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Internet : ceux qui ne l'utilisent pas

Par Christine Vaufrey B , le 03 octobre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 22 octobre 2008

[email protected] est un groupe scientifique, associant des laboratoires de recherche de différentes universités et grandes écoles de Bretagne, spécialisé dans la réalisation d’études et d’enquêtes relevant du champ des sciences humaines et sociales, sur les usages des TIC.

Annabelle Boutet et Jocelyne Trémembert, chercheuses associées au groupe [email protected], viennent de publier les résultats d’une enquête qu’elle ont réalisée en 2007 – 2008, dans un quartier populaire de Brest, afin de mieux appréhender les non-utilisateurs des TIC.

En effet, les pratiques et motivations des utilisateurs des TIC sont bien mieux connues et surveillées, par le bais d’enquêtes régulières, que celles des non-utilisateurs. Pour ces derniers, on ne dispose généralement que de données indirectes ou inversées. Par exemple, si une enquête montre que 9 % des personnes âgées de 70 ans et plus utilisent Internet, on en déduit que 91 % d’entre elles ne l’utilisent pas.

Moins intéressées par la quantification des non-usagers que par leurs motivations et leur environnement, Annabelle Boutet et Jocelyne Trémembert ont adopté une démarche singulière, celle de l’enquête participative. Dans le quartier de Kérourien choisi pour mener l’étude, usagers et non-usagers des TIC ont été associés à l’élaboration des questionnaires et au dépouillement des résultats. Ce qui s’est avéré très intéressant, en particulier sur la manière de formuler les questions, et a débouché sur une remise en cause de catégories simples telles que « utilisateurs » d’un côté, et « non utilisateurs » de l’autre.

On relèvera par exemple que 13 % de ceux qui se désignent eux-mêmes comme non-utilisateurs ont été, auparavant, des utilisateurs des outils numériques, parfois jusqu’à l’excès. Ces personnes déclarent avoir déjà eu un ordinateur connecté à Internet chez elles, mais ne plus en disposer aujourd’hui. Nos chercheuses les regroupent sous le nom « d’abandonnistes », qui ont renoncé aux TIC à la suite de pannes ou de dysfonctionnements que personne dans leur entourage n’a pu réparer, ou pour faire des économies.

D’autres non-utilisateurs connaissent bien certains des usages d’Internet. Mais ils ne « font » pas eux-mêmes, ils « font faire ». La présence d’un jeune dans le foyer peut s’avérer ici être un frein à l’appropriation des TIC, contrairement à ce que l’on pense souvent : le jeune installe des logiciels, effectue les recherches sur le web, met la webcam en marche et demande à sa mère de se placer devant… et maintient ainsi ses parents dans une situation de dépendance.

L’enquête remet également en cause quelques idées bien ancrées sur le coût des équipements numériques et d’Internet. Il n’y a en effet pas de corrélation automatique entre la perception d’une personne sur son niveau de vie (une large proportion des répondants estime vivre "confortablement") et le coût des équipements. L’absence d’équipement correspond à un choix entre différentes sollicitations payantes, plutôt qu’à une obligation dictée par la faiblesse des revenus.

Les résultats de cette enquête révèlent encore bien d’autres éléments de première importance pour qui serait tenté de penser que le problème de l’utilisation d’Internet en France est une affaire réglée. Il s’agit moins aujourd’hui d’une question d’accès aux équipements, que d’une question d’acceptabilité et de valeur accordée aux fonctionnalités de ces technologies. Elles sont manifestement loin de faire l’unanimité, et les « réfractaires » ont des arguments qu’il faut savoir écouter. 

Identifier les non-usagers et mieux comprendre les situations de non-usagesrésultats d'enquête, sur le site de [email protected]

Les résultats de l’enquête sont également téléchargeables au format .doc

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