloir du titre de savant – alem en langue arabe – que celui qui maîtrisait le savoir dans plusieurs disciplines. Et de fait, les grands penseurs étaient à la fois philosophes, mathématiciens, astronomes et, souvent aussi, poètes. Tout autour de la Méditerranée, ce savoir encyclopédique a été la marque de noms aussi célèbres qu’Ibn Rochd (Averroès), Leonardo Da Vinci ou encore Maimonide. Ce qui unissait ces savants ayant vécu dans des sphères culturelles et des siècles différents est sans doute leur souci de transmettre la connaissance, de rayonner au-delà de leur cercle d’adeptes. Et sont ainsi nés des foyers de culture et d’enseignement : Fès et ses célèbres médersas, notamment Al Quaraouiyine créée en 857 par la mécène Fatima Al Fihria ; Florence ou encore Cordoue. Des liens étroits[1], préfigurant les réseaux actuels, existaient entre ces cités ;  avec les limites physiques que connaissait la communication alors.

La liberté par la connaissance

Mais cette volonté de diffusion des connaissances se heurtait à des barrières de classe sociales et ethniques; des barrières internes, souvent plus difficiles à faire tomber que les barrières géographiques. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si les grands courants pédagogiques qu’ont connus la fin du XIXe siècle et le début du XXe ont été marqués du sceau de la libération des peuples. Que ce soit Paulo Freire au Brésil et sa « pédagogie de la libération », Célestin Freinet en France et le vaste mouvement créé autour de ses idées ou Maria Montessori en Italie et sa pédagogie révolutionnaire, le maître mot est de changer la société par l’instruction pour tous. Il s’agit d’utiliser la connaissance comme un outil de remise en cause de l’ordre établi, d’en faire un formidable moyen de libération des énergies créatrices. L’idée sans être nouvelle – en leurs temps la maïeutique socratique ou l’abbaye utopique de Rabelais étaient tout aussi subversives – introduit une évidente modernité que nos systèmes actuels ont repris à leur compte, comme en témoigne le désormais universel droit à l'éducation.

Internet et Web 2.0

Une autre lecture de l’histoire de la pédagogie, dont on trouve une intéressante description sur le site de Philippe Meirieu, nous mène d’une phase initiale d’accumulation du savoir à l’étape actuelle sinon de partage solidaire du moins de diffusion tous azimuts. Une évolution observée mutatis mutandis pour l’innovation majeure de la fin du siècle dernier : l’Internet. En effet, né pour répondre à des besoins militaires puis scientifiques, le réseau est très vite devenu un outil "populaire et démocratique". Des communautés de savoirs se sont approprié l’outil pour en faire un espace d’échange d’idées et de formation.

Aujourd’hui, avec le développement des réseaux sociaux et des plateformes d’information contributives, l’implication des usagers n’a jamais été aussi grande. Le renouveau introduit par le Web 2.0, terme qui ne fait pas l’unanimité, se situe en définitive au niveau de l’importance donnée à l’utilisateur, qui passe du statut de consommateur de l’information à celui d’acteur à part entière de la construction du savoir. Résultat, les pédagogues disposent de nos jours de technologies aussi puissantes que souples leur permettant de varier les approches et, encore plus important, de les personnaliser en fonction du profil de l’élève. Ce qui donne par exemple la possibilité de passer sans discontinuer d’un tutorat à une séance de restitution en vue de construire une compréhension collective.

Notre époque présente la particularité, sans doute très exceptionnelle dans l’histoire, d’une connivence entre l’être humain et les techniques qu’il a créées. Revenu d’une conception positiviste et naïve du progrès scientifique, il pourrait demain les enrôler pour faire reculer l'ignorance ou, tout simplement résoudre les redoutables problèmes de survie qui pointent déjà. A voir le nombre et l'ampleur des crises et guerres de ce début de siècle il s'agit sans doute hélas d'une naïveté supplémentaire. Ou bien d'une utopie... En elles-mêmes, les technologies ne sont porteuses ni de mot, ni de bonheur; c'est bien l'usage que nous ferons des réseaux de communication qui nous permettront d'approcher de la cité idéale de la connaissance, ou de nous en détourner.

[1] Qu’un récent bel ouvrage collectif évoque sous le titre : Fès et Florence en quête d’absolu.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné