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Quittez l’amphi, écoutez les cours sur vos lecteurs MP3 !

Par Christine Vaufrey B , le 10 novembre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 21 novembre 2008

En France, la première année d’études de médecine (PCEM1) ressemble à un parcours du combattant : pour réussir le très sélectif concours d’accès à la deuxième année (où le nombre de place est fixé par l’Etat), les étudiants s’entassent par milliers dans des amphis archi-bondés ; les « anciens » n’hésitent pas à élaborer des stratégies d’obstruction pour empêcher les « nouveaux » de suivre les cours correctement, ou d’avoir accès aux photocopies ; les étudiants les plus argentés s’offrent de très coûteuses préparations privées, dans des organismes qui prospèrent sur les carences du système public. La faculté de médecine de Grenoble 1 connaît, comme les autres, une situation dramatiquement tendue : elle accueille 1300 étudiants chaque année en moyenne, pour 169 places au concours en 2008…

Réagissant à cette situation, inacceptable tant au niveau pédagogique qu’à celui de l’égalité des chances, cette faculté de médecine a fait le choix du e-learning.

Depuis la rentrée universitaire 2006, elle diffuse 520 heures de cours sur DVD, téléchargeables aux formats MP3 et MP4, qui remplacent les  cours magistraux en amphi. Ces cours sont complétés par des séances de questions-réponses en groupes restreints avec les enseignants, et par du tutorat encadré par les étudiants de 3eme année.

medatice

Le dispositif, appelé Mé[email protected], est présenté sur un portail dédié. Un « mode d’emploi » multimédia décrit les différentes activités et leurs articulations. En l’espace d’un mois, l’étudiant suit une séquence complète de cours, faisant alterner cours proprement dit, séances de tutorat (4 heures par semaine) et séances de questions – réponses. Ces dernières sont préparées par les enseignants à partir des questions posées en ligne par les étudiants, ce qui accroît grandement leur efficacité. 

Parvenu à sa troisième année d’existence, le projet Mé[email protected] a déjà obtenu des résultats significatifs, que le responsable du suivi du projet décrit ainsi« On est passé de 7 % à 15 % d’étudiants dont les parents ont des situations sociales défavorisées, soit 10 personnes de plus sur une promo de 160. Ce n’est pas un bouleversement, mais c’est une chance donnée à des gens qui n’en avaient aucune auparavant ».

Dans le même temps, le taux d’inscription des étudiants à des prépas privées a baissé de 15 à 20 %... Clairement, on constate ici que les TICE ont été mises au service d’un projet pédagogique et social, que les outils multimédias ont remplacé des organisations d’enseignement obsolètes et inégalitaires.

Ce dispositif hybride, alliant le meilleur des TICE au meilleur du face à face pédagogique, devrait inspirer les responsables politiques, qui subventionnent aujourd’hui largement le recours à des organismes privés de soutien scolaire. Ces derniers ne sont accessibles qu’aux familles les plus aisées, qui les utilisent pour garantir l’accès de leurs enfants aux « bonnes » filières, en complément d’une organisation scolaire qui a bien du mal à faire face, sous sa forme traditionnelle, à la massification de l’enseignement obligatoire. Confrontée elle aussi à ce défi du nombre, l’Université de Grenoble a osé chercher des solutions, et semble les avoir trouvées. Alors, qu’attendent les autres établissements publics d’enseignement pour en faire autant ? 

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