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Apprendre une langue étrangère, pour quoi faire ?

Par Christine Vaufrey B , le 10 septembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 13 septembre 2010

Selon les résultats d'une étude publiés en août dernier, les jeunes Britanniques ne sont plus intéressés par l'apprentissage des langues étrangères. Lorsqu'ils doivent citer les matières qu'ils estiment les plus importantes, « 95% plébiscitent les mathématiques, puis la langue maternelle anglaise (94%). Les TICE remportent un franc succès (91%) ainsi que la science (90%) », nous dit Martine Dubreucq sur Le blog du Cartable connecté  .

Les effectifs d'élèves britanniques apprenant le français ont baissé d'un tiers en 10 ans; dans la même période, le nombre de jeunes apprenant l'allemand a baissé de  42 % ... alors que cette langue est parlée par 100 millions de locuteurs en Europe !

75 % de la population mondiale ne parle pas anglais

Pour Michael Hoffmann, traducteur, cette désaffection massive pour les langues étrangères tient aux orientations fixées par les gouvernements britanniques successifs, qui ont ôté le caractère obligatoire de l'apprentissage d'une langue étrangères à l'école secondaire. Dans l'article qu'il a écrit pour The Observer du 15 août dernier, il dénonce cette politique de la facilité qui conforte les anglophones dans leur certitude de n'avoir besoin d'aucune langue supplémentaire, et les prive du même coup de l'ouverture culturelle qu'apporte toute langue étrangère.

Il convient donc selon lui de repenser au niveau de la société tout entière l'ouverture aux autres, de rétablir le sens du respect envers les autres cultures, et de souligner tous les avantages de l'apprentissage d'une langue étrangère pour la pratique de sa propre langue. Il rappelle enfin que l'anglais est la langue maternelle de 7 % de la population mondiale seulement, et que 75 % des gens sur la terre ne parlent pas anglais du tout !

Une langue, des cultures

Le français ne jouit pas du prestige de l'anglais mais n'est pas une langue morte pour autant. En France, certains se plaignent de sa perte d'influence; mais, dans cet article du New York Times, Nancy Huston, auteure canadienne installée en France, accuse l'intelligentsia française de tenir en bien piètre estime la production littéraire francophone née hors des frontières hexagonales, oubliant du même coup les 220 millions de personnes qui, hors de France, utilisent le français, parmi d'autres langues...

Le français et l'anglais sont des langues parlées bien au-delà des frontières de la nation « mère ». La première décroît, la seconde triomphe, mais dans les deux cas ces langues véhiculent bien des cultures, bien des conceptions du monde, des sociétés, des relations entre les hommes. Accepter la diversité de sa propre langue maternelle est sans doute le premier pas vers la pratique d'une langue étrangère. C'est un bon moyen de ne pas « être enfermé dans sa propre langue », selon les termes de M. Hoffmann.

Comment retrouver le goût des langues ?

Dans les commentaires de l'article de Michael Hoffmann, on voit s'affronter des avis forts différents sur les stratégies à mettre en place pour redonner le goût des langues aux jeunes Britanniques. Les uns sont partisans de rendre cet apprentissage obligatoire tout au long de la scolarité. Les autres rétorquent que c'est une perte de temps, en se basant sur leur propre apprentissage du français, de l'allemand... dont ils ne parlent plus un mot quelques années plus tard. Pour eux, seul un adulte peut mobiliser l'énergie nécessaire pour apprendre une nouvelle langue, en s'appuyant sur sa motivation. Un troisième groupe enfin estime que l'apprentissage d'une langue étrangère, lorsqu'on est anglophone, est une marque de snobisme, une pratique réservée à une élite intellectuelle cultivée.

Ce qui semble clair, c'est que les Français ne sont pas les seuls à dire qu'ils sont « mauvais en langues » et à critiquer l'enseignement des langues vivantes à l'école. Les Britanniques n'ont pas une meilleure opinion de leur propre enseignement académique des langues.

Les cours suivis à distance sont-ils plus efficaces que l'enseignement académique ? Il est difficile de le dire, tant les résultats de l'apprentissage dépendent de la motivation, des objectifs et des méthodes de travail de l'apprenant d'un côté, de la qualité des parcours pédagogiques proposés de l'autre. Néanmoins, sur une plateforme de cours comme Babbel  ou Live Mocha, les apprenants dialoguent et s'entr'aident; ceux qui maîtrisent une langue corrigent ceux qui l'apprennent. Un tel principe d'apprentissage, basé sur l'égalité entre participants et des interactions libres, semble être une voie prometteuse pour redonner un peu d'attractivité à l'apprentissage des langues étrangères. 

Toujours mieux d'être vivant ! Martine Dubreucq, Le blog du Cartable connecté, 23 août 2010.

To speak another language isn't just cultured, it's ablow against stupidity. Michale Hoffmann, The observer, 15 août 2010.

Pardon my French, Michael Kimmelman, New York Times, 21 avril 2010

Photo : UK Department for International Development, Flickr, licence CC.

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