Articles

Formation médicale continue : le e-learning à la traîne

Par Christine Vaufrey B , le 19 janvier 2010

La formation à distance commence à s'implanter dans la formation médicale initiale. Mais qu'en est-il de la formation médicale continue (FMC), obligation professionnelle de tout médecin, quel que soit son cadre d'exercice ?

Hervé Maisonneuve et Olivier Chabot font le point sur la question dans un article intitulé "L'internet en formation médicale continue : aussi efficace que les formations dites en présence", paru en octobre 2009 dans une revue professionnelle médicale.

Europe et Amérique du Nord : des habitudes de formation bien différentes

Si les médecins font un large usage d'Internet pour leur information personnelle et pour entretenir des échanges avec leurs pairs, ils n'ont guère l'oportunité de suivre de véritables cursus de formation à distance dans leur spécialité. Certes, les informations existent, les parcours pédagogiques comencent à se développer, mais la plupart des sites ne sont pas encore autorisés à proposer des crédits de formation.

Cette situation est particulière à l'Europe. En Amérique du Nord et en particulier aux Etat-Unis, le e-learning a trouvé ses clients : plus de 30 % des praticiens nord-américains réalisent une partie de leur formation continue à distance, et près de 10 % des crédits de formation médicale continue sont obtenues via la formation à distance. 

Avant d'aller plus loin, il convient de préciser ce que l'on entend par "formation médicale continue". Les médecins doivent obligatoirement entretenir leurs connaissances et en acquérir de nouvelles tout au long de leur carrière. En France, quatre groupes de situations de formation médicale continue sont reconnues :

- La formation en présence, qui se traduit communément par la participation à des colloques et séminaires;

- La formation individuelle (lectures d'ouvrages et de revues, consultation de sites...) et la formation à distance (nous soulignons);

- Les situations professionnelles formatrices;

- Les dispositifs d'évaluation.

Le médecin est libre d'évaluer lui-même ses besoins de formation. Chaque initiative attestée dans l'un des quatre domaines considérés rapporte des points de formation continue. En France, le médecin doit accumuler 250 points de formation continue en 5 ans et en rendre compte. Il doit acquérir au moins 100 points par la participation à des dispositifs d'évaluation, les 150 autres étant à répartir à sa guise entre les trois autres modalités.

La formation à distance n'est pas une "situation" de formation, seulement une voie d'accès

On constatera donc que la formation à distance est assimilée à l'une des quatre situations de formation, et non pas transversale aux quatres situations. C'est pourtant ce qui fait le succès de ce mode de formation chez les médecins nord-américains : de très nombreux sites sont habilités par les autorités fédérales ou professionnelles compétentes pour distribuer des crédits de formation dans les quatre situations.

Par exemple, un médecin peut suivre un colloque en ligne, encadré par un pré-test et un post-test. S'il démontre que ses connaissances ont progressé, ils obtient les points associés à la modalité "formation en présence". Des protocoles détaillés sont mis à disposition des praticiens pour évaluer ou auto-évaluer leurs pratiques professionnelles. S'ils sont respectés et si les contenus des rapports l'autorisent, les participants reçoivent les points de formation correspondants à la modalité "dispositifs d'évaluation". 

Toute ressource mise à disposition sur un site médical peut donc se transformer en ressource pédagogique et générer des crédits, si elle est correctement instrumentée et si le site respecte les règles de qualité des sites de formation à distance. Certains sites nord-américains sont devenus de véritables universités virtuelles, proposant plusieurs milliers d'activités et de parcours créditables, appuyés sur des dizaines de milliers de ressources en ligne.Et tout ceci est généralement gratuit, ce qui est un comble au pays de la médecine en or massif.

Malgré l'efficacité de la formation à distance, la France et l'Europe bloquent encore...

En France, rien de tout cela n'est possible. Les auteurs de l'article soulignent le fait qu'il n'existe pratiquement pas de sites de formation médicale accrédités au titre de la formation continue; une bonne partie des sites qui proposent des contenus structurés en parcours pédagogogiques sont liés à l'industrie pharmaceutique et ne sont pas autorisés à distribuer des crédits de FMC. De plus, les sites étrangers qui, eux, sont habilités à dispenser de la FMC créditée, risquent de n'être d'aucune utilité pour les médecins français : les crédits de FMC sont rarement transférables d'un pays à l'autre... 

Et pourtant, la FMC à distance est aussi efficace que la FMC en présence ! Les auteurs de l'article s'appuient sur des études et méta-études pour l'affirmer : à niveau et spécialité équivalents, il n'y a pas de différence significative entre le niveau de compétences des médecins formés en présence et ceux qui ont fait le choix de la formation à distance.

Alors, pourquoi cette réticence des autorités médicales et sanitaires françaises, face à la FMC à distance ? les auteurs mentionnent les causes profondes du problème dès leur introduction :

"Dans les pays anglosaxons les développements la formation continue par l’Internet, communément appelée e-learning, ont été rapides pour des raisons culturelles (confiance dans l’autorégulation des apprenants, avantages des outils électroniques), et faits par des communautés privilégiant ce qui est considéré comme « coût efficace ». Dans d’autres pays, ces développements ont été beaucoup plus lents ; les discours sont parfois focalisés sur le risque de tromperie (que faire de l’internaute qui dort ou répond au hasard ?), et le contrôle strict des programmes, voire la compétition avec un système d’événements présentiels bien établis, etc."

La formation à distance : confiance dans l'apprenant et remise en cause des habitudes

Ces "autres pays" comptent notamment la France, et nombre de pays européens. Manque de confiance dans les apprenants, attitude rigoriste face aux programmes, crainte de bousculer un système de formation en présence bien rôdé et fort lucratif... Tout est dit.

Il est étonnant que le médecin, qui jouit pour sa formation continue d'une liberté de situations que beaucoup de professions pourraient lui envier, soit aussi bridé dès qu'il s'agit de formation à distance. Il serait temps que les responsables français de la FMC se rendent compte qu'Internet n'abrite pas uniquement des jeux et des sites de voyages, qu'il est fort efficace pour apprendre, et que ce constat vaut bien de bousculer quelques positions acquises.

L'internet en formation médicale continue : aussi efficace que les formations dites en présence. Hervé Maisonneuve, Olivier Chabot. La Presse médicale, Tome 38 n° 10, octobre 2009.

Hervé Maisonneuve a également participé à la rédaction du document suivant : Recommandations pour l'accréditation des formations à distance (en formation médicale continue). Traduction en français d'un travail effectué au niveau européen.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné