Articles

L'avis des étudiants québécois sur la FAD

Par Christine Vaufrey B , le 03 juin 2009

La fédération étudiante universitaire du Québec a publié en avril dernier un "Avis sur la formation à distance", qui peut être librement téléchargé sur le site de la TELUQ.

Ce document est intéressant dans la mesure où il présente le point de vue des apprenants sur la formation à distance. De plus, le document est très largement documenté. La fédération étudiante y défend donc les intérêts des étudiants, en s’appuyant sur la littérature relevant de l’étude des dispositifs de formation à distance, de leurs effets et des politiques qui sous-tendent leur mise en place.

Le document est composé de sept chapitres, qui intéresseront tous les acteurs de la formation à distance dans les Universités, au Québec et bien au-delà. Il est complété par de précieuses données chiffrées sur l’offre de formation à distance au Québec (uniquement au niveau universitaire).

Se protéger et garantir l'égalité des chances

Comme on pouvait s’y attendre, cet Avis reflète les préoccupations d’une fédération dont la mission est avant tout de protéger le statut et la condition d’étudiant.  Ainsi, une large part des recommandations émises portent sur les points suivants :

Garantir l’égalité des chances entre les étudiants qui suivent un cursus à distance et ceux qui fréquentent le campus physique. Ce qui passe notamment par l’égalité des frais d’inscription, de la qualité de la formation, un accompagnement spécifique aux étudiants à distance en matière de familiarisation avec les outils numériques, un support technique accessible à tout moment, des dispositifs de tutorat et d’interaction entre pairs, l’accès en ligne aux catalogues des bibliothèques et à certains ouvrages. 

On constate ici que l’enseignement en présence est systématiquement pris comme modèle de ce que doivent être les études universitaires. Il s’agit donc de recréer des conditions d’enseignement à distance les plus proches possibles du modèle en présence.
Concernant le besoin d’accompagnement des étudiants pour qu’ils améliorent leurs compétences numériques, le parallèle avec la France est intéressant : la France contraint en effet ses étudiants à passer le C2I niveau 1 dans le cadre des trois premières années d’études, précisément pour qu’ils acquièrent les compétences numériques indispensables à leurs études et qui leur seront utiles toute leur vie.

Former les enseignants et les personnels administratifs à la production de cursus à distance d’une part, à l’interaction avec les étudiants distants d’autre part. Puisque l’interaction en directe n’est plus possible, il faut former les personnels enseignants et administratifs à communiquer autrement avec les étudiants. Rien n’est dit en revanche sur la formation des étudiants distants à la communication avec ces mêmes personnels.

Défendre un service public d'enseignement supérieur

Le deuxième thème majeur abordé dans cet Avis est lié à la définition d’une véritable politique provinciale de formation à distance, complétée par un appel à de fortes prises de position des universités sur la propriété intellectuelle. La possibilité de suivre des cours conçus hors de la province et dans des universités « virtuelles »est présentée dans ce document davantage comme une menace que comme un avantage. La FEUQ en appelle au gouvernement du Québec pour fixer des règles claires en matière d’autorisation à distribuer des cours de niveau universitaire.

De plus, elle invite les universités à ne pas se laisser « piéger » par le secteur privé qui lui fournit les infrastructures de formation à distance. Est ainsi cité le cas d’une université qui, lorsqu’elle a souhaité changer de plateforme de cours, s’est vu refuser les droits sur les contenus déposés sur la plateforme du fournisseur précédent…

Les atouts pédagogiques de la FAD sont ignorés

Le sentiment général, à la lecture de ce document, est que la FEUQ aurait intérêt à se pencher sur les avantages de la FAD, et pas seulement sur ses inconvénients.  En effet, aucune spécificité pédagogique n’est mise en avant ; les auteurs s’en tiennent à une vision utilitariste de la FAD et encouragent, à la suite de l’un des auteurs cités, à « redéfinir la formation à distance afin de revenir à sa mission principale qui est de rendre accessible l’enseignement universitaire à un étudiant qui, pour une raison quelconque, ne peut ou ne veut pas suivre une formation sur le campus » (p.7). On s’étonnera de cette vision réductrice, qui plus est en contradiction avec d’autres données fournies dans le rapport : il y est en effet dit que plus de 50% des inscrits à un cours à distance dans l’une des trois principales universités québécoises distribuant de la FAD suivent également des cours sur le campus physique ! La distance géographique n’est manifestement pas la seule raison du choix de la FAD.

Il semble en outre que la FEUQ idéalise quelque peu la formation en présence, et ne demande des améliorations des dispositifs de FAD que dans la mesure où cela permet de les rapprocher de la formation en présence. A la lecture du document, on serait tenté de penser que tous les étudiants « savent apprendre en présence », alors que la formation à distance demande un apprentissage méthodologique spécifique. Ce qui est bien évidemment contredit par les chiffres, puisque 20 % environ des étudiants québécois en présence abandonnent leur parcours universitaire en première année, en dépit des dispositifs d’accompagnement mis en place pour eux. Certes, la proportion est bien moins importante que celle que connaît la FAD (près de 50 % d’abandon dans certains cas), mais cela ne fait pas de la formation en présence un système parfait, loin de là.

En dépit de ces réserves, la lecture de cet Avis reste du plus grand intérêt. On y voit les inquiétudes des étudiants face aux mutations de l’enseignement supérieur, la perte de leurs repères et leur difficulté à en construire de nouveaux. Il est désormais bien connu que les étudiants demeurent favorables, dans leur majorité, à la formation en présence traditionnelle. Il est sans doute temps de les aider à évaluer plus précisément les avantages et inconvénients de chaque modalité de distribution de la formation, afin qu’ils puissent s’engager dans la construction de parcours mixtes adaptés à leurs besoins et gagnent en autonomie dans l’élaboration de leurs choix.

Avis sur la formation à distance. FEUQ, 2009. Téléchargeable en pdf.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné