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L’intégration de l’expérience et la disposition du vieilli - II

Par Denys Lamontagne , le 07 juin 1999 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

J’ai récemment passé une dizaine d’heures à rafistoler deux vieux Mac 512 K pour obtenir à la fin un appareil multimédia, deux lecteurs de disquettes, une dizaine de logiciels et une imprimante à points parfaitement fonctionnels... que j’ai dû me résoudre à envoyer au recyclage : aucun fichier, disquette (1S1D), logiciel ou connecteur n’est compatible avec ce qui s’utilise aujourd’hui. Offrir cela ressemblerait à un cadeau empoisonné.

C’est un peu comme si j’avais essayé de recycler un télégraphe.

Cet «échec» m’a permis de réaliser que la croyance qui veut que chaque société doit franchir les différentes étapes d’évolution pour s’accaparer les technologies est complètement fausse. Les régions qui n’ont pas encore le téléphone ne commenceront quand même pas par justement installer un télégraphe ni à rouler en voitures à vapeur. Non; elles vont plutôt débuter avec la téléphonie cellulaire... si elles débutent.

Pour se brancher à Internet ou aux autres réseaux, il faut être «compatible». Et cette compatibilité va bien au delà des considérations technologiques.

Si la poste est apparue avec l’augmentation du trafic routier et maritime, le télégraphe avec son accélération et l’augmentation de la fiabilité (bateaux et trains à vapeur), le téléphone avec la démocratisation du transport et son accélération supérieure (voiture privée, avions), il nous faut comprendre qu’il n’y a aucun sens à utiliser les télécommunications et les outils de traitement de l’information s’ils ne sont pas supportés par une certaine organisation sociale et par une activité «productivement» compatible.

À regarder nos efforts d’amélioration (dans l’enseignement ou dans d’autres domaines) et de constater à qui ils profitent au bout du compte, nous pouvons toujours continuer à nous illusionner sur notre générosité et notre sens collectif du partage, il n’y aura bientôt plus que nous à y croire.

Alors que la moitié des habitants de la Terre n’a encore jamais utilisé de téléphone, (il n’y a que 600 millions de téléphones pour 6 milliards de personnes et que 2 % de la population mondiale connectée par Internet)...

«La conséquence est claire : les riches, qui ont plus accès aux ordinateurs et au réseau que les pauvres, sont de plus en plus efficaces et de plus en plus productifs et deviennent de plus en plus riches: la recette est en place pour une croissance exponentielle du fossé qui les sépare. N’oublions pas les leçons de l’histoire: à chaque fois qu’on a laissé se creuser de tels fossés, ils ont conduit à des bains de sang!»

nous rappelle Michael Dertouzos dans l’article de Luc Lamprière « Le meilleur des mondes» paru dans Libération Multimédia.

Bref, une autre occasion d’insister pour que l’accessibilité soit au coeur de nos projets et de nos choix technologiques. C’est l’accessibilité qui doit caractériser nos produits et leurs conséquences. Utilisons des technologies accessibles financièrement et culturellement et développons des produits qui répondront aux besoins des gens, des ces masses de gens qui ont peu de ressources mais des besoins simples. Et si ces technologies n’existent pas, orientons la recherche vers leur développement.

Des pistes? Un ordinateur à 500 $ est encore trop cher, mais un serveur à 2 000 $ relié à des centaines d’écoles équipées de livres sur papier électronique à 3 $ chacun (recyclables des millions de fois - 1 -- 2 - ), c’est déjà autre chose. Des liens cellulaires abordables qui évitent de lourdes infrastructures. Des cours d’alphabétisation avec des dictionnaires et des grammaires illustrés, des cours d’hygiène, des cours d’agronomie de base, de phytothérapie, de conservation des aliments, de planification simple; voilà les marchés pour la formation à distance à grande échelle. Presque rien de cela n’existe, mais tout est proche et un rien pourrait nous lancer dans une évolution culturelle sans précédent.

Il est essentiel d’augmenter l’accessibilité culturelle autant que financière des produits éducatifs. Des cours à 200 $ seront toujours inabordables pour la majorité des habitants de la Terre. Par ailleurs, personne ne voudra du recyclé ou de l’obsolète; donc développons quelque chose d’enfin accessible, sans délais.

Denys LamontagneRédacteur en chef

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