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L’industrie du soutien scolaire privé : la fin de la spécificité française ?***

Par Denys Lamontagne , le 28 avril 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 24 avril 2009

Nous nous sommes souvent demandés à Thot pourquoi l’industrie du soutien scolaire était si forte en France. En effet, la grande majorité des sites et des services de soutien scolaire en ligne sont français ( Voir répertoire).

Parmi les raisons avancées figuraient : un système élitiste, des examens hautement sélectifs, une tradition de précepteur, un niveau compétitif élevé et sans doute des incitatifs. Mais nous ignorions jusqu’alors la forme et l’envergure de ces incitatifs.

Le dossier de l’INRP (Institut national de recherche pédagogique) « Soutien scolaire privé : l’aide publique en question...» nous l’apprend :

«L’ANSP (Agence nationale des services à la personne) estime à 12,3 milliards d’euros le chiffre d’affaire global des services à la personne en 2006. Le CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale ) chiffre pour sa part l’aide publique globale consentie à cette filière à 8 milliards d’euros par an, soit un soutien par l’État de 65 % du chiffre d’affaire des services à la personne, ce qui est considérable.

Même si le soutien scolaire ne touche qu’environ de 3 à 6 % des services à la personne, on estime qu’il s’agit tout de même de 350 millions d’euros d’aide publique apportée en 2007 à la filière du soutien scolaire privé.»

On comprend alors pourquoi ces sites et ces entreprises réussissent autant en France et si peu ailleurs ! Oubliez l’élitisme et la compétition au sein des écoles françaises; l’argent est le principal facteur.

À cette hauteur de financement, on se demande même si le système scolaire ne se complait pas dans le conservatisme en partie pour cette raison : il y aura toujours quelqu’un pour essuyer derrière.

Ainsi en France, chaque personne bénéficie d’un crédit d’impôt sur les frais de soutien scolaire. Évidemment si vous ne payez que peu d’impôt, cette mesure ne vous touchera guère.

«Les entreprises de soutien scolaire sont de celles qui se sont le plus développées récemment; elles affichent des bénéfices et un taux de croissance fort élevés. Ce qui conduit évidemment à s’interroger sur le bien-fondé des aides publiques dont elles bénéficient.»

Comme la plupart des tuteurs sont des enseignants qui y trouvent un complément de salaire, ou des étudiants qui y trouvent un revenu, l’argument de la création d’emploi ne tient pas beaucoup non plus.

«Quant aux parents moins aisés, et bien sûr à leurs enfants, ils restent sinon à l’écart, du moins à la marge, même si le CERC estime que : « Le crédit d’impôt pour les dépenses de SAP, et le soutien scolaire gratuit mis en place en novembre 2007 dans les collèges de ZEP, appelé à être étendu ensuite aux autres établissements, devrait toutefois modifier l’équilibre actuel »

En conclusion, il nous apparaît toujours que le plan Borloo profite largement :

  • aux familles qui disposent des revenus les plus élevés ;
  • aux entreprises de soutien scolaire ;
  • à toutes les entreprises françaises qui préfinancement des CESU (Chèque emploi service universel).
Un choix politique plus radical et plus courageux consisterait sans doute à sortir le soutien scolaire du plan de cohésion sociale, et à réinvestir ne serait-ce qu’une partie des fonds publics ainsi dégagés au profit d’un ensemble de formules adaptées à la variété des besoins : études surveillées, aide aux devoirs, cours de soutien individuels ou en petit groupe, se déroulant au sein de l’école, dans des structures de proximité ou encore au domicile des élèves.»

Auquel nous ajoutons évidemment des environnements d’étude à distance accueillants.

Pour le dossier complet : Soutien scolaire privé : l’aide publique en question...

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