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La revue agricole Syfia fait le point sur Internet en Afrique. -

Par Louis-Martin Essono , le 02 mars 2000 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

De nombreux travaux ont déjà présenté l’étendue et l’impact d’Internet en Afrique. Outre le numéro 23 de Africultures, largement consacré à cette question, on trouve une abondante littérature sur le sujet dans le site de l’Université virtuelle francophone AUF. La Charte de Moncton y fait une large place :

L’Afrique à l’heure des inforoutes.

Par ailleurs, une assez bonne monographie coordonnée par Annie Chéneau-Loquay est parue en février 2000. Riche et variée dans son analyse, l’ouvrage a pour titre :

Enjeux des technologies de la communication en Afrique. Du téléphone à Internet.

Le continent noir n’est donc pas la grande absente que l’on croit sur le net. Ce qui n’exclut pas, dans la réalité, que de nombreux problèmes se posent et qu’il faudra les résoudre pour atteindre le niveau technique requis pour s’insérer dans l’interconnection mondiale.

Internet dans toute l’Afrique

Dans le bulletin agricole mensuel, Syfia, on procède d’abord à une profonde analyse des possibilités technologiques et psychologiques qu’offre l’Afrique pour s’impliquer dans l’utilisation d’Internet. «C’est une chance inouïe pour l’Afrique, une révolution capable d’inverser la coopération internationale, un outil rêvé pour l’Afrique orale et multilingue», s’exclament les intellectuels africains désireux d’imposer la révolution des mentalités. Et cette révolution s’opère déjà, comme le montrent les analyses effectuées, pour quelques pays, dans les domaines économique, agricole, social et médiatique.

Internet économique

  • Au SénégalLes TIC ne sont plus seulement des outils au service des professions diverses; elles sont devenues des activités économiques à part entière. En effet, l’information économique, touristique, fiscale, financière et industrielle sur le Sénégal est rassemblée à partir de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar, à la Direction du Commerce Extérieur; puis, elle

    se vend

    par Internet aux Chambres de commerce de l’extérieur. Ce marché juteux atteint plus de 1, 2 million de FF de chiffre d’affaires depuis 1996. L’homme d’affaires sénégalais, Babacar Diop, vante les mérites du réseau Internet sur lequel il vient de créer la plate-forme d’échange d’informations économiques Africultures, avec ses homologues latino-américains.
  • À MadagascarLes opérateurs touristiques recrutent leurs clients par Internet bien que de nombreuses entreprises hésitent encore à créer leur site. Les utilisateurs du net passent souvent par des portails étrangers, au grand dam des fournisseurs locaux.
  • Au Burkina FasoDenis Zoungrana se révèle le premier entrepreneur à se faire construire un site Web, malgré qu’il ne soit jamais allé à l’école et que la ligne lui fasse souvent défaut pour se connecter.

Internet pour une société plus large, plus libre

  • Les Ong de la République du CongoIls se sont fait des alliés précieux avec le courrier électronique. Grâce aux ’méls’, les Congolais sont ouverts à tout le pays et au monde. Ils sont protégés lorsque l’information sur les violations des droits de l’homme est transmise; parfois, ils ont, par ce fait, la vie sauve. L’utilisation du message électronique (courriel) est encore risquée cependant, car les rapports rédigés ne sont pas sécurisés et peuvent être mis à la disposition des autorités du ministère de l’Information.
  • Les CamerounaisesElles utilisent le courriel non seulement pour chercher un mari, mais aussi pour rapprocher les associations féminines africaines. Ainsi peuvent s’instaurer des échanges d’expériences commerciales, médicales, académiques, agricoles et, surtout, d’idées : des discussions de tous genres entre femmes de cuisine et de ménage, recherche de travail, éducation des enfants, traditions, etc. Mais ces Camerounaises se connectent aussi pour mieux soigner les malades. En effet, les médecins et les sages-femmes dialoguent avec leurs confrères du Nord pour avoir accès aux résultats des travaux des équipes dans des spécialités variées. Des malades sont même conjointement suivis par des médecins du Nord et du Sud.

Syfia donne ainsi de précieux détails utiles sur les différents usages d’Internet sur le continent noir. Mais, on le constatera, ces usages sont des initiatives personnelles; les connexions sont effectuées à domicile et le prix du téléphone est fortement onéreux pour la bourse du citoyen moyen. La construction de cybercafés publics est à encourager. Ces investissements seraient encore plus utiles s’ils étaient orientés vers l’éducation de base et l’école. Un enfant instruit est un prisonnier de moins.

Dans les pays africains, le téléphone et Internet sont encore le privilège des grands commis de l’État, qui les utilisent constamment.

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