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TIC et troubles d'apprentissage ou comment faire du neuf avec du vieux

Par Mohamed Ouzahra , le 29 décembre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 11 février 2009

Les premiers pas

Lorsqu'aux débuts des années 70 l'informatique a commencé à investir l'école, la question sans doute principale, du moins pour les éducateurs, était d'en cerner l'utilité. Que faire de ces machines, certes plus conviviales que les premiers mastodontes, mais néanmoins mystérieuses? Alors quand est apparu Logo, un langage de programmation créé par l'équipe de Seymour Papert au MIT sur les bases de l'intelligence artificielle mais aussi de la psychologie du développement, l'attrait a été quasi immédiat. N'avait-il pas la caution du pape de la pédagogie Jean Piaget auprès duquel S. Papert a travaillé? Le nombre de travaux que récèlent les archives de Piaget témoigne de l'intérêt un peu méconnu du grand maître génevois pour des technologies éducatives encore balbutiantes.

Toujours est-il que ce que nous nommerions aujourd'hui une communauté d'usagers se développa autour de la notion des micro-mondes utilisée par Papert pour signifier la portée pédagogique globale de l'environnement Logo. Et si Logo semble être quelque peu tombé dans l'oubli, de nombreuses bibliothèques de micro-mondes sont régulièrement mises en ligne, témoignant d'une surprenante vitalité des adeptes de la célèbre tortue.

Au Maroc, grâce au travail pionnier d'une équipe de pédagogues autour du Pr Mohamed Najim (Faculté des sciences de Rabat), Logo a été utilisé dans plusieurs écoles en même temps qu'en France, au Québec ou aux Etats-Unis. Mais en marge de l'utilisation classique de Logo - apprendre les rudiments de la programmation logique aux enfants et développer leur créativité -, une approche originale, adaptée aux difficultés que rencontraient certains écoliers marocains, en particulier dans les écoles situées dans les quartiers défavorisés, a été élaborée. Elle permet, encore aujourd'hui, d'innover en utilisant des outils logiciels détournés de leur fonction principale. Pour la bonne cause évidemment.,,

TIC et troubles d'apprentissage

Au Maroc comme partout, l'école constitue à la fois un projet de société et la source de multiples tracas. L'échec scolaire dès les petites classes pose aux pouvoirs publics, comme aux éducateurs et aux parents, un redoutable défi. Avec des conséquences graves : déperdition scolaire importante, taux d'analphabétisme préoccupant, travail des enfants, et j'en passe. Parmi bien des origines, le caractère traditionnel de l'éducation que reçoivent les petits écoliers marocains a été souvent mis en avant pour expliquer certaines difficultés d'adaptation à l'école. Ou les problèmes psychologiques qui en sont la cause. C'est le cas pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture qui demande une bonne spatialisation de l'enfant. Une spatialisation peut-être plus problématique sous nos contrées. Pourquoi cela? Il y a d'abord le fait que les petits Marocains sont confrontés dès les premières années de scolarisation à deux systèmes d'écriture - l'Arabe et le Français - utilisant une graphie opposée (de gauche à droite et inversement). Sans parler d'autres problèmes comme ceux liés à la croyance, au demeurant très largement répandue dans toutes les sociétés, que l'usage de la main gauche doit être combattu. On peut imaginer dès lors les difficultés que rencontrent des élèves gauchers... souvent contrariés. Bref, les conditions d'un bon repérage dans l'espace, et partant d'un apprentissage aisé des signes, ne sont pas toujours réunies. Difficulté supplémentaire : les enseignants ne sont que très rarement formés au dépistage de ces troubles. Et à ce niveau réside l'intérêt d'un système comme Logo, et à présent bien d'autres applications dont cet exemple intéressant, qui est largement basé sur les notions d'espace. En développant très vite une approche permettant aux éducateurs de repérer les enfants présentant des symptômes dyslexiques, l'équipe de la Faculté des sciences de Rabat a montré comment l'utilisation de logiciels, initialement destinés à l'apprentissage pouvait servir à en favoriser les conditions. Cette expérience originale date certes des années 80 mais n'en recèle pas moins de nombreux enseignements. Et notamment deux importants :

  • toute utilisation des TIC à l'école ne peut réussir que si elle est supportée par un projet pédagogique cohérent et pertinent;
  • l'innovation n'est pas l'apanage des pays développés dès lors que le fondement d'une technologie est basé sur le partage.

L'autre remarque qui sous-tend cette aventure scientifique [1] est la capacité d'inventer en dépit de la faiblesse de maniabilité des machines. Et c'est une litote car on a de la peine à imaginer aujourd'hui la pauvreté graphique des ordinateurs utilisés alors. Mais peut-être est-ce celà qui a permis d'imaginer des utilisations autres et de jouer constamment avec les limites techniques des appareils? Plus qu'une conviction c'est une invitation à tous les éducateurs à ne pas laisser la convivialité toujours plus grande des systèmes actuels prendre la place de l'indispensable créativité pédagogique.


  1. Objet d'un prochain article ici-même.

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