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L’évaluation externe : la libération des enseignants, des étudiants et des institutions -

Par Denys Lamontagne , le 18 octobre 1999 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Tricher

On trouve des données intéressantes sur l’évaluation scolaire. D’une part, ces données nous disent que la majorité des élèves trichent aux examens et, d’autre part, qu’ils n’en éprouvent pas de remords, ou si peu.

Report card on the ethics of american youth

et Calling it what it is

__________________________________________________________________ «Face à quelque chose d’imposé, la sincérité n’est pas nécessaire».(Yi king, 1 000 ans avant JC) __________________________________________________________________

Rien de nouveau sous le soleil donc. Là est tout le drame de l’école obligatoire.

Le plaisir d’apprendre

L’étymologie de «école (skholê)» est : "loisir consacré à l’étude". Visiblement, la notion de loisir et de plaisir d’étudier est évacuée de la plupart des écoles; plaisir il peut y avoir, mais comme ce n’est pas l’étudiant qui définit ce qu’il veut étudier, le plaisir devient pour le moins occasionnel. Alors, pour stimuler l’intérêt ou l’ardeur, on se rabat sur diverses contraintes et toute l’étude devient sérieuse, sérieuse, sérieuse.

Dans un contexte semblable, l’évaluation par le prof est donc nécessaire et celui-ci se retrouve avec des centaines de copies à corriger. Voilà un travail fastidieux, même s’il peut être parfois intéressant; mais, quand il est question de volume, la chose devient définitivement fastidieuse et mécanique.

En évaluation, les professeurs peuvent pourtant profiter de quelques propriétés de la formation à distance.

1- Liberté de choix des sujets

La plus fondamentale, c’est la liberté de choix des sujets, des niveaux et des approches. Des milliers de cours sont accessibles, des centaines de sujets, des dizaines de cours sur le même sujet, deux ou trois approches pour le même niveau : les étudiants peuvent choisir.

Engins de recherche de cours à distance

Face à eux-mêmes et à leurs choix, les gens réalisent rapidement le ridicule de la tricherie. Il n’en sont pas dupes. Tricher devient difficile à supporter pour soi-même quand on est responsable. C’est un fait.

2- L’utilisation d’instruments plus souples et plus efficaces

La seconde propriété de la formation à distance utilisable à l’école, c’est l’utilisation d’outils de production de questionnaires d’évaluation formative qui se corrigent rapidement et dont les résultats sont compilés automatiquement. La rétroaction est rapide et tout le monde est content. Plus le délai de rétroaction est court, plus l’évaluation est formative. Il n’y a même plus de code HTML à produire. L’évaluation se fait par intranet ou par Internet!

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Parallèlement, le soutien scolaire à distance est de plus en plus disponible, par sujet ou par niveau scolaire. En dehors des heures de cours, évidemment!

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3- Utiliser l’évaluation externe

Le troisième avantage d’utiliser la formation à distance appelle une redéfinition du rôle du professeur. L’évaluation finale et la certification n’est plus effectuée par lui mais bien par une institution externe, à distance. Le travail d’évaluation est laissé à des spécialistes qui ne font que ça, qui donnent un avis externe et qui se tapent le travail fastidieux avec des outils performants. Parfois même automatisés.

Certaines institutions offrent des tests de classement, comme la SOFAD et son cours Du français sans fautes; d’autres, des évaluations, comme l’excellent logiciel test de français Feu Vert, du CCDMD .

Il n’est pas si loin le jour où des examens d’équivalence ou carrément des examens officiels seront disponibles à distance, à partir d’un lieu où le contrôle de l’identité et de l’environnement seront garantis... dans une classe et par un professeur, par exemple.

Voici un solide aperçu de ce qui s’en vient :

  1. Graduate record examination;
  2. Advanced placement;
  3. Education Testing service;
  4. Test.com.

Une force libératrice

L’évaluation externe est une force libératrice insoupconnée autant pour les institutions que pour les professeurs et les étudiants. Apprendre est une affaire personnelle et le fait d’y arriver par une méthode ou par une autre est une affaire personnelle et n’a pas à être contrainte. Seule la conformité finale aux standards est importante. Ainsi chaque institution ou professeur peut proposer ses méthodes, chaque étudiant peut choisir ses cours, son rythme et ses méthodes pour arriver à atteindre les standards exigés.

L’évaluation externe peut être concertée, être l’affaire d’une industrie, d’un secteur, de l’UNESCO, de quiconque peut prétendre servir de référence; mais le Web la permet et surtout la rend accessible à tous, à faible coût. Il serait bête de s’en priver.

Comme résultat final, elle permet une mobilité des gens en dehors des considérations de systèmes éducatifs nationaux et rend caduque la nécessité d’uniformiser les programmes. Pourquoi? Parce que la diversité des méthodes et des formations est plus intéressante et stimulante. Il y a des milliers de façons de chasser, de cultiver, d’enseigner ou d’apprendre. L’important est qu’il y ait de la nourriture sur la table, du gibier dans la nature, des champs cultivés et des gens capables. Des centaines de développeurs n’attendent qu’une chance de proposer leurs réalisations.

Y aller progressivement

Que ce soit dans un cadre parascolaire ou d’éducation spécialisée, que ce soit pour des classes à niveaux multiples ou pour offrir des services plus adaptés aux étudiants performants ou lents, il y a moyen d’intégrer UN cours de formation à distance dans la programmation régulière d’une école, au plus grand profit de tous, pour les étudiants comme pour les professeurs-superviseurs.

Il y a moyen de diminuer les contraintes et les tâches fastidieuses. Oui, on peut retrouver le plaisir de la «skholê». Au bout du compte, pour le professeur, il y a plus de plaisir à aider les étudiants à comprendre et à les accompagner dans leurs études qu’il y en a à répéter le contenu de manuels, à évaluer pour autrui et à essayer de faire progresser un groupe hétérogène au même rythme.

Par où croyez-vous passe la responsabilisation des étudiants? L’apprentissage imposée est une aberration qu’il faut remettre en question. Maintenant et non dans 30 ans.

 

Denys Lamontagne Rédacteur en chef de Thot (Extrait d’un article paru dans l’Infobourg, sept.-oct. 1999)

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