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L'Afrique croulera bientôt sous le poids des ordinateurs bon marché

Par Thot , le 28 septembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 29 septembre 2009

Thot a déjà consacré plusieurs papiers à l'opération "un ordinateur par enfant" et à ses dérivés, qui ont des répercussions dans le monde entier. En Colombie ou au Canada, en Bolivie ou au Mali, et même en France, le voeu de voir l'accès aux connaissances facilité grâce aux nouvelles technologies se réalise petit à petit, malgré les couacs venus de l'Inde (qui souhaitait vendre des ordinateurs à moins de 8 euros mais n'a pu, pour le moment, relever ce défi). L 'hebdomadaire Jeune Afrique réfléchit sur la question cette semaine et s'interroge sur le sort de cette pratique quatre ans après son lancement.

Selon cette publication, Lionel Laské, le président de l’antenne française du projet One Laptop per Child, assure que ce projet est "une réalité en Afrique où une quinzaine de projets sont en cours". Thot avait annoncé que le Cameroun avait déjà commandé 5000 exemplaire de cet outil, maintenant, le Rwanda, qui en a fait venir 10.000, a même envoyé trois cents étudiants en Inde pour développer leurs compétences en logiciels et s'apprête encore à acquérir près de 100.000 ordinateurs.

La question rituelle est de savoir si, en dépit de ces commandes monstre, les enfants des villes et des villages les plus reculés sont concernés par ces opérations qui coûtent quand même de l'argent. Les salles de classe sont toujours bondées dans les villes et complètement vides dans les zones rurales. Les demandes de visas d'études pour l'Europe et l'Amérique du nord sont tout aussi fréquentes et permanentes. La formation des enseignants est toujours aussi médiocre. Pour qui donc sont ces outils ?

Les fabricants de ces ordinateurs semblent aussi avoir compris le gain qu'ils pourraient avoir en se tournant vers l'Afrique pour la fourniture de ce matériel. L'intérêt didactique des TICE doit-il se réduire à une question d'équipement ?  La vive concurrence que soulève l'éducation commerciale en Afrique est notable, comme le révèle subtilement Jeune Afrique

L'Education a encore une fonction. Libérer les esprit et les citoyens par l'école. Il n'est pas bon que l'école, par des voies plus ou moins détournées, soit synonyme de jack pot pour les constructeurs et fournisseurs de matériel. L'Afrique doit elle-même entrevoir des solutions qui lui conviennent si elle veut véritablement se libérer. A travers ses langues, ses cultures et aussi ses techniques qu'il faut allier à celles des autres pour un développement authentique et homogène.

L'abondance de matériel n'est pas propre au secteur éducatif : les marchés africains regorgent de produits manufacturés, souvent contrefaits, qui donnent l'illusion de l'abondance mais ne calment pas la faim des millions de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour. On peut craindre que l'ordinateur ne soit le maigre arbrisseau qui cache le désert pédagogique... Nous invitons donc tous ceux qui croient en une éducation africaine en phase avec l'éducation universelle à unir leurs efforts et à faire connaître leurs réalisations, à s'emparer des machines si généreusement mises à leur disposition et à les emplir de contenus choisis, de façon à ce que l'ordinateur ne rime pas avec "accès à la culture des pays développés", mais plutôt avec "rencontre des cultures du monde". 

Voir aussi dans Thot : la technologie ne garantit pas automatiquement les meilleurs résultats.

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