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La rentabilité de la formation à distance et le sens du devoir -

Par Denys Lamontagne , le 28 février 1999 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

La pression économique : voilà un dénominateur commun de notre réalité contemporaine. Individus ou entreprises, rares sont ceux qui y échappent.

Cette pression économique a des «vertus» : le réalisme (ce que l’on propose doit fonctionner dans les faits) et l’écoute des gens (apporter une satisfaction réelle).

Mais elle a aussi des défauts : l’absence de toute considération autre qu’économique et l’urgence de faire des profits rapidement en font l’une des sources de folie les plus courantes... au seul nom du profit et de leurs représentants : banques, propriétaires, bailleurs de fonds ou actionnaires.

En quoi la pression économique concerne-t-elle la formation à distance (FAD)? En fait, cela nous concerne à plusieurs niveaux. Même subventionnée, la FAD doit produire un «retour sur l’investissement» vérifiable, c’est-à-dire former des gens capables et utiles à notre société, à notre monde. Nous avons une responsabilité indéniable ici.

La FAD peut faire avancer la société en diffusant des cours innovateurs, autant sur le plan des techniques que sur le plan des consciences -- je pense ici à un cours comme «Femme debout et en santé» ou encore à un cours d’ alphabétisation sur logiciel ou de sensibilisation à des problématiques sociales. Le «social» peut être «rentable», même politiquement.

La FAD offre aussi des cours qui peuvent répondre aux besoins à plus courte vue des milieux avec lesquels elle est en relation : produire des diplômés, sans plus.

Enfin, la FAD peut même produire des cours dont le principal objectif est le profit, le pur profit comme seul motif. Répondre aux besoins les plus payants, quitte, s’il le faut, à fabriquer les besoins.

En fait, la motivation qui nous guide et qui guide nos institutions peut s’émousser au contact de la pression économique et du cocon administratif que nous nous tissons.

Au niveau inférieur, dans l’échelle des motivations, on trouve le profit. Le profit, ça c’est clair et personne ne le remet en question. Si l’on veut durer, il faut faire des profits. Mais pour certains, la réflexion s’arrête à ce premier niveau.

À un autre niveau, il s’agit de considérer les besoins et de répondre aux besoins exprimés. Notre intérêt avant tout. Besoin de techniciens en aéronautique? Pas de problème. Le marché est là, nous y répondons et tout le monde est content. Pour plusieurs, c’est le modèle parfait. Le ministère paie pour la philo? Offrons de la philo.

Le niveau suivant est plus exigeant : il consiste à étendre son rôle et ses responsabilités, à orienter son milieu. Défendre une idée en plus de répondre à des besoins tout en étant rentable : cela demande de s’affirmer. Offrir un cours de philo populaire et utile, qui prend position, qui surprend; un cours vraiment dérangeant en plus d’être rentable. De quoi être fier. Une analogie dans le domaine du cinéma : «Fantasia» de Disney, cette oeuvre d’animation qui a décoiffé toute l’industrie cinématographique pendant 10 ans... Moins rentable, c’est vrai; mais quel effet et quelle expertise développée. Une expertise reprise ailleurs ensuite et qui leur sert encore.

Au plus haut niveau, il y a le sens du devoir. En plus d’être rentable, de veiller à ses intèrêts, de défendre des idées, on prend la responsabilité de quelque chose. Une chose a été créée; elle mérite d’exister parce qu’elle est juste. On en prend la responsabilité.

La FAD remet plus de responsabilités entre les mains des individus. Elle leur fournit plus de connaissances, plus d’exercices pratiques et plus de contacts. Elle augmente ainsi leurs capacités mais surtout, elle les responsabilise. En fait, comme toute autre formation, elle contribue à libérer l’homme de l’ignorance mais plus que toute autre formation, elle libère de la dépendance. Elle permet aux individus de conquérir leur autonomie, même dans l’apprentissage.

En ces temps de pression économique, il est bon de retrouver le «sens du devoir».

Denys Lamontagne Rédacteur en chef

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