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L'éducation par la radio en Afrique

Par Alexandre Roberge , le 06 janvier 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 07 janvier 2009

L'histoire de cette initiative commence à la fin des années 90. Un Burundais, biologiste de formation, Deo Baribwegure, se fait arrêter dans son pays sans aucune raison légitime. Il se fera relâcher un an plus tard, sans explication de son incarcération. Pour lui, il est clair qu'une population non éduquée peut se faire arrêter sans justification et qu'il faut trouver le moyen d'apporter l'éduction jusqu'aux gens. Se rendant en Belgique en 1997, en discussion avec un député allemand, celui-ci lui propose un moyen de communication efficace pour rejoindre les populations africaines: la radio, qui est beaucoup plus répandue que la télévision ou l'informatique.

De retour dans son pays, Deo Baribwegure s'apprêtait à démarrer cette belle aventure avec la collaboration du député en question, mais la guerre écalte au Burundi. Ne pouvant donc amorcer le projet dans son pays natal, il se tourne vers le pays voisin, la Tanzanie, et plus particulièrement la région du Kigoma à 1400 km de la capitale tanzanienne. Une région très pauvre, vaste (40 000 kilomètres carrés) et pratiquement oubliée de l'aide humanitaire et de la Tanzanie elle-même. C'est alors que débute Kicora qui veut dire Kigoma college by radio.

Le projet se veut un moyen de rejoindre petit à petit les deux millions d'individus de cette vaste région et les éduquer sur les questions sociales, politiques et économiques du pays. Le programme comprend aussi de la littérature et des matières scientifiques. Kicora vise les gens de 14 ans et plus. Néanmoins, il s'agit bien d'enseignement : enseignement volontaire. En effet, il y a les enseignants qui développent les cours oraux (ainsi que les résumés de ceux-ci qui seront donnés aux tuteurs pour aider les élèves qui n'auraient pas compris, au format mp3 ou sur d'autres supports audio) et ceux qui servent de tuteurs aux 300 élèves de Kicora. Il s'agit de cours intensifs qui se déroulent sur une période de 4 mois, le niveau des cours étant l'équivalent d'une quatrième année primaire au niveau tanzanien. D'ailleurs, le programme est reconnu par le gouvernement et, ainsi, les élèves de Kicora sont éligibles aux examens nationaux.

L'initiative a été reconnue et un an plus tard, Deo Baribwegure reçoit les honneurs auconcours Harubuntu qui vise à souligner les potentiels africains. Kicora reçoit le prix dans la catégorie société civile. 

Cette initiative nous rappelle que la formation à distance ne se limite pas à l'informatique ou à la télévision. La formation à distance audio est peut-être une alternative intéressante dans les recoins du monde où l'implantation de numérique est coûteuse et pas encore disponible. D'ailleurs, de nombreux programmes à visée éducative sont diffusés par voir radiophonique sur l'ensemble du continent africain.

M. Baribwegure voit loin pour ce projet qu'il porte à bout de bras depuis plus de 7 ans et espère un jour avoir des classes d'un millier d'élèves.

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