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Formation à distance sur le terrain : les (éternels) blocages

Par Louis-Martin Essono , le 21 juillet 2001 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Des décennies durant, la formation à distance a été boudée par les Gouvernements africains. Pourtant, les résultats qu’obtenaient les apprenants d’Educatel en électronique, mécanique, droit, etc. grâce aux cours par correspondance étaient reconnus de tous puisque les lauréats étaient généralement recrutés au vu de leurs prestations et de leurs capacités sur le terrain.

Aujourd’hui, l’Afrique anglophone semble avoir pris une nette avance dans l’insertion et l’intégration des enseignements prodigués par la fàd au point que la plupart des grosses boîtes internationales se tournent en priorité vers le Ghana, le Zimbabwé, l’Ouganda ou le Kenya et l’Afrique du Sud qui ont déjà officialisé chez eux ce mode d’enseignement.

Timidement, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali et la Guinée sont entrés dans le monde de la fàd avec l’aide de l’ Agence de la Francophonie et l’appui technique du Ciffad. Une vingtaine de pays de l’Afrique francophone ont suivi le pas, en application des résolutions du Sommet de Montréal. Des actions efficaces ont été conduites sur le terrain dans ces pays et le bilan, en termes de chiffres de personnels formés et d’ouvrages rédigés est assez élogieux. La décennie 1992-2002 devait déboucher sur l’autonomie financière et des dispositifs des institutions de formation. Cette autonomie n’est pas effective, ni du point de vue du dispositif administratif, ni du point de vue du dispositif logistique.

Les dispositifs administratifs, toujours à reprendre

L’une des lacunes les plus récurrentes observées en Afrique, signalent les rapports des chefs de projets de formation à distance, est le manque de systématisation des mesures utilisées dans la mise en œuvre des projets. En effet, tant que l’inscription est gratuite et volontaire, il est difficile (pourquoi ?) de prendre en compte les exigences relatives aux conditions d’inscription d’apprenants.

L’ignorance que la réalisation d’une session régulière de la fàd s’assimile à une entreprise bien organisée semble être le tendon d’Achille des institutions de formation. On regrette aussi que les besoins réels des objectifs politiques ne subissent presque jamais d’études véritablement approfondies.

En outre, parce que, de l’extérieur, viennent des dons, rares sont les pays qui effectuent une quelconque étude de marché, l’autonomie devant être atteinte. Combien en effet pensent à la classe des déscolarisés, à celle des adultes désireux de poursuivre parallèlement leurs études, à la formation continue et permanente des enseignants de toutes les disciplines scolaires, aux formations professionnelles nécessaires au recul de la pauvreté ?

Naturellement, ces lacunes impliquent une gestion rationnelle de la formation à distance et une planification appropriée qui devra s’accompagner par un transfert des technologies irréversible. C’est là une grosse épine au pied de nos pays en retard de plusieurs années. On n’égrènera jamais assez le chapelet de ces défaillances administratives et conceptuelles

Les dispositifs logistiques toujours défaillants

Parce que cela a déjà été dit plusieurs fois, on ne reviendra pas sur ce ce retard technologique qui influe négativement sur le développement réel de la formation à distance en Afrique. Et qui oblige à s’adapter au terrain de la correspondance et de l’imprimé. La formation à distance, telle qu’elle se déroule de nos jours chez nous, procède de manière encore empirique aussi bien dans la distribution des textes d’apprentissage, dans les regroupements ou lors des corrections et les échanges entre tuteurs et apprenants.

Les centres de formation, généralement, siègent dans les capitales nationales alors que les apprenants sont disséminés dans tout le territoire. Les longues distances, le mauvais état des routes (même à l’intérieur d’une Province, d’un Département ou d’un canton) ne favorisent pas toujours la réalisation d’une session. Les lenteurs postales, l’indisponibilité des stations de radiodiffusion, la faiblesse ou l’inexistence des réseaux téléphoniques entre toutes les villes d’un même pays, la méconnaissance de l’Internet ou du fax, l’habitude du contact physique entre l’apprenant et son tuteur représentent autant de contrainte qui inhibent la formation sur le terrain.

C’est pourquoi l’arrivée et la vulgarisation de l’Internet supposent la résolution de tous les problèmes déjà soulevés. Mais, la mise à disposition de ce nouvel outil et de ses nombreux avantages ne signifiera pas le succès total, tant que nos mentalités n’auront pas évolué. Par exemple, la reconnaissance de la formation, la validation des diplômes, l’amélioration de la carrière des lauréats.

Au Cameroun ou au Tchad, par exemple, ces matériels informatiques n’existent pas encore, la politique nationale de la fàd s’installe à peine. Mais, les apprenants, en l’occurrence les professeurs de français, sollicitent en permanence la formation, ils exigent par lettre à leurs supérieurs, des stages de recyclage en vue d’améliorer leurs connaissances académiques et leurs habiletés professionnelles. Ils attendent que leur soient prodigués des enseignements dans leurs matières qui, chaque fois, sont renouvelées et risquent de les

dépasser

.

Blocages. Institutionnels, conceptuels, technologique, académiques. Malgré tout, la formation s’impose. Il faut créer, innover, imaginer, produire, satisfaire. Seule la motivation…motive.

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