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Internet en classe : pour redonner aux élèves le goût d’apprendre

Par Christine Vaufrey B , le 10 novembre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 11 novembre 2008

Lors du colloque intitulé  Ce que l’école fait aux individus, organisé par le Centre Nantais de Sociologie (CENS) et le Centre de Recherche en Education de Nantes (CREN) en juin dernier, Dany Hamon, docteur en Sciences de l’Education, a présenté la communication suivante : « Une nouvelle génération face aux apprentissages scolaires. L’usage d’Internet pour créer du lien ».

Dans le cadre de son travail de thèse, Dany Hamon a interrogé des centaines de collégiens pour connaître leur avis sur l’usage d’Internet dans le cadre scolaire. Il en a conclu qu’Internet permettait de remotiver nombre d’élèves face aux apprentissages scolaires.

D. Hamon rappelle le constat réalisé par nombre d’enseignants : les collégiens ne se mobilisent guère sur les apprentissages scolaires. La culture consacrée ne les intéresse pas, et on note même chez eux une tendance assez prononcée à l’anti-intellectualisme. A qui la faute ? A la société… et sans doute à l’invasion des technologies numériques, très largement plébiscitées par des jeunes qui n’imaginent même plus vivre sans Internet, tant cet outil fait partie intégrante de leur identité d’adolescent. On ne reviendra pas ici sur les profondes modifications des pratiques de création, de diffusion et de consommation des œuvres culturelles qu’a provoqué la généralisation d’Internet, ni sur le fait que ces nouvelles pratiques s’inscrivent en complet décalage avec les pratiques sociales et culturelles à temporalité lente que promeut l’école.

En revanche, D. Hamon insiste sur la dimension sociale et identitaire de l’usage d’Internet par les adolescents : ces derniers y trouvent tout à la fois un espace d’anonymat, de différenciation et d’appartenance au groupe, qui traduit le projet social en devenir auquel aspirent les jeunes, privilégiant la coopération sur la compétition, l’apprentissage collectif plutôt qu’individuel, l’ouverture au monde, l’atténuation des déterminants sociaux.

Certains enseignants ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer d’un usage régulier d’Internet en classe, pour remotiver les élèves face aux apprentissages scolaires. Et les élèves plébiscitent ce choix éducatif : plus de 90 % des jeunes interrogés par D. Hamon sont favorables à l’utilisation d’Internet pendant les cours, quelle que soit la matière considérée.

Elèves comme enseignants constatent que l’usage régulier d’Internet en classe provoque des effets importants :

  • Une attitude plus positive des élèves envers l’école et le travail ;
  • Un accroissement de motivation dans les tâches à accomplir ;
  • Un accroissement de l’estime de soi et du sentiment de compétence chez les élèves ;
  • Un usage important et reconnu de la dimension collective de l’apprentissage ;
  • Une moindre dépendance vis-à-vis de l’enseignant et une relation améliorée entre les élèves et ce dernier ;
  • Une cohérence accrue entre les tâches de recherche, de communication et de création, grâce aux multiples fonctionnalités et à la puissance de l’outil Internet.

Sur les aspects proprement techniques de l’usage du web, les élèves les moins familiers de cet outil (D. Hamon a effectué sa recherche en 2004, et a rencontré nombre d’élèves qui ne disposaient pas encore d’une connexion à domicile) sont très demandeurs d’alphabétisation numérique ; les plus aguerris souhaitent que l’école les aide à acquérir des compétences poussées (création de sites web…). Les uns et les autres sont très déçus quand les activités menées via le web sont incomplètes, inabouties ou pas assez ambitieuses. C’est le cas notamment des échanges entre classes, auxquels les élèves sont très favorables, mais qui sont souvent sources de déception, car pas assez denses en contenu et pas développées sur un temps suffisamment long.

D. Hamon termine sa communication en insistant avec force sur le rôle crucial que joue l’enseignant face aux pratiques numériques des élèves. Internet est le reflet d’un monde qui s’est largement complexifié et soumet les jeunes à des images de plus en plus imprévisibles, dramatisées, réalistes, et qui entretiennent la confusion entre la réalité et la fiction. L’école n’a pas à abandonner ses repères et valeurs face à ce bouillonnement perpétuel. Mais elle doit être capable d’élargir les modalités de construction des savoirs, de manière à privilégier le plaisir plutôt que l’ennui, le lien plutôt que la rupture, dans un environnement de travail sécurisé et convivial.

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