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L’emploi du temps mobile : pour en finir avec la pédagogie de l’impatience

Par Christine Vaufrey B , le 06 janvier 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 31 décembre 2010

Sur son site consacré à la diversification pédagogique, François Muller propose 4 vidéos réalisées en 1987 par l’INRP ((Institut National de Recherche Pédagogique) sur le thème de « l’emploi du temps mobile », (cliquer sur « Temps mobile »). En dépit de leur âge et d'une qualité plutôt moyenne, ces vidéos constituent un varitable trésor.

La séquence d’une heure : un archaïsme contre-productif

L’emploi du temps constitue le cadre principal des apprentissages scolaires pour les élèves, et de l’exercice du métier pour les professeurs. Au-delà, il rythme la vie des jeunes et des familles, déterminant par exemple les temps d’activités extra-scolaires et imposant aux parents des organisations complexes de manière à le rendre compatible avec leurs emplois du temps professionnels.

En France, l’organisation globale de l’emploi du temps scolaire a peu varié depuis le XIXe siècle. L’introduction de disciplines toujours plus nombreuses a eu pour conséquence de normer la séquence de cours à une petite heure (55 minutes exactement), parfois doublée. Si l’on considère qu’il faut bien 5 à 10 minutes aux élèves pour changer de classe et s’installer en début d’heure, et au moins 5 minutes à la fin pour noter les travaux à effectuer pour le prochain cours, on constate qu’il ne reste plus de 40 minutes réellement exploitables par le professeur, dans lesquelles il doit faire entrer des apports de connaissances d’une part, des exercices d’application d’autre part. Oui, la taille des exercices tels qu’ils sont proposés dans la majorité des manuels scolaires est bien dépendante du temps de cours : un exercice qui doit être réalisé en 10 minutes chrono (car il faut bien le corriger…) est nécessairement court, partiel, mécanique. Les travaux plus longs sont donc reportés sur le temps personnel de l’élève, qui les effectuera chez lui, en l’absence du professeur et de ses camarades, et donc sans aide et compléments d’information.

La fragmentation des apprentissages en petites séquences a d’autres inconvénients, tout aussi importants : avec des groupes de 25 à 30 élèves comment organiser une séquence TIC, des travaux de groupes, du travail de recherche documentaire… sur 55 minutes ? Plus grave encore, la brièveté de la séquence interdit toute mobilisation de long terme des élèves sur leurs apprentissages : à peine sont-ils « entrés » dans la réflexion et ont-ils établi leur concentration, qu’il faut arrêter et passer à une autre matière… Les enseignants quant à eux doivent travailler avec la montre dans la tête, et appliquent une « pédagogie de l’urgence », bien loin de ce qu’ils aimeraient faire avec leurs élèves.

La maîtrise du temps comme clé de la diversification pédagogique

Depuis plus de 20 ans maintenant, les directives ministérielles et les travaux menés au sein de l’INRP incitent pourtant à une plus grande souplesse dans les emplois du temps. On consultera par exemple avec la plus grande attention le rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale, datant de 2001, intitulé L’emploi du temps des élèves au lycée. Il y est fait référence aux travaux d’Aniko Husti, chercheure à l’INRP, qui a longuement travaillé sur cette question. Mme Husti a d'ailleurs réalisé les vidéos présentées sur le site de François Muller, qui démontrent avec éclat l’intérêt de cette souplesse : liaison entre apprentissages et applications ; meilleure concentration des élèves ; autonomisation dans la réalisation des tâches ; possibilité de travailler seul ou en groupe ; respect des rythmes individuels… Bref, il semble bien que la maîtrise du temps constitue une clé essentielle de la diversification des pratiques pédagogiques.

Les vidéos prouvent par l’exemple que quand on veut, on peut : des expériences d’emplois du temps mobile ont été réalisées dans différents établissements, dont les acteurs (chef d’établissement, enseignants, élèves, parents…) manifestent leur satisfaction devant la caméra.

La clé du changement réside bien entendu dans la notion de travail d’équipe : chef d’établissement et enseignants doivent préparer l’emploi du temps ensemble, en fonction de leurs objectifs pédagogiques, et pas seulement de contraintes strictement formelles.

Signalons qu’aucune autorisation particulière n’est nécessaire à la modification des emplois du temps dans les établissements scolaires ; ces derniers ont suffisamment d’autonomie pour mener leur révolution temporelle. Il suffit seulement que leurs membres en aient envie. Pour les y aider, ils trouveront sur le site de François Muller différentes ressources textuelles complémentaires aux vidéos.


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